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                                              Atelier Cinémouvance  le 16 avril : Internet, réseau dans tous ses états

     

     

                                                                          Back Home : Affiche

    Back Home  sort aujourd’hui dans la foulée de l’ atelier Cinémouvance sur les secrets de famille. Il en est un que Gene n’a jamais dit à Conrad, son fils cadet : la vérité sur la mort de la mère et épouse trois ans plus tôt. Une exposition en mémoire de la célèbre photographe trouble la cellule familiale réduite au père et à ses deux fils. Les trois hommes négocient des tournants délicats dans une vie. Jonah, l’aîné, entre dans la paternité, Conrad traverse l’adolescence, Gene commence la vieillesse. Le passé revient au galop à l’aune de ce qu’Isabelle représentait pour chacun.


    Jonah trie les clichés entassés dans des sacs. Le père lui délègue cette tâche au-dessus de ses forces. Gene a renoncé à sa carrière d’acteur pour être plus proche de ses fils, laissés par une mère sur les sentiers de la guerre, en ex-Yougoslavie, en Irak, en Afghanistan ou en Palestine. Isabelle avait promis de ralentir, elle était repartie. Gene l’attendait patiemment dans un grand soupir

    d’impuissance lasse.  Back Home : Photo Gabriel Byrne L’époux autant que le père s’efforce d’être consensuel, de tempérer les conflits. «D’accord, c’est probablement mieux ainsi. » Le dialogue est très compliqué avec Conrad accroché à un univers multi joueurs. Il dézingue à tour de manette, y compris son père,mué en avatar espérant rencontrer le fils replié dans son monde virtuel.
    «Est-ce si difficile de me parler ? Conrad esquive et posera la même question plus tard au paternel l'attendant à l’aube. Conrad souffre d’un chagrin rentré, traîne du deuil inaccompli d’une mère idéalisée.

    Back Home : Photo Devin Druid


    Le courant circule mieux entre les deux frères. Conrad dévoile son versant amoureux et poète à Jonah. L’aîné, heureusement surpris, donne des conseils que Conrad s’empresse d’ignorer, désireux de s’ébrouer à sa mode.

                                                                                                                                       Back Home : Photo Devin Druid

     

    Back Home : Photo Jesse Eisenberg

    Jonah s’attarde dans la maison de son enfance. Il reporte le retour vers sa femme et leur bébé à peine né. Jonah houspille son père, renoue avec d’anciennes amours. L’intellectuel tourmenté se demande s’il est vraiment destiné à une vie routinière, au contraire de l’exemple maternel. Les retours en arrière montrent une Isabelle passionnée, s'évertuant à concilier vie de famille et engagement humanitaire.

    Back Home : Photo Isabelle Huppert Trois ans après sa mort, l’artiste secoue ses hommes en plein désarroi qui triturent leurs souvenirs afin de s’ancrer le présent.


    Joachim Trier brode doucement une chronique familiale mélancolique. Il mélange habilement les époques. Back Home, au grain soyeux et élégant, constitue le tremplin rêvé d’un atelier de ciné-thérapie sur l’incommunicabilité familiale. Les notes coulaient de source dans mon carnet après la projection. Le cinéaste norvégien tire de nombreux tiroirs, multiplie les détails sur l’état d’esprit de personnages entre deux rives, joués par des acteurs convaincants. A rebours de la tendance actuelle, le père est rétabli dans son rôle pivot de la cellule familiale.

     

     


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    Un silence épais cueille la fin de Boomerang qui ouvrait le neuvième atelier de ciné-thérapie dédié aux secrets de famille. Ce silence s’est prolongé jusqu’aux premières réactions sollicitées auprès de quatre participants partagés en deux générations.


    « Remuée. Retournée. Des souvenirs inattendus ont surgi. Reconnaissance et tristesse.J’ai pensé à mon père décédé. »

    Reconnaissance d’une grand-mère bienfaisante au contraire de l’odieuse aïeule à l’écran. Tristesse en voyant une fête de Noël plombée par la révélation du secret bétonné pendant trente ans. Mais Anaïs (tous les noms cités sont des noms d’emprunt) imagine aussitôt une tournure plus joyeuse à la réunion de famille, la levée du silence soulageant tout le monde.


    Bernadette parle avec émotion d’une grand-mère qu’elle n’a pas connue à qui elle a adressé une longue lettre sous forme d’un livre. Elle exprime aussi son admiration pour Antoine.


    « Quel culot il a de mettre les pieds dans le plat le jour de Noël. Quel provocateur !» Elle exprime également sa colère à l’égard de l’infâme matriarche, symbole de toutes les mères étouffoirs.


    Le quatuor bien chauffé se divise en duos avec la consigne de repérer les soutiens et les freins à la quête d’Antoine.
    Loïc (c’est son troisième atelier) expose son dilemme. Il hésite à jouer les cartes disponibles pour éclaircir des zones troubles.


    « Je ne lâche pas l’affaire mais je ne trouve pas le temps malgré les mains tendues. Ça s’éloigne, ça n’est pas pesant tous les jours, et en même temps, si je ne fais rien, je sens que ce n’est pas bon.»


    Bernadette a renoncé à trop savoir. Elle préserve des relations paisibles, un choix pleinement assumé. N’empêche, elle encourage vivement Loïc à poursuivre ses investigations. « Si je peux te dire quelque chose… » Ils ont en commun de porter un nom de famille changé une ou deux générations avant. Tous les ateliers accrochent des similitudes entre les histoires des participants. Ces synchronicités flottent dans le champ spécifique du groupe et se matérialisent au fil des récits énoncés au long de la journée.


    Les histoires de chacun rebondissent les unes sur les autres, elles résonnent entre elles. Les narrations réveillent des souvenirs enfouis comme ces conversations à la sortie d’une projection. L’évocation d’un film sur le vif aspire le souvenir de sensations, émotions et pensées associées à d’autres visions.


    Une partie de nos souvenirs n’est pas verbalisée. Ces traces sont inscrites dans la mémoire tissulaire, sous forme de sensations et d’émotions inexprimées. Tant que cette mémoire implicite n’est pas verbalisée, le corps exprime ce que la conscience refuse. Notre corps continue à produire les mêmes signes dans des circonstances identiques, sensations et émotions inexplicables jusqu’au moment où nous leur donnons sens en mettant des mots sur le souvenir enfoui.

    Nous avons donc tenté le passage de la mémoire implicite à la mémoire explicite en stimulant la remontée d’une séquence agréable et d’une séquence désagréable de l’existence. Il était demandé de découper l’épisode en partant de la sensation éprouvée (chaleur, tension, détente, vertige…) puis de l’émotion, des pensées et de l’action qui s’ensuivirent.


    Corinne se rappelle un moment désagréable vécu à dix-huit ans. Elle tombe par hasard sur un document dans un tiroir. Elle ouvre de grands yeux en lisant une donnée familiale la concernant intimement. Corinne met un an à ruminer et à digérer l’information. Elle décide finalement de ne pas questionner les personnes impliquées dans le non-dit. Corinne n’en parle qu’à son futur mari. Sa mère nonagénaire vit toujours.

                           « J’ai renoncé, ce n’est plus un problème. »


    Aucune mémoire implicite n’a été débusquée mais Corinne a pu confier un souvenir désagréable vieux de cinquante ans, époque où elle s’engageait dans sa vie professionnelle et sentimentale. Elle a ressenti le soutien du groupe qui l’a reconnue dans une valeur essentielle : le silence.

                                                ... race Tour de France was conducted on the Passage du Gois in 1999


    La journée touche à sa fin. La fatigue pointe. En route pour une dernière mise en situation : la reprise d’une séquence du film de la journée. Après la deuxième vision, chacun imagine un transport vers le futur, projet rêvé en compagnie de personnes aimées.


    Bernadette, la doyenne, se réjouit d’une journée fructueuse en échanges intergénérationnels, heureuse de voir que le dialogue est possible entre âges éloignés. Loïc, vétéran de Cinémouvance, repart avec des questions et des pistes nouvelles, il estime que cette journée a creusé profond, plus encore que les fois précédentes. Anaïs dit peu et se sent vraiment bien. Corinne ne promet pas de venir à tous les ateliers mais elle est curieuse de la suite.


    Pour moi, ce fut une des plus belles journées depuis leur création il y a un an. L'expérience grandit, la démarche s'affine.Joie. Merci pour la belle partition composée ensemble.

     


                                             Et donc, Clap pour Cinémouvance dixième, le 16 avril.

                                       Disconnect : photo    Disconnect : photo  

     

    Au programme, la reprise d’un atelier foisonnant, avec le palpitant film choral Disconnect  (inédit en France, sorti à la sauvette en Belgique), évocation des bienfaits et méfaits d’Internet, outil de communication polymorphe aux effets (d)étonnants sur les relations humaines.

     

                                          Disconnect : Photo Jonah Bobo     Disconnect : photo

     


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                    « Avant trente ans, je ne savais pas qui j’étais, c'était l'horreur. »

                      Profili Caterina | LinkedIn Jusque là, Caterina a vécu une vie rock’n roll, cocktail corsé de sexe, drogue et alcool. 

                      La mer s’agite en elle, elle cherche son identité. Au terme d’une folle nuit, sa tête s’emplit de symphonies dirigées par un Toscanini enragé. Voix et musique l’accompagnent durant dix ans. Cette fois, le diagnostic est posé : trouble bipolaire, aussi dénommé trouble maniaco-dépressif, c’est-à-dire alternance d’humeur dépressive et d’énergie maniaque. Les fluctuations d’humeur sont extrêmes, imprévisibles et de durée variable. Joie et souffrance. Calme et agitation.


    Caterina  Profili raconte sa maladie à la première personne dans un film réalisé par ses soins. « Accepter la maladie et en parler aide un peu.» Ses deux amies et elle,« filles de l’excès » évoquent dans Étoile bipolaire
    * le sentiment de toute puissance et la fulgurance des périodes maniaques : « on vit mille choses à la fois à 1000km/h »
    * l’insomnie : « j’ai tellement la trouille de la vie normale que je dors le jour. Personne ne doit me voir comme ça»
    * le suicide : « Je ne veux pas mourir, j’en ai juste marre de vivre ainsi. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur de vivre. »

    Aucun apitoiement. Ces drôles de dames manient l’auto-ironie, l’humour léger, elles posent un regard lucide sur leur vie si éprouvante et si créative. Elles portent leurs nuits blanches en chansons et les interprètent en public. Caterina injecte un zeste de fiction pour reconstituer la réalité. Cette fantaisie ouvre un angle neuf sur la maladie. Assembler un film rétablit une continuité absente du quotidien de la personne bipolaire.


    Rodolphe a choisi de filmer son épouse Laurence, bipolaire comme lui. Laurence parle d’elle et de la force du couple.

                    « Avec attention et amour, la bipolarité est jouable.» Ils se comprennent, pas besoin d’expliquer.

                                                           Prochaines projections de  Humeur liquide  http://www.eglise.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/2/2014/05/rodolphe-viemont.jpg

    Rodolphe interroge aussi médecins et thérapeutes sur la maladie, sur les risques de transmission du trouble. Le couple sonde son désir d’enfant, il définit une stratégie pour atténuer la virulence de cette affection, liquide qui coule d’une rive à l’autre, tantôt doux tantôt violent. Laurence et Rodolphe ont adopté quatre devises.


    Unir ses forces
    Accepter la maladie
    Contourner l’ennemi
    Ne pas nourrir la maladie.


    L’amour est un antidote puissant. « Plus il y a d’amour, plus la maladie s’éloigne tout doucement. » L’amour, la présence, l’écoute et les mots de Rodolphe soutiennent Laurence quand elle "descend jusqu’elle ne sait où". Et lorsque Rodolphe souffre à son tour, « te voir mal, ça me rend folle ».

                                                           « Heureusement, on n’est pas que la maladie. »

    Cette affirmation de Laurence  colle parfaitement aux thérapies narratives qui dissocient la personne et le problème. Celui-ci est externalisé, identifié, nommé ; son mode opératoire est examiné sous toutes les coutures (quand ? comment ? contexte familial, social ? quels effets sur la personne, sur l’entourage ? quelle évaluation du problème, quelles valeurs personnelles occultées ou mises en œuvre…)

    Le narrapeute soigne d'abord des histoires. Il aide son interlocuteur à parler de ce qui va bien, à se souvenir de ses histoires préférées, qui ont bien tourné. Comme le problème, l’exception est nommée et disséquée. L’identité profonde de la personne est remise à jour. Ces conversations thérapeutiques s’emploient à restaurer une continuité de sens de soi-même en reliant des expériences de vie dans un récit heureux après avoir stimulé des ressources personnelles cachées dans une histoire de soi fermée et figée. Cette version alternative suppose la déconstruction des croyances, pensées, préjugés, nourris par l'entourage et la société, renforcés par une image de soi tronquée.


    En réécrivant son histoire, la personne recontacte de  la conscience et de la responsabilité. Elle se dépouille de la honte d'être  bipolaire, de la culpabilité d’être différent. Elle ose réaliser ses aspirations, ses intentions, ses rêves.

    Laurence et Rodolphe croient à la force de leur couple et décident d’avoir un enfant malgré la statistique chiffrant à 30% le risque de transmission de la pathologie. En décidant de mettre un enfant au monde, le couple dévie le cours de sa bipolarité.

                                                 Le  public des Rencontres Images mentales

                                           venu écouter Rodolphe Viémont parler hier de son film,      

                        a chaleureusement applaudi la naissance de la petite fille il y a moins d’un mois.


    Merci à Caterina, Laurence et Rodolphe de livrer votre intimité sans fard au bénéfice d’un regard      dynamique sur un trouble mental déconcertant.
                                                                              Je laisse le mot des beaux débuts à Rodolphe :

                                                                             Vivre libre, c’est vivre sans la peur !


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                             99 Homes Poster         featured_99-homes    

    Trois films d’affilée hier lors d’une journée de projection organisée par l’excellent distributeur belge Cinéart. 99 Homes a éclipsé les deux premiers. Il montre une société américaine impitoyable avec les perdants et la cupidité immorale d’hommes d’affaires bâtissant des fortunes sur la déchéance forcée.


    J’ai eu le souffle coupé en suivant l’expulsion inhumaine de propriétaires incapables de rembourser leur prêt hypothécaire. Leur sort est scellé en soixante secondes au tribunal puis en deux minutes chez eux. En fait, ce n’est plus chez eux.


    «Cette maison appartient désormais à la banque », énonce froidement Rick Carver, en frappant à la porte de familles apeurées. Deux policiers accompagnent l’agent immobilier, quatre videurs attendent en retrait le départ des malheureux mauvais payeurs.
    Les expulsés ont deux minutes pour emporter le strict nécessaire : argent, objets personnels, vêtements… Les videurs rassemblent le mobilier sur le trottoir. Les bannis disposent de vingt-quatre heures pour enlever leurs biens. Hébétés, ils ne comprennent pas ce qui leur tombe sur la tête. Certains n’ont que trois échéances impayées. Mais nous sommes en 2008, l’immobilier s’effondre, les taux variables étranglent les emprunteurs et les banques se couvrent à bon compte. Elles cèdent rapidement les biens saisis à des sociétés qui les revendent avec un profit substantiel.

    99 Homes : Photo Andrew Garfield, Laura Dern Rick jongle avec le marché, les lois et les combines. Il a fait fortune en trois ans. Il recrute Dennis, expulsé la veille, père célibataire vivant avec sa mère et son fils. Dennis travaille au ralenti dans le bâtiment, il veut récupérer la maison familiale coûte que coûte. Il ramasse un max de blé en exécutant les basses œuvres de Rick. Jusqu’où va-t-il composer avec sa conscience, ses valeurs pour reloger dignement les siens parqués dans un motel, véritable camp de propriétaires déchus.


    99 Homes décrit l’extrême violence sociale et physique d’une Amérique impitoyable avec les perdants. Le binôme Andrew Garfield/ Mike Shannon révulse et fascine à la fois. Le requin immobilier est fils de couvreur, son homme de main met un point d’honneur à recouvrer son bien. Ils saisissent les opportunités, l’un sans état d’âme, l’autre en perdant son âme. Engrenage impitoyable de l’argent facile, corrompu, grisant. La fin bâclée n’enlève rien à la puissance émotionnelle d’une réalité montrée sobrement, les images se suffisant à elles-mêmes.


    Ramin Bahrani a décroché le prix du Jury au Festival de Deauville. Son film ne sera pas distribué en France (visible en e-cinema). Il a tenu cinq semaines aux États-Unis, sorti sur deux écrans la première semaine, monté à six cent nonante en troisième et finissant sur sept écrans, à quatre-vingt mille spectateurs. Un flop magistral. Les Américains répugnent à voir leur côté sombre en face. 99 homes sort le 27 avril en Belgique. Merci à Cinéart. Ne ratez pas ce témoignage époustouflant sur la misère générée par un capitalisme dément proche d’un nouveau délire.

                                                                                      
    De quoi l’Allemagne peut-elle être fière ?, demandent des étudiants au procureur général de Hesse dans une émission télé à la fin des années 50.
    La fierté pour Fritz Bauer serait de traduire Adolf Eichmann devant les tribunaux allemands. Le magistrat juif se heurte à l’inertie d’un pays encore peu enclin à affronter son passé. Fritz Bauer, un héros allemand (13 avril en France, 20 avril en Belgique) dresse le portrait d’un homme courageux, roué, n’hésitant pas à solliciter le Mossad, les services secrets israéliens, afin de coincer l’organisateur de la solution finale, en clair, l’exécuteur en chef de l’extermination des Juifs.

                                                                                                                                                  


    L’Allemagne continue à exorciser le passé un an après Le labyrinthe du silence. Ces deux films se ressemblent dans leur sobriété et leur souci de coller à l’Histoire. Les deux réalisateurs ont des racines italiennes et leurs films sortent tous deux pendant le procès d’anciens nazis, employés dans les camps de concentration. Étonnant, n’est-il pas ?

     

    a second chance Je serai bref sur la troisième vision de la journée, Une seconde chance (en France depuis le 13 janvier et le 16 mars en Belgique), mise en images léchée d’un drame tordu qui m’a retourné viscéralement tant certaines scènes sont sordides. Suzanne Bier maintient un temps la tension puis se perd dans d’invraisemblables ressorts psychologiques trop appuyés.

     

                                              Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille

                                                

     


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    Continuer à vivre sur le tard, oui, mais comment ? Quatre films posent directement ou indirectement cette question cruciale. Je les réunis dans une chronique en pointant des points communs entre des films inégaux, la plupart déjà sortis en France et sur le point d’apparaître en Belgique. Ils parlent de vieillir, du sens de la vie, des valeurs et d’amour. Les histoires mettent en présence des duos aux tempéraments opposés.


    Je commence par l’inédit sur les écrans belges et français, Des nouvelles de la planète Mars (le 9 mars), qualifié par son réalisateur de « comédie existentielle». Le héros a quarante-neuf ans, s’appelle Philippe Mars et fête son anniversaire dans l’indifférence générale. Philippe est raisonnable, modéré, patient, serviable, complètement dépassé.

                                                                          Des nouvelles de la planète Mars : Photo François Damiens

    Sa  bûcheuse de fille traite de perdant. Elle étudie pour devenir une gagnante, « gagner un max de fric et se payer ainsi tout ce qu’elle veut.» Son frère est plus dilettante mais complètement investi dans la cause végétarienne. Il aimerait un père plus attentionné avec ses enfants.


    Philippe est immobile. Il rêve d’apesanteur, dégagé de son ennui policé envers la vie. Un collègue le sort de sa torpeur.

                                                                                                                                             Des nouvelles de la planète Mars : Photo François Damiens, Vincent Macaigne

    Jérôme démolit son PC professionnel au hachoir avant de trancher l’oreille de Philippe. Jérôme, interné, s’évade et demande asile à son souffre-douleur. Je vous l’ai dit, Philippe est serviable, il héberge Jérôme qui se révèle un terrible à gratter sur l’épiderme lisse de son ex partenaire de travail. Une comédie sympathique, onirique et gentiment contestataire qui peine à s’emballer.


    «L’époque n’est pas facile pour avoir confiance en l’avenir.» dit Philippe. Pierre ne dessine aucun avenir dans Le grand jeu (16 décembre en France, 9 mars en Belgique). «Je suis un écrivain posthume de son vivant.» Pierre a écrit un roman d’apprentissage voici quinze ans et depuis il végète.

                                                                                   Le Grand jeu : Photo Melvil Poupaud Il a pris ses distances avec l’extrême gauche de sa jeunesse. Les fonds commencent à manquer. Il accepte l’étrange proposition de Joseph, vieux charmeur énigmatique dont le métier est «de rendre des services». Son champ d’action : la politique.

    Le Grand jeu : Photo André Dussollier Il façonne l’espace public, monte des coups, notamment anéantir le ministre de l’Intérieur.


    Ni Joseph, ni Pierre ne nourrissent encore la moindre illusion. Joseph joue une vengeance sur un ultime coup de bluff. Pierre s’interroge sur la suite à quarante ans. Sa génération n’a produit ni utopie réelle, ni même de base à un combat durable. «Vous vivez comme s’il n’y avait personne devant vous, s'étonne un vieux soixante-huitard, face aux jeunes rebelles réunis dans une ferme communautaire. Vous attendez passivement que la société de consommation s’effondre.» Ce premier long-métrage esquisse de nombreux thèmes et n’en développe aucun. Moi qui ai toujours de l’appétit pour les polars politiques, je suis resté sur ma faim.


    Randonneurs amateurs (2 mars en Belgique, 13 janvier en France) prône le retour à la nature comme remède à la déprime ante mortem. Bryson en a marre d’enterrer ses amis et des conversations t’as mal où. L’écrivain naturaliste congédie la routine en se

    mettant en tête d’accomplir les 3500 km de l'Appalachian trail. Randonneurs Amateurs : Photo Nick Nolte, Robert Redford L’aventure commence avec son vieux pote Katz qu’il n’a plus vu depuis perpète. Bryson et Katz, c’est marier l’eau et le feu. Katz a dragué et picolé la première moitié de sa vie et gâché la deuxième. Bryson est doré sur tranche, exemple de réussite sociale, professionnelle et conjugale.

    Randonneurs Amateurs : Photo Nick Nolte, Robert Redford Le duo Redford/Nolte avance vaille que vaille, ressasse le passé, solde des comptes amicaux. J’ai marché un peu, attendri par ce duo de légende, partageant ses derniers feux de la rampe.


    "Ma question était : comment vit-on le temps qui nous reste à vivre ? Je ne prône pas le chaos, mais l’amour, et je pense que ce qu’il reste à vivre, il faut le vivre pleinement, et en toute humanité. Je voulais arriver à parler de ça, y intégrer Dieu, quelque chose de très complexe en somme."

    Bouli Lanners parle de son quatrième film (belge primé doublement à Berlin) sorti en France le 13 janvier, attendu sur sa terre natale le 24 février. Les premiers, les Derniers est à la fois crépusculaire et porteur d’espoir, western moderne métaphysique. "C’est normal d’avoir peur, rassure Jésus, tout le monde a peur."

    Gilou a un coup de mou. « Je suis plus jeune que toi et j’ai l’air plus vieux.»                                                                                              Cochise, son éternel complice lui reproche de « tirer la gueule tout le temps.»

    L'anxieux tombe sur un cadavre abandonné. Son moral remonte après l’avoir enterré dans les règles. Max Von Sydow est parfait en croque-mort. «Voici ce qu’a dit le premier et le dernier : j’étais mort et je suis revenu à la vie», prière prononcée par un tenancier

    séculaire de motel désert et jardinier invétéré.  Les Premiers les Derniers, Michael Lonsdale, Max von Sydow © Kris ... Gilou cherche un sens.

    "Pourquoi vous continuez à vous occuper de cet hôtel?"

    Pourquoi le tandem protège ce jeune couple en cavale ? "Parce qu’on n'est plus comme avant."


    Bouli charrue l’humanité à larges sillons chaleureux, semant une spiritualité inattendue chez le cinéaste pétri de fraternité terrienne.
    J’ai vu ces quatre films hier et bien avant. Les deux premiers visionnés attendaient patiemment les deux suivants pour que je les réunisse dans un quatuor né d’une association d’idées singulièrement inspirée.

     

     

     


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