• J’ai expérimenté ce que je suggérais dans "En suspens.» J’ai emprunté un chemin alternatif pour me rendre à la salle de formation où j’ai passé trois jours à Aix-en Provence, cité où il fait beau et bon flâner le nez en l’air à l’affût des façades baroques. Courageux mais pas téméraire, je cale mon itinéraire bis parallèlement à l’artère principale. C’est à ça que « serre » une histoire dominante, un bon appui pour une narration innovante.

                                 


    Il est 9h00, un samedi ensoleillé. Je traverse une esplanade déserte hormis un mendiant sur ma droite. Il est agenouillé et montre une pancarte où il a écrit « J’ai faim, aidez-moi. » Dilemme habituel : donner ou pas ? J’arrive à sa hauteur, je ralentis. Il reste immobile ; je continue. Pris d’un remords, je fouille mon porte-monnaie. J’y vois une pièce de 50 cents, une de 2 cents et 2 fois 2 euros. Je reviens sur mes pas et je dépose 52 cents dans le gobelet, en précisant que je n’avais pas plus.


    Dix secondes après, j’entame un monologue intérieur. «Non mais,quel hypocrite! C’est, je ne voulais pas donner plus qui correspond à la réalité. » Un aveu plutôt embarrassant. Tant pis. Je suis d’humeur folâtre, je poursuis mon chemin, calme et joyeux. Je progresse au gré du soleil dans les ruelles ou sous le mouvement naturel du corps dans la direction qu’il pressent.

    •                       


    J’arrive rapidement (plus court que le trajet habituel) à la placette (de Verdun) proche de ma destination. Un marché aux puces hèle ses premiers badauds. Un air de guitare adoucit soudain le silence ambiant. Un musicien matinal joue dans un passage latéral où personne ne passe encore. Les notes s’envolent dans le ciel lumineux et teintent l’endroit d’une mélancolie inattendue. Je m’arrête pour savourer cet état d’âme alangui. L’envie d’être joyeux reprend le dessus. J’entre dans un café. Bouffée de chaleur, de brouhaha, de tintements de tasses. Des habitués prennent leur petit déjeuner. Je suis bien. Je ferais bien un bout de conversation à mon voisin perdu dans ses pensées. Quelque chose me retient. J’apprends, en captant un échange avec le serveur, que cet homme à l’air fatigué sort d’un travail de nuit, qu’il prend un « petit serré » pour avoir le tonus de faire ses courses avant de dormir sa nuit le jour.


    Décodage
    Pour moi, la journée commence. Je rejoins mes compagnons de formation des images plein la tête. Je me retiens de leur raconter ma baguenaude enchantée. La matinée est généreuse. Elle me donne l’occasion d’illustrer un des piliers des thérapies narratives avec le récit de mon errance.Nous dessinons ensemble les trois paysages de l’identité au départ de l’exception vécue (nouvel itinéraire) et verbalisons ses sens implicites.


    Ma rencontre avec le mendiant s’inscrit dans le paysage des intentions et des valeurs, dans une relation de soi à soi. Mon intention est de donner pour aider et servir une valeur de solidarité. Mon monologue s’adresse à moi-même.
    Le paysage de la relation à l’autre est également en jeu. J’ai réagi en deux temps à la présence du mendiant. J’ai observé comment je réglais mon rapport à un autre différent et interpellant.
    Enfin, cette promenade dans des mondes différents opère le paysage de ma relation avec la société. Que se passe-t-il quand j’ose une exception -changer d’itinéraire- et que j’entre en contact avec mon histoire préférée, c’est-à-dire sortir de la routine et provoquer l’échange.

                                    


    Ma flânerie impromptue m’a donné l’occasion de questionner mes valeurs (mendiant), de vivre un état d’âme (guitare), de palper un peu de chaleur humaine (café), et de refréner l’envie de parler impulsivement (voisin de café et formation). La discussion au sein du groupe a fait émerger une valeur sous-jacente à mon  attitude avec le mendiant. Et si sous la valeur solidarité se cachait la gêne ou la culpabilité envers ceux qui ont eu moins de chance que moi.


    Quelle belle matinée, placée sous le signe de l’exception, non de l’exceptionnel. Nuance explicitée par Serge Mori, thérapeute narratif, dans son dernier ouvrage qu’il signe à la librairie Goulard ce vendredi 17 avril.


    «Je vais donc écouter encore et toujours les moments d’exception possibles que la personne a vécus et qu’elle est capable de raconter. En d’autres temps, en d’autres lieux, la personne ne porte-t-elle pas une autre histoire, basée sur d’autres événements ? Ou juste une autre manière de raconter cette histoire ? Ou juste un événement à mettre en lumière plutôt qu’un autre ?» (p.119)

    Il y a toujours des moments dans la vie   où nous prenons ou avons pris des chemins de traverse qui

    allègent le poids de l’autoroute quotidienne. Etrangement, nous avons tendance à oublier ces épisodes préférés et à nous enfermer dans une narration pauvre des évènements de la vie. Cultivons et développons notre capacité à créer des moments d’exception que nous pourrons séquencer dans une narration nouvelle, alternative, tonique et inspirante. Explorons et amplifions les filaments (fil- amant) d’exception à portée de mains.

    La conversion au narratif dynamique part d’un état d’esprit orienté vers une vision plurale d’une expérience vécue, support d’une diversité de sens qui déconstruit la version unilatérale d’une histoire dominante saturée. Cette tournure d ‘esprit est complexe à ancrer. La preuve avec ce qui suit.

      Lundi, 13H00. Ma compagne et moi marchons à grandes enjambées                                                                                              vers la gare routière. Le temps presse brusquement après une longue station dans l’atelier de Cézanne. Une mendiante assise par terre barre ostensiblement le passage à hauteur de la place Richelme. La rue est noire de monde, la place bondée de terrasses animées. Je regarde l'intruse dans le paysage, elle fait la moue. J’ai allongé le pas. Pas question de rater le TGV vers le pays.


    Laissons à nos circuits mentaux le temps de se familiariser avec l’exception.


    Un film cette semaine.

     

                                                                                      Hungry Hearts : Affiche


    Hungry Hearts ( aujourd’hui en Belgique, sorti le 25 février en France) traverse la comédie romantique et s’installe dans l’obsession maternelle de préserver la santé d’un nourrisson né avant terme par césarienne. La jeune mère ne sort jamais, nourrit chichement son enfant de graines et légumes cultivés dans une serre sur le toit de l’appartement. Mina est d’une obstination et d’une maigreur à faire peur. Son mari l’aime tendrement et respecte ses croyances. Néanmoins Jude est inquiet, il craint pour la vie de leur fils, jamais appelé par son prénom. Une lutte feutrée et épuisante s’engage dans le couple, chacun animé par la survie de l’enfant.
    La mère de Jude intervient, la justice s’interpose, le mari chérit toujours son épouse paranoïaque et anorexique. Un film troublant et perturbant, qui soumet la loyauté conjugale à rude épreuve. Saverio Constanzo a un penchant affirmé pour les portraits de femmes étranges et pénétrantes.


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  • Sous un ciel bleu immaculé et sous les rayons bienfaisants d'un soleil provençal, l'envie me prend de tapoter quelques mots sur le clavier après trois jours de formation dense aux thérapies narratives. Au petit matin, je lis en préparation du premier atelier de ciné-thérapie sur les fratries qui aura lieu samedi.      

     

     

                                                      

                                        Frères et soeurs pour la vie
                : l'empreinte de la fratrie sur nos relations adultes                 
     

                    

    Je découvre les ressorts joyeux et dramatiques des relations entre frères et frères, soeurs et soeurs, frères et soeurs.  Cet univers m'est parfaitement étranger, moi qui suis un enfant "unique". Maintenant cinq fois grand-père, je peux observer les interactions, les conflits,les alliances en jeu entre enfants de même lignée. Je trouve dans le livre de Lisbeth von Benedek, Frères et soeurs pour la vie" de très intéressantes explications sur des comportements singuliers fraternels.J'ai rarement lu un ouvrage aussi clair, étayé par le récit d'une clinique expérimentée.  

    Le cinéma a souvent abordé les relations fondatrices au sein des fratries. S'il pleut en Belgique ou ailleurs, je vous propose un petit questionnaire pour tester votre culture fraternelle cinématographique.Salut aux frères et soeurs blogueurs! 


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  •                                                      

                                                                 Un brin de promotion

     

    Voici en primeur la couverture du livre qui a généré CinEmoithèque. L'ouvrage part à l'imprimerie cette semaine. Il sera d'abord  disponible dans toutes les "bonnes" librairies de France et de Belgique, de Suisse et du Québec ensuite. J'éprouve une joie tranquille  à l'issue d'une écriture dont la conception a commencé en janvier 2013 après avoir vu A Dangerous Method.

    «Si tant et tant de films – chacun connaît les siens- nous aident à accepter de vivre, en nous révélant et masquant tout à la fois notre incomplétude, c’est peut-être que chaque film aimé du plus profond de nous même, nous permet de faire l’économie d’une crise de folie»  (Marcel Oms

    Entre le cinéma et moi, il y a une longue histoire commencée au seuil de l’enfance. L’envie m’a pris sur le tard  de partager mon amour du grand écran. J’ai voulu clarifier l’amorçage thérapeutique spécifique au cinéma. Ce livre part et parle d’une expérience de cinquante-cinq ans de fréquentation des salles obscures. Il aboutit à un florilège de films porteurs d’optimisme, d’espoir et de changement, tremplins vers l’inattendu et la mobilité psychique. 

    Ces cent quarante pages publiés  chez Chronique sociale me tiennent à coeur. Elles constituent l'aboutissement de deux ans de recherche, de formations et d'écriture. J'ai voulu toucher un large public, qu'il soit profane ou engagé dans la relation d'aide, cinéphile ou spectateur occasionnel, intéressé ou étranger à une approche thérapeutique. L'ouvrage concilie ciné-biographie, psychologie et récits de films inspirants. 

     

                                               

    En écrivant ce livre, l'idée m'est venue de créer des ateliers de ciné-thérapie, fondé sur les thérapies narratives, la Gestalt-thérapie et la puissance émotionnelle du cinéma. Deux sessions ont déjà eu lieu. Vous pouvez en lire le déroulement dans  Prise de conscience et Histoires en cascade.

    Une troisième journée est prévue le 18 avril,  premier volet d'une série sur les fratries. Il ne manque plus qu'une personne pour que l'atelier ait lieu. N'hésitez pas, n'hésitez plus à expérimenter le chemin d'une nouvelle narration  personnelle, d'une meilleure fluidité de contact avec le monde.Le cinéma  représente le tremplin idéal vers une nouvelle interprétation de son histoire de vie.

    J'en ai fini avec l'auto promotion. J'espère vous rencontrer lors des signatures prévues au Chapitre XII et au Point Virgule.

    Un mot sur une sortie exclusivement belge demain 8 avril (prochainement en France). Boychoir me chante. Parce que réalisateur canadien, Dustin Hoffman et un faible pour les histoires de rédemption et le chant choral. Le film est sorti le 27 mars au Québec. Les critiques sont partagés, les anglophones étant plus enthousiastes que les francophones. Mais de l'avis général, François Girard a réussi un beau film. J'attends vos réactions pour donner ma voix.

                                                                 

     


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  • Cinémoithèque, clap 100ème.


    En ce jour de chasse aux œufs pour tous et de renaissance pour les croyants, je poste le centième billet d’un blog né il y a un peu plus de neuf mois. Avant de partir en formation aux thérapies narratives, j’espère vous montrer mardi la couverture définitive du livre qui a été le prétexte à la création de cet espace dédié au cinéma, aux récits et aux émois singuliers.Le cinéma, une douce thérapie, publié chez Chronique sociale, part chez l’imprimeur la semaine prochaine. Il est impatient de rencontrer ses lecteurs.

    Dans l’immédiat, je vous propose une incitation à la joie de vivre, vécue dans la Suite royale de l’Indian Palace (sur les écrans depuis le 1er avril). J’ai retrouvé l’incroyable bande de retraités britanniques à Jaipur comme si je les avais quittés hier.

              Indian Palace - Suite royale : Photo Bill Nighy, Celia Imrie, Diana Hardcastle, Judi Dench, Maggie Smith

     

    Muriel, Evelyn, Bill et compagnie ont pris leurs aises dans l’hôtel délabré et plein de charme désormais complet. Le jeune directeur compte même ouvrir un deuxième établissement. Sony nourrit de saines ambitions à la veille de son hymen avec Sunaina. Il soigne aux petits oignons l’investisseur anonyme venu repérer les lieux. Muriel, octogénaire caustique au grand cœur, soutient Sony dans ses entreprises économiques et amoureuses.


    Les générations s’épaulent, les couples vacillent, les amours hésitent à se déclarer ou à se consumer. Peste, on n’a plus soixante ans, mais on a toujours peur de s’engager, de se dégager, de vieillir, de ne plus plaire.                                                                          Le truc, c’est de laisser les choses suivre leur cours, s'emboîter naturellement.

                                                  Indian Palace - Suite royale : Photo Bill Nighy, Judi Dench


    Laisser aller, y croire, espérer, sinon un renouveau, au moins des jours paisibles dans des relations apaisées. La vie n’est jamais terminée, il y a simplement des lieux où des histoires finissent. Muriel, éreintée, ne verra pas les noces bollywoodiennes de Sunaina et Sony.

    Indian Palace - Suite royale : Photo Maggie Smith Elle leur écrit une lettre d’au revoir, réconfortée par les paroles d’un client de passage                                                                      qui a bien cerné le dessein discret de la Old Lady : j’admire la vigueur mise à                                                                                        planter un arbre dont vous profiterez très peu de l’ombre.


    L’essentiel est là : transmettre résolument, sans attendre de retour, ni se soucier de voir les graines germer. Longue vie aux pensionnaires de tous les Marigold Hôtels.

                                                                                           Indian Palace - Suite royale : Photo Dev Patel, Tina Desae


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                          Ateliers de ciné-thérapie 16 mai, 23 mai et 6 juin 2015, cliquez ici

     

      

     

                  Anna se trompe de porte. Elle confie son couple vacillant à un expert fiscal qui laisse dire cette jolie femme.


     «Ca ne va plus, il ne me désire plus, je suis angoissée.»    Confidences trop intimes : photo Sandrine Bonnaire

     

     

    Confidences trop intimes : photo Fabrice Luchini Julien endosse le costume de son voisin de palier psychanalyste.

    Un jeu de dupe commence au cours de Confidences trop intimes, à la lisière du fantasme, du mensonge, de la vérité. Qui n’a jamais voulu être un autre. Surtout après trente ans de routine poussiéreuse dans le bureau hérité de son père. Julien vit seul, collectionne les automates et conseille son ex-femme dans le choix de ses prétendants.

    Plusieurs personnages secondaires sont enlisés dans un quotidien terne ou névrotique. La concierge regarde rituellement son feuilleton à l’eau de rose. Ce patient agoraphobe monte à pied les six étages jusqu’ à son analyste. A la fin du film, la concierge est toujours devant la télé. Le patient a pris l’ascenseur sur insistance d’Anna : « juste un étage pour essayer… » Il essaie et désamorce une crise de panique en hurlant sa peur.
    - N’ai-je pas été ridicule, demande-t-il, soulagé ?
    - Pas du tout, l’angoisse, je connais, le rassure Anna.


    Etre figé devant le petit écran ou agrandir l’écran de ses expériences en balayant la poussière d’un quotidien répétitif, quel programme paraît le plus alléchant ? Certes, dépoussiérer le train-train comporte une part de doute, d’inconfort, d’incertitude. Jean-Marie Robine opère une distinction judicieuse entre incertitude et doute.


    « L’incertitude, c’est le caractère de ce qui n’est pas connu à l’avance, qui ne peut faire l’objet de conjectures et qui reste donc ouvert, quand le doute désigne une hésitation à prendre parti, une interrogation sur la réalité d’un fait, sur la vérité d’un jugement ou d’une action. Le doute peut ronger l’expérience vécue quand l’incertitude peut ouvrir la situation. »


    Anna et Julien ignorent où leur pas de deux les mène mais continuent à danser sur des bribes d’eux-mêmes. L’intruse pousse la porte fermée au fond de Julien. Celui-ci consulte son voisin psy. « Mon cher ami, il faut admettre que vous n’avez pas tout contrôle. Quelque chose vous échappe.»

    Julien et Anna explorent cette échappée car « il n’y a pas d’âge pour croire à son étoile. » Patrice Leconte truffe ses dialogues de phrases ciselées, notamment dans la bouche du psychanalyste roué : « Je ne sais rien. Je sais seulement que le patient sait, mais il ne sait pas qu’il sait. »

     

                             

    Que savons-nous exactement de notre potentiel ? Nous maîtrisons à l’envi les histoires rôdées que nous nous racontons sur nous-mêmes et nous subissons celles racontées sur nous. Au risque de me répéter, notre identité est bâtie sur une nuée de récits mais nous n’en retenons que quelques uns, qui nous rendent présentables. La façon dont nous narrons une histoire affecte la façon dont nous la vivons.

    Et pourquoi pas changer de disque et se libérer d’un récit appauvrissant. Un bon entraînement consiste à accueillir l’inattendu, parfois un mouvement du corps qui nous pousse à emprunter un nouvel itinéraire. Quand je suis à pied, j’écoute régulièrement ces appels de l’insolite. J’observe l’effet de cette bifurcation imprévue. Un sentiment de bien-être m’envahit, heureux d’avoir cédé à la fantaisie du moment. La nouveauté met de bonne humeur et nourrit le terreau de nouvelles histoires à échanger.

     

     


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