• A demi-mots

     

                                                               Vestmannaeyjar (Les îles Vestmann) - Voyages en Islande d'Août 2008 ...

    Solveig Anspach est née dans les brumes et les froids d’une île au sud de l’Islande. Elle n’a pas vu son dernier film, L'effet aquatique. La cinéaste est morte d’une récidive de son cancer en 2015. Elle avait raconté sa maladie dans son premier long-métrage de fiction, Haut les cœurs !, César du premier film (1999). Licenciée en philosophie et en psychologie clinique, Solveig Anspach sonde les êtres sans essayer de vouloir vraiment les comprendre, elle veut juste les aider. Ce souci de l’autre provient de l’enfance. Elle s’occupait des élèves psychotiques et trisomiques accueillis  dans sa classe d’une école Steiner. Elle voyait aussi sa grand-mère ouvrir sa porte aux alcooliques et aux sans-abris de l’île où Solveig retournait en vacances plus tard. Les invités étaient priés de retirer leurs chaussures. La grand-mère disait à sa petite fille de cacher les souliers. Le temps mis à retrouver les godasses était toujours ça de gagné sur la bouteille et sur la rue. Ces filaments d'enfant se nichent dans Stormy Weather, regardé hier soir

    DVD Cinéart TwinPics, DS 42702). 

     « Je ne sais pas ce qui m’a pris, » dit Cora au médecin après avoir passé la nuit à la belle étoile. La psychiatre a pisté celle qui n’a pas de nom jusqu’à sa maison en Islande. Cora pense avoir trouvé  le fil de cette femme étrange, muette, qui se cogne au mur et aime sourire au grand soleil. Cora avait établi le contact, en parlant d’elle, en montrant une photo de sa grand-mère, en déployant des trésors de patience face à cette patiente qui ne pipe mot. Si, elle prononcera un cri guttural, en proie à la panique, lorsqu’elle perd de vue Cora dans les bois. Elle hurle le nom de son amie. Ce cri venu du fond des âges pousse la jeune psychiatre à retrouver Loa une fois identifiée et ramenée chez elle. Cora débarque en terre inconnue ;  elle ne connaît personne, il n’y a pas d’hôtel sur l’île en hiver. Le médecin local lui explique que Loa est rentrée chez elle, qu’elle a un mari, un enfant ; qu’elle a toujours été bizarre, brillante et idiote par moments. Elle fugue souvent mais revient toujours.

    « Je crois la comprendre, dit Cora, mais je suis à côté. »                                                                                                                             Pourtant, ça collait  bien entre elles, plongées dans l'oubli d'elles-mêmes.   

                         Stormy Weather : Photo Élodie Bouchez     

    Cora est à son tour un bout de femme paumée, bloquée par la tempête, confrontée dans un enfermement commun avec Loa. Cora était prédisposée à cette expérience de solitude absolue, elle qui oublie son anniversaire, qui s’accroche  bizarrement à une inconnue. Cora refuse l’évidence : Loa vit sa vie, une vie mystérieuse, que tout le monde accepte sur l’île. « Nous n’avons pas d’hôpital psychiatrique, alors les personnes perturbées restent chez elles, dit simplement le généraliste compatissant.

    Lire l’histoire de Solveig et celle de Cora, c’est regarder le même film. Deux femmes sensibles apparaissent, à l’expression mesurée, faites pour s’entendre à demi-mots. La réalisatrice américano-islandaise a longtemps cherché l’interprète de Loa. Elle a finalement

    choisi Didda JonsdottirBack Soon : Photo Didda Jonsdottir  dont c’était le premier rôle. Une belle connivence était née. La célèbre poète islandaise tournera à quatre reprises avec Solveig. La cinéaste trop tôt défunte a toujours cheminé à cœur perdu.  

                                                                                 

     


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