• Un ami de longue date m’interpelle à propos de La vie est ailleurs.

    « J’ai lu ton article. Très bien, mais après… Je veux dire… que fait-on ? »

    Je réponds : « On organise des conversations publiques. On réunit des personnes aux opinions opposées autour d’un bon repas. On parle  d’abord pour se connaître et puis on discute sur le thème de la soirée, par ex.,  l’éducation des enfants à l’usage des jeux video, du PC et du smartphone. »

    Kenneth Gergen J. et Mary Gergen  décrivent cette méthode dans leur introduction au constructionisme social. Le plan de conversations publiques évite les disputes sur les valeurs et amorce l’approche collaborative d’un conflit. Les conversations publiques sont nées à Boston au sein d’un groupe de thérapeutes familiaux. Elles se déroulent en soirée, entre six à dix personnes.

    Un repas précède la discussion sur le thème du jour. Ce dernier est banni des échanges en cours de repas. Lorsque la discussion commence vraiment, chacun est invité à parler en son nom personnel de son expérience. Les récits  sont souvent teintés d’émotion. Les positions de principe – pas de télé avant six ans, oui au jeu vidéo dès quatre ans- sont exclues du débat.                                         

    Puisque la discussion ne porte pas sur les valeurs respectives, les participants  écoutent les récits  d’une oreille attentive. Ils commencent à percevoir ce qui anime  leurs « opposants ». Ils sont ensuite conviés à évoquer leurs « zones grises », c’est-à-dire des doutes sur la position qu’ils défendent. Cette deuxième voix tend à se rapprocher de celle de l’opposition.

    Le conflit est ainsi désamorcé. S’ils n’ont pas (encore) modifié leur point de vue, les participants comprennent mieux les positions  antagonistes. Le groupe est mûr pour entamer une réflexion commune sur la façon de régler l’usage des écrans. Primeur est donnée aux récits d’expériences plutôt qu'aux échanges acharnés sur des valeurs. Le sens prôné par la tradition familiale ou les principes de vie d’une communauté devient relatif et non plus absolu. Un sens nouveau émerge issu de l’entente mutuelle au sein de la conversation. Personne n’a tort, personne n’a raison, il y a juste différentes façon de concevoir l’éducation au numérique. Le respect de la différence ouvre le dialogue et la construction collaborative de savoirs nouveaux.

    Le constructionisme social est une des sources d’inspiration des thérapies narratives. Client et thérapeute co-construisent une nouvelle histoire, en déconstruisant une version close de l’existence de la personne et en la reconnectant à ses ressources négligées. La thérapie devient un processus de construction sociale ouvert sur des significations nouvelles. Le changement découle du dialogue, de la conversation.

     

    ,                               Des habitants de Westchester en route vers la ville de New York, 1955. Photo de Guy Gillette

    Hors thérapie, J’ai constaté l’efficacité d’une conversation centrée sur les faits et respectueuse des personnes. C’était dans le train. Ce jour-là, comme souvent, c’était la pagaille. Trois trains vers Bruxelles avaient du retard. Deux arrivent simultanément en gare. Les annonces se contredisent. Je monte dans le convoi censé partir le premier. Je constate que ce train est un direct. Il ne s’arrête pas avant Bruxelles. Mon voisin est consterné. Et voilà que le contrôleur lui tombe dessus et s’apprête à lui facturer le trajet qu' il allait devoir faire en sens inverse pour atteindre sa destination.

    Je trouve cela injuste étant donné la confusion régnant sur les quais.

    J’exprime mon sentiment au contrôleur. Je lui dis les annonces désordonnées, les trains simultanés, les gros retards.

    Il me répond qu’il est obligé d’appliquer le règlement. Que celui qui embarque peut toujours s’adresser à lui avant de monter dans le train.

    Je lui fais remarquer que lui-même était difficilement abordable, occupé à jouer du sifflet pour accélérer l’embarquement.

    D’autres voyageurs confirment d’une voix posée, sans agressivité.

    Le contrôleur hésite, exprime sa crainte d’être pris en défaut par sa hiérarchie.

    Tout le monde acquiesce en soulignant qu’il serait dommage de sanctionner une personne de bonne foi.

    Silence. Mon voisin n’a pipé mot.

    Le contrôleur range son carnet. «Bon voyage, messieurs, dames.»

    Les faits, rien que les faits, pas un mot plus haut que l’autre. Le contrôleur n’a pas été mis en cause ni humilié. Il a perçu l’effet de circonstances particulières et s’est adapté à la situation malgré le règlement.

    Nous avons adouci la tonalité la couleur d’une journée qui avait mal commencé.

     

          Affiche Devine qui vient dîner...                Devine qui vient dîner... : Photo Katharine Houghton, Sidney Poitier, Stanley Kramer  Devine qui vient dîner... : Photo Katharine Houghton, Sidney Poitier, Spencer Tracy, Stanley Kramer

    Rien n’est jamais irréversible. Le père ultraconservateur de Joey finit par consentir à l’union de sa fille avec un noir. Devine qui vient dîner adopte le ton de la comédie pour aborder un sujet sensible en 1967 aux Etats-Unis. A l’époque 16 états du sud interdisaient encore les mariages mixtes. Le Ku Kux Klan manifestait devant les salles assez téméraires où était programmé le film de Stanley Kramer.

                                         Les Oiseaux de passage Une proposition de sortie cinéma pour les vacances pascales dès six ans. L’histoire touchante d’un gentil canard nouveau-né et des ses deux mamans adoptives, Margaux et Cathy. Margaux est la première à avoir vu le caneton et devient d’office sa maman. Plutôt compliqué quand on est en chaise roulante et bientôt placée en institution. Cathy aide son amie à assumer ses responsabilités maternelles tandis que les adultes pataugent dans leur conformisme et leur égoïsme. Les deux fillettes rencontrent néanmoins des adultes compréhensifs au cours d’une équipée qui les soude et les marque à jamais. Ce conte moral longuet sort uniquement en Belgique. Les oiseaux de passage signe le troisième film jeune public des frères Ringer.

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

                                                                 L'Airbus A320, un 'best-seller' très sûr

     

    Plusieurs histoires se télescopent dans ma tête : le suicide du pilote d’Airbus, une séquence du Liseur, une mère démunie face à l’emprise des écrans sur ses filles, et le dernier Philosophie Magazine consacré à « La condition de l’homme dispersé.» J’ai cherché à relier ces éléments apparemment hétéroclites dans un montage parfois sinueux. Je me suis fait un film que je vous livre brut.

    Première séquence.
    Quelqu’un de confiance me rapporte sa conversation avec un spécialiste de l’aéronautique à propos de l’accident de Barcelonnette. Il me répète que tôt ou tard, on identifie toujours les dysfonctionnements mécaniques ou humains. Les résultats sont alors communiqués discrètement à l’ensemble des compagnies aériennes mondiales. Et, m’a-t-il dit, pour la disparition du Boeing de la Malaysia Airlines, il est probable qu’il s’agit d’un suicide.

                                                                

                      Click here for full size photo!    Click here for full size photo!   Click here for full size photo!


    Cette supposition me laisse perplexe. Elle prend consistance au fil des révélations sur l’attitude du copilote. Je suis sidéré. L’avion devient un véhicule de suicide collectif, décidé par un seul individu qui ne trouve plus son cap dans la vie et du coup envoie tout le monde en l’air. Un monde hostile, pesant, aliénant, insupportable, symbolisé par les passagers embarqués dans un dernier voyage. Je n’ai plus ma place dans cette société, je suis transparent aux yeux des autres.Alors, je tire ma révérence, fasciné par la mort à venir défiée pendant huit longues minutes. Andreas est enfermé dans le cockpit, insensible aux bruits du monde. Il emporte avec lui une part de ces humains qui ne lui « disent » plus rien.

     “Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, et tout le monde connaîtra mon nom et s'en souviendra”.»


    C’est ce qu’Andreas aurait confié à son ex- petite amie hôtesse de l’air. J’émets une hypothèse. Le jeune pilote étouffait peut-être sous les rets d’une formation de pilote exigeante, sous la pression d’un système prônant l’excellence. L’Allemagne a préféré reconstruire le pays à marche forcée, sans s’inquiéter du malaise transmis aux générations filles de bourreaux et de nazis.


    Deuxième séquence.

                                         The Reader                                                                                                                                 The Reader : photo Ralph Fiennes, Stephen Daldry                 The Reader : Photo Kate Winslet

     
    Je repense à cette scène du Liseur où Michael remet les économies d’Hanna à une rescapée américaine des camps de la mort. Michael adolescent a été l’amant de celle qui fut une gardienne d’Auschwitz. Il aurait pu disculper sa maîtresse d’une lourde charge lors de son procès. Il s’est tu, son silence personnel se fondant dans l’omerta générale après la guerre sur les exactions commises dans les camps. Vingt ans plus tard, après, Michael implore le pardon de la riche américaine en son nom (sa lâcheté) et au nom de son peuple (le génocide). Ce n’est pas exprimé verbalement, un regard gêné et pressant à la fois quémande la mansuétude de la victime.


    Les Allemands sont rarement sondés sur les séquelles morales de deux guerres perdues, ni sur un sentiment de culpabilité après le génocide juif. Les cinéastes locaux commencent à prendre conscience de la parole nécessaire sur l’holocauste.                                  Il y a Phoenix et bientôt (29 avril) le très solide Labyrinthe du silence consacré au premier procès national anti-nazi.      

                                                 Affiche PhoenixLe Labyrinthe du silence


    J’en arrive à envisager qu’un mal-être latent ronge la jeunesse allemande, entretenu par un inconscient collectif enfoui sous la réussite économique, mal-être conforté par la réunification est-ouest. Quels démons sont encore tapis dans l’ombre ?


    Juli Zeh,  La fille sans qualités publie La fille sans qualités en 2004.   

                                                                                                                                                                                                                       La jeune écrivain germanique décrit la tendance nihiliste perçue chez des lycéens nés pendant la guerre du Golfe, élevés avec les images du conflit des Balkans, celles du onze septembre ou des attentats de Madrid, largement répercutés sur les antennes multiples. Ada et Alev n’ont aucune estime pour les adultes. Ils mènent un jeu pervers qui se termine dans un bain de sang.

    Une fiction ancrée dans le réel comme celle des enfants passés à l’acte faute d’amour maternel ou d’investissement paternel.          We need to talk about Kevin (raconté dans Le cinéma, une douce thérapie) montre un adolescent de 16 ans perpétrer un assassinat

    collectif dans son école.We Need to Talk About Kevin : Photo Ezra Miller Il tue à répétition pour exister. Kevin commet l’impensable, expression de sa détestation de l’espèce humaine et de lui-même. Il se donne en spectacle pour attirer les regards que sa mère lui refuse. « Les gens regardent à la télé des types comme moi.»


    Troisième séquence
    Etre dans le regard de l’autre pour exister. Une mère de deux filles de 14 et 16 ans me raconte cette scène familiale, où le père et les deux enfants sont devant la télé tout en étant connectés à leurs PC et smartphone. Ils ne se parlent pas et ne se voient pas ; ils activent pas moins de neuf écrans. La maman prend une photo et leur montre : vous trouvez ça normal ? Aucune réaction.


    Elle lâche encore. « Ma fille connaît une rupture amoureuse. Elle me paraît très malheureuse. Je découvre qu’elle était en contact permanent avec son petit ami, du matin à la nuit, par textos et réseaux sociaux interposés. Je me rends compte que ça lui manque terriblement. Elle traverse un grand vide. Et en plus, leurs amis communs commentent la séparation sur Facebook, ce qui amplifie sa souffrance.»

                                  
    Et de conclure : ce qui me frappe, (comme les participants au dernier atelier de ciné-thérapie), c’est le temps passé devant les écrans et la pression de l’immédiateté. Je suis en train de parler avec mes filles, elles me coupent dès qu’elles reçoivent un texto. Il faut réagir sur le champ. « Non, non, ça ne peut pas attendre. » Et quand elles envoient un message, elles râlent si la réponse arrive une demi-heure après. Même chose, si elles font leurs devoirs, le téléphone et PC sont branchés en permanence. Normal, me disent-elles, on fait tous ça.»

    Quatrième séquence.
    Cette mère désolée de ne plus avoir aucune prise sur ses enfants est mûre pour lire le dossier de Philosophie magazine sur La condition de l’homme dispersé. Un professeur de collège et de lycée en banlieue défavorisée témoigne sur le déficit d’attention des jeunes en classe. «Ils cherchent à être ailleurs. Ou bien c’est l’ailleurs qui vient à eux : ils reçoivent des SMS qu’ils lisent plus ou moins discrètement ou en envoient. Ils poursuivent une vie parallèle, non plus seulement par leur rêverie, mais par une communication effective. Aucun moyen de contrôler.»
    Cet enseignant tempère les effets des messageries et réseaux sociaux sur la concentration. « L’attention immédiate est très bonne. Pour peu qu’ils soient de bonne volonté, les élèves peuvent tout à fait se mobiliser. C’est vraiment l’attention de longue durée qui est mise à mal. »

                                                                 

    Un chercheur en sciences cognitives souligne que le système attentionnel n’est pas armé pour passer instantanément d’un environnement à un autre et pour gérer l’augmentation exponentielle de du nombre d’informations.


    De mardi à samedi, le monde a suivi haletant le feuilleton de l’Airbus pulvérisé sur les massifs alpins. A chaque jour, un nouvel épisode commenté en temps réel par une myriade d’internautes. J’ai rarement vu un événement prendre une telle ampleur, tous médias confondus. ..jusqu’à la prochaine catastrophe…

     

                     Ateliers de ciné-thérapie 16 mai, 23 mai et 6 juin 2015, cliquez ici


    4 commentaires
  •                                                           
                                                                                          
     

     

     

    Après Chagall, j’étais mûr pour voir Big Eyes, inspiré de la vie de la peintre Margaret Keane, toujours vivante.  Le thème du film porte sur la marchandisation de l’art à grande échelle au début des années 60 aux Etats-Unis. Walter Keane,    

                  le deuxième mari de Margaret, monte ses toiles en épingle à coups d’évènements médiatiques.

    Les gens achètent parce que Keane offre ses œuvres aux chefs d’état, fait la une des journaux et de la télé. La critique suit le mouvement, à l’exception du New York Times. Walter embobine son monde et sa femme en premier rang qui exécute à pinceaux forcés une œuvre dont son mari s’attribue la paternité.

                                                                       


    L’effacement de Margaret a retenu davantage mon attention que la commercialisation de l’artiste. Je m’interroge sur sa soumission. La jeune mère a cependant eu le cran de quitter un premier mari avec sa fille et quelques toiles pour seul bagage. Une rébellion remarquable en 1958, dans une société vouée au culte de l’époux omnipotent servi par la femme, fée du foyer. Margaret espère vivre de son art, vocation née d’une période de surdité. Privée d’audition, elle sonde le regard des gens afin d’y voir l’expression de ce qu’elle n’entend plus (temporairement). Elle commence à peindre des enfants aux yeux écarquillés d’un noir opaque.


                             «Ces enfants font partie de moi. Ils expriment mon émotion. Je ne m’en séparerai jamais.»


    Pourtant, Margaret les cède à son escroc de mari qui flaire la bonne affaire. «Je suis faible et naïve, dit-elle. Femme seule, je devais assurer ma subsistance et celle de ma fille.» Margaret trouve néanmoins les ressources pour taire la supercherie de longues années alors que ses enfants tristes s’achètent comme des petits pains, originaux ou reproductions. Elle a l’occasion de vendre la mèche à plusieurs reprises, mais elle a promis le retrait. Margaret n’a pas le bagout requis dans un monde où la frime l’emporte sur le talent.

                                                  Big Eyes : Photo Amy Adams, Christoph Waltz


    Il y a des compensations. Les dollars pleuvent, la villa avec piscine, (signe de réussite sociale) s’étend sur huit ares. N’empêche, c’est cher payé l’isolement dans un atelier aux rideaux fermés, à peindre sans relâche tellement la demande est forte et insatiable la cupidité de Walter.Margaret n’aura connu que quelques beaux jours, son voyage de noces prolongé d’une semaine à Hawaï, « un véritable paradis.»

    Elle retourne dans son Eden, accompagnée de sa fille, écoeurée par une supercherie dont elle a été trop longtemps complice. Elle rompt avec Walter et finit par revendiquer ses droits, mue par un verset de la bible : tu ne mentiras point.
    Margaret est sensible aux injonctions religieuses. Au début de son enlisement dans le mensonge, elle avait consulté un prêtre qui lui avait conseillé de faire confiance au «chef de famille.» Il faut peut-être chercher les raisons de son attitude incompréhensible dans le conformisme ambiant des sixties.

                                                                 Big Eyes : Photo Amy Adams

    Fidélité au dogme et au conjoint, Margaret serait-elle victime du constructionisme social, courant de pensée selon lequel la réalité n’est que le produit de relations sociales influencées par le discours dominant ? Ou bien est-elle simplement incapable d’assumer une liberté convoquée puis renvoyée sur fond de faiblesse inhérente de caractère.


    L’interprétation est libre d’autant que Burton ne donne aucune clef pour comprendre Margaret. A peine glisse-t-il deux phrases au vol en voix off qui tombent à plat sur l’incroyable posture de cette femme spoliée. Il laisse le spectateur spéculer au cours de conversations passionnées sur ce déni de personnalité, si rare chez les artistes à l’ego généralement démesuré.


    Margaret, énigmatique peintre du dimanche, coule aujourd’hui des jours heureux après un troisième mariage enfin paisible. Walter, peintre raté et manipulateur est mort en 2000, aigri et amer. Il n’avait plus jamais touché un pinceau depuis ses revers judiciaires. Nulle discussion ici pour voir son rêve obsessionnel sous l’angle de la mythomanie et du délire narcissique. Il frôle la démence.


    J’ai déjà parlé de It Follows sorti en France le 4 févier et ce jour en Belgique et de Melody, film belge sur les écrans français le 6 mai. J’ai oublié Cendrillon

     

                   Cendrillon         Cendrillon : Photo Lily James, Richard Madden

     

     

    visionné en février et présent ce jour sur les écrans belges et français. Le film plaira à ceux qui ne connaissent pas le conte de Perrault ainsi qu’aux nostalgiques des années 50 lorsque Disney réalisait le premier d’une nouvelle série de dessins animés originaux. Les studios de l’oncle Walt reprennent ce classique dans des couleurs du début du technicolor, dans une facture classique et chatoyante.

    On retrouve cette chromatique assez kitsch dans plusieurs séquences de Big Eyes, surtout celles dans et autour de la villa

    luxuriante. Tim Burton et son chef opérateur Bruno Delbonnel ont saturé les kodachrome de l’époque (comme Jeunet dans L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet) et composé une image aux tonalités accentuées.


    Il y a encore une similarité avec Cendrillon, les personnalités bonasses des héroïnes, à la différence près que Margaret n’a compté que sur elle-même pour déjouer un sort funeste. Même si parfois, les femmes rêvent encore du prince charmant, les temps ont changé depuis 1697, date de publication de Cendrillon ou la petite pantoufle de verre.

                                                            Image illustrative de l'article Cendrillon

     

                   Ateliers de ciné-thérapie 16 mai,  23 mai et 6 juin 2015, cliquez ici. 

     


    votre commentaire
  •                                     

                                                       Paris par la fenêtre, par Marc Chagall Paris par la fenêtre

     

                           Je dédie cette toile aux parisiens et aux ch'tis immergés  dans la pollution.

    J'ai passé deux heures merveilleuses aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. L'univers lumineux et joyeux de  Chagall a balayé le négativisme dans lequel un premier jour de printemps gris-aïe et mouillé m'avait plongé.

    Quand Chagall peint , on ne sait pas s'il dort ou s'il est éveillé. Il doit avoir un ange quelque part dans la tête, disait Picasso.

    Chagall parle en images. On dirait qu'il voit ce qu'il entend:  la musique de l'oncle violoniste dans son village  natal

    de Crimée, le chant du coq, Le violoniste bleu, par Marc Chagall le soupir d'aise de la tour Eiffel ravie de chatouiller le ciel...

    Ses toiles vibrionnent d’une joie et d’une apesanteur communicatives. Elles donnent envie de léviter, de chanter, de muser… Sa peinture énigmatique donne aussi matière à pensées. Les tonalités douces et fortes, les créatures hybrides, les corps aux doubles visages montrent les tours différents de l’âme tantôt mélancolique, tantôt enthousiaste. Des motifs miniatures nichent dans les coins et recoins de tableaux qui n’ont plus de cadres. Le regard approfondi en zooms progressifs révèle ce que le subconscient* amorce en mode sibyllin.

    * En psychologie, le subconscient désigne soit ce qui est faiblement conscient, soit ce qui est en dessous du seuil de la conscience actuelle ou même inaccessible à celle-ci.     

    Chagall peint sa vie comme il la respire, mâtinée de bonheurs simples et d’humeurs sombres nées en exils, hors de portée de la folie nazie. Et au bout du voyage, la luminosité rayonnante de Saint Paul de Vence   

                                

                                                                                                         L’œuvre de Chagall est une autobiographie à peinture ouverte, imprégnée de poésie et de nature, colorée de bleus à l’âme et de bleus ciels. Elle vous met en joie et vous regarde au fond de vous-même. Céline Verlant note que le bleu est souvent associé à la spiritualité et au mystère. « Là où la psychanalyse le relie à un état de détachement de l’âme, à un mode vie léger et supérieur, la fleur bleue du romantisme le rattache à un envol de la pensée.» L' étude Chagall rêveur forever, publiée à la Maison de la poésie d'Amay a prolongé le charme de l’exposition. Petite dans son format, cette promenade dans l'univers de Chagall est d'une grande richesse.

     

    Que la matinée fut belle, vécue en famille, avec compagne, fille, beau-fils et petite-fille (15 mois). La dernière-née  nous donna un magnifique tableau, gravissant à quatre pattes l’escalier monumental du musée. De temps en temps, elle interrompait l’escalade et regardait, curieuse, ces "grands" qui passaient à côté d’elle.


    Assurément, la plus belle (é)toile de la journée !

     

                                                                        Picture

    "Comme sur la palette d'un peintre, il n'y a dans notre vie qu'une seule couleur qui donne un sens à la vie et à l'art,

                                                                  la couleur de l'amour."           (Marc Chagall )

     

     


    2 commentaires
  •        Ateliers de ciné-thérapie  16 mai, 23 mai et 6 juin 2015, cliquez ici.  

    J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Still Alice sorti hier en Belgique et en France. Le film repose sur l’interprétation pénétrée de Julianne Moore, familière des troubles mentaux depuis Safe où elle incarnait une femme allergique  aux polluants, devenue dépressive et paranoïaque. Ayant parlé des films avant leur sortie effective, je renverrai  désormais aux articles publiés anticipativement.

    Le succès (2.5 millions d’entrées en France) d’American Sniper m’étonne. Le dernier Eastwood touche déjà dix  fois plus de spectateurs que Démineurs sur un sujet similaire. C’est quatre fois plus aussi que Zero Dark Thirty de la même Kathryn Bigelow sur la traque de Ben Laden. Je me risque  à quelques hypothèses sur l’engouement  à propos d'une vision très partielle de la guerre en Irak.

    La réputation du grand Clint  Résultat de recherche d'images pour "clint eastwood" joue certainement.  A 84 ans, c’est peut-être son dernier film. L’actualité a probablement aidé le sniper. Son meurtrier vient d’être condamné à la prison à perpétuité. Le tribunal a réfuté la démence plaidée par la défense de cet ancien marine  de 25 ans traité pour trouble de stress post-traumatique. Il a abattu Kyle et son ami  de 13 balles dans un stand de tir. Curieusement, le film évacue cet épisode fatal en signalant laconiquement le fait sur un carton. Suivent des images de l’enterrement. Tough end.                                            

    Finalement, le public va peut-être voir un sniper américain pour se rassurer sur la force de frappe  occidentale face au terrorisme. Ou pour admirer la bravoure d’un homme au service de la démocratie. Ou pour voir les coulisses d’une guerre dont on sait peu de choses, sinon qu’elle ne rapporta rien aux populations locales. 

    Gran Torino Il est intéressant de savoir que Gran Torino a eu plus de succès encore que Sniper. Clint y campe un vétéran acariâtre de la guerre de Corée. Le vieux militaire raciste  finit par pactiser avec ses voisins asiatiques, allant jusqu’au sacrifice suprême.  L’ouverture et la tolérance, la cohabitation pacifique entre communautés  ethniques  mobilisent davantage que les scènes de combat. Ce film nuancé a plus de force que le portrait brut d’un tireur d’élite érigé en légende, mort au champ civil.

     

      Loin du fracas guerrier, Michel Deville  compose une filmographie élégante et raffinée.

    Il sonde l’âme et le vice humain, ciselant ses tournages sur les partitions classiques sélectionnées en mélomane averti.  Il ne tourne plus depuis 2004. Dans les années 60-70, Deville réalisait un film par an, comme Eastwood actuellement. Le français et l’américain ont le même âge.

    J’ai acheté un coffret reprenant six de ses trente longs-métrages. La présentation séduit l’œil et le cinéphile :  écrits sur les  intentions de l’auteur, critiques de l’époque et des bonus éclairants. Deville figure parmi mes cinéastes intrigants. J’ai eu l’occasion de le rencontrer en 1988 après La Lectrice. L’homme réservé et érudit me disait vouloir parler davantage de sa façon d’élaborer ses films, sujet peu abordé par la presse  généralement friandes des rapports du réalisateur avec les grands noms  de l’ époque attirés par ses films : Michel Piccoli, Miou-Miou, Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Jean-Hugues  Anglade,  Dominique Sanda, Fanny Ardant, Nicole Garcia…. Et aussi Bruel et Dutronc.

     

     

              L'Ours et la poupée - Poster Espagne                                  L'Ours et la poupée

    Il y eut incroyablement insolite, Brigitte Bardot une fois, en duo avec Jean-Pierre Cassel dans L'ours et la poupée. En 1969, Brigitte a 37 ans et n’intéresse plus personne. Jean-Pierre est relativement  inconnu. Deville avait pressenti Deneuve et Belmondo, intéressés mais occupés.  «BB» accepte immédiatement et renonce à son cachet. Je ne vaux plus rien, dit-elle.  

     

                        Brigitte Bardot                                         

    Elle avait envie de tourner une comédie depuis des lunes. « Je suis faite pour des films drôles, le reste ne me va pas très bien. », lâche-t-elle avec du regret dans la voix et le regard triste. Là, j’ai un scoop au détour d’un bonus édifiant. Ma mémoire cinématographique en est toute vivifiée

    J’ai commencé par L’ours et la poupée, le plus léger du coffret. Cette rencontre d’une mondaine sophistiquée et d’un violoncelliste rural baigne dans Rossini et un charme désuet.  Et puis, Eaux profondes et Le voyage en douce que je n’ai jamais vus.  Je salive déjà.

    .                                 Eaux profondes                         Le Voyage en douce


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique