• A la lisière

    Je m'emploie à trouver une solution pour éviter les pubs intempestives qui apparaissent depuis le 5 avril à l'usage de certains navigateurs.

     

    Parfois, on croise dans la rue une personne que l’on croit reconnaître, qu’on a l’impression d’avoir déjà vue quelque part. On ose rarement aborder l’inconnu familier, sauf si le visage croisé semble hésiter comme vous. La plupart du temps, chacun continue sa route. L’idée de suivre cette personne intriguante ne nous viendrait jamais à l’esprit.

    (6 avril en Belgique, depuis le 23 mars en FranceRosalie Blum : Affiche

     

                                              Et si une filature démêlait les mailles de l’ennui peloté dans une vie connue par cœur.

    La dessinatrice Camille Jourdy déroule ce fil romanesque dans sa trilogie Rosalie Blum adaptée finement au cinéma.

    Julien Rappeneau  témoigne d'un réel talent de fabuliste dans un premier film où il imprime son univers personnel avec la complicité de son frère Martin, auteur d’une bande originale, écho des voix intérieures de trois solitudes désenchantées.

    Une vie peut basculer à tout moment, disais-je voici deux jours ;  j’ajoute à condition de donner un coup de pouce au changement. Vincent décide d’enfiler une vie alternative en filant Rosalie qui à son tour confie la filature de Vincent à sa nièce Aude et redonne ainsi un nouvel élan à la nièce et à la tante.

               Vous me suivez ? Pas trop ? Bon, présentation des fileurs amateurs.

    Vincent.Trentenaire, coiffeur (salon hérité du père), vit dans l’appartement en dessous de maman, un chat philosophe et un cousin dragueur pour confidents, timide, saigne du nez quand il est trop ému, surtout s’il a peur, sous la coupe d’une mère outrageusement possessive. Vie sentimentale : n’en parlons pas. Il rencontre Rosalie l’épicière, grâce à un caprice maternel exigeant son crabe au citron à huit heures du soir. Cette fois, bien vu, maman !

    Rosalie. La cinquantaine. Elle aime les puzzles parce que «les pièces finissent toujours par bien s’emboîter». Elle noie une vie désastreuse dans un brin d’alcool, elle chante aussi dans une chorale, se rend régulièrement à la prison. Elle traîne un lourd secret, écrit des lettres inachevées à Thomas (?). Bannie par sa famille, lasse, mélancolique et néanmoins une petite étincelle l'anime toujours au fond d’elle-même. Rosalie a vite repéré Vincent, elle est intriguée, pas inquiète. Elle insère Aude dans le jeu subtil de la contre filature. 

    Aude. Vingt-cinq ans et «plus vraiment d’envie». Elle se lève trop tard pour de petits boulots merdiques. Elle a coupé la faculté, a rompu avec la famille, survit en compagnie de deux fidèles amies et d’un colocataire farfelu. Aude s’attache à sa tante qu’elle voyait d’abord pour faire enrager sa mère.  Elle reprend son appareil photo très utile pour fixer les intentions de Vincent. 

    Rosalie, Vincent, Aude, trois êtres au bord… de la dépression… de l’ennui irréversible… du renouveau… Un rien suffit à pimenter la routine. Les itinéraires filés dans Nevers offrent le temps de découvrir les fêlures et les rêves rengorgés d’un trio de plus en plus familier.

    La discrète Camille Jourdy aime plancher longuement sur ses planches. «C’est passionnant et laborieux. Il me faut du temps, mais mes  personnages finissent par exister au bout d’un moment". Julien Rappeneau adopte ce tempo, moderato, l’agrémente d’humour, de situations cocasses. Une tendresse infinie saupoudre un dédale sentimental dans lequel on se perd avec délices.                                              

                                                                   

    Le jeune cinéaste nous propose un jeu de patience aux cartes brodées à la dentelle d’états d’âme contemporains. Les dernières images donnent un relief inespéré à un récit apparemment banal et nous renvoient au mystère des souvenirs tapis dans l’ombre, prêts à bondir au moindre rai de lumière.

    J’ai eu envie de prolonger la magie du film, j’ai acheté l’intégrale de Rosalie Blum publiée en un seul album. Ma tendre et très chère s’en est emparé et ne le lâche plus.

     

                             P.S. A défaut de la bande originale, une chanson de Belle & Sebastian reprise en début et fin de film.

     

     

         


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :