•  While We're Young : Affiche     Bande-annonce 

    C’est incroyable comme vous êtes toujours dans le moment présent, c’est très stimulant », dit Josh, 44, ans à son nouvel ami vingt ans plus jeune. « Tu ne penses jamais au lendemain ? »
                                                « Jamais. Je suis un heureux pathologique. »
                                                « C’est fou!, commente Josh rêveur.»


    Josh et Cornelia, mariés, sans enfants, entament une cure de jouvence

    While we're young - Photo undefined                                                                                                                                                                                                                            au contact de Jamie et Darbie, résolument

    atypiques,   While We're Young : Photo Adam Driver, Amanda Seyfried jamais un mot plus haut que l’autre. 

    Ils marchent dans les tunnels de métro, ils élèvent un poulet dans leur appartement partagé avec un colocataire encore plus relax que le jeune couple, marié à l’église et à la mairie, rien que pour le meilleur. Ils sont continuellement en mouvement. Cornelia se met au hip-hop, Josh au vélo et contracte son dos.

                               While We're Young : Photo Naomi Watts              While We're Young : Photo Ben Stiller

    Le verdict tombe : arthrite.
    "A 44 ans ?
    Ou à 42. Chez vous, c’est un peu plus tard ", constate un docteur pince-sans rire.

    Les signes avant-coureurs de la vieillesse ne trompent pas. Cornelia et Josh vieilliront-ils ensemble, engoncés dans une routine confortable ? Darbie et Jamie épicent leur quotidien, relancent leur couple et ébranlent aussi un amour figé.


    Josh et Jamie tournent un documentaire à deux. Le jeune admire l’ancien, auteur d’un film qui a marqué… jadis. Aujourd’hui, Josh ne parvient pas à terminer son deuxième sujet après huit ans de tergiversations. Jamie boucle son premier essai en deux jours et

    décroche des crédits pour développer son projet.  While We're Young : Photo Adam Driver, Ben Stiller

    Josh est largué, personne ne le suit plus dans sa quête d’authenticité, de profondeur, ni sa femme, ni son beau-père, documentariste renommé. L’époque est à l’immédiateté, aux réseaux sociaux, au tournage à vif sans montage, catapulté instantanément sur Internet. Peu importe si les images sont bidonnées, seul compte l’impact sur le monde et la célébrité. Chacun cherche à être admiré, reconnu. Jamie tape dans le mille parfaitement, Josh échoue lamentablement.


    Noah Baumbach réussit un grand film avec trois fois rien.

    Noah Baumbach Il parle du conflit générationnel, de l’addiction au numérique et du commerce de l’art en ayant l’air de ne pas y toucher. Il essaime les détails anodins révélant des êtres et des situations complexes. La caméra attentive nuance les points de vue. Les codes artistiques et sociaux évoluent avec l’omniprésence de la communication numérique. A quoi bon faire des documentaires, on film tout, partout, avec son téléphone ou sa tablette. Le monde change, brasse les pixels à la pelle, mais la nouvelle réalité mérite mieux qu’une position binaire. Composer plutôt que rejeter et se replier sur des positions arrêtées comme Josh.


    Ce qui ne change pas, c’est l’angoisse de la routine, la peur de vieillir, l’envie d’être reconnu. Cornelia aspire à un regain d’énergie pour leur couple. Elle continue à miser sur son tendre, attentiste et frustré. Naomi Watts et Ben Stiller forment un couple plausible, ils ont et font avec l’âge de leurs personnages. Ils sont crédibles. On y croit et on espère avec eux des jours glorieux, ceux où l’on remarque « une chose géniale par jour.»


    Le courant a dû bien passer entre les deux acteurs, à voir le baiser appuyé de Cornélia à Josh à la fin, un «kiss» à la fois tendre et passionné, que j’imagine, décoché en guise de merci pour le voyage à deux. Ben Stiller paraît réellement surpris de l’intensité affective de Naomi.

                                                      While We’re Young : Photo Ben Stiller, Naomi Watts


    Cette complicité doit énormément au naturel de Noah Baumbach qui puise la substance de ses films dans son histoire personnelle et dans ses questionnements existentiels. A 45 ans, l’auteur de Frances Ha Frances Ha

    Les Berkman se séparentet de Les Berkman se séparent 

    signe son œuvre la plus aboutie. Il ose cette fois l’humour frontal. J’ai ri plusieurs fois à gorge déployée. Que c’est bon !


    Noah Baumbach présente en personne While We’re Young demain 1er juillet, à 20h30, au Palais des Beaux-arts, invité par la Cin ematek. A 17H30, il sera présent à la projection de Broadway Dany Rose, de Woody Allen, un de ses inspirateurs.


    Le film sort sur les écrans belges et français le 22 juillet.J’ai déjà parlé des Jardins du roi. Je suis curieux de voir Victoria 

     tourné en une seule prise de 140 minutes (2H20).                                                       Victoria : Photo Laia Costa

     

     

    Ce sera à mon retour de formation, troisième volet des thérapies narratives, que j'approfondis pour  peaufiner le 

                                                prochain atelier de ciné-thérapie le 21 août à Namur


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    «Trouvé alliance au jardin près des fraises.»

    Extraordinaire petit mot au retour de vacance.

    Une des personnes qui veillait sur la maison en notre absence a retrouvé l’anneau perdu je ne sais plus quand, je ne sais plus où. Le symbole de notre rencontre quadragénaire fertilisait notre potager.
    Me voici muni de deux bagues.

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    « C’est un heureux présage, dit ma compagne. C’est une nouvelle Alliance.»


    Plus fort que le cinéma, la vie : plus grand que le plus géant des écrans.
    De cinéma, il fut rarement question au cours de notre quinzaine musarde. Le regard était empli de nature sauvage et mystérieuse arpentée au rythme d’un pas flâneur.


    La nature est toujours là, pourtant. Elle oppose ses ciels calmes et ses raisons à la folie des hommes.
    Albert Camus, croisé au hasard d’une brocante de la Saint Jean. J’extrais cette phrase d’un Folio poche à un euro.


    - Je ne pouvais pas laisser L’été dormir dans une caisse, même au soleil, dis-je au maître de l’étal.
    - Et bien voilà, c’est l’occasion de relire un livre que vous avez certainement déjà lu.


    Et non, je ne connaissais pas ces textes lyriques et passionnés sur la Méditerranée et ses légendes écrits entre 1939 et 1953 par un

    de mes auteurs préférés. 


    Le livre commence ainsi :


    Il n’y a plus de déserts. Il n’y a plus d’îles. Le besoin pourtant s’en fait sentir. Pour comprendre le monde, il faut parfois se détourner ; pour mieux servir les hommes, les tenir un moment à distance. Mais où trouver la solitude nécessaire à la force, la longue respiration où l’esprit se rassemble et le courage se mesure.


    Mon esprit se rassemblait chaque matin de 6 heures à 7 heures 30 dans la douceur d’un jour naissant tranquille. J’avais emmené plusieurs ouvrages d’Irvin Yalom et Régine Detambel sur la bibliothérapie. Je consignais les phrases fulgurantes dans mon carnet de carnet de voyages et nous en faisions une relecture commentée. C’est infiniment gai de parler sans contrainte horaire.

                                                                       
    Dans Les livres prennent soin de nous, Régine Detambel observe que lire un texte, c’est se lire soi-même. Les mots que nous lisons n’ont pas leur fin en eux-mêmes, mais en nous. C’est bien leur vie que les lecteurs ont à configurer. Ce qu’ils cherchent dans la succession des mots est quelque chose qui modèle le présent.


    La bibliothérapie présente de nombreuses similitudes avec la cinéthérapie. Elles recousent une continuité dans une vie fragmentée, elles installent une temporalité propice à la réinterprétation du monde qui nous entoure et de notre façon de nous y mouvoir. L’interprétation en soi est une thérapie.


                                    Il y a en chacun de nous des zones endormies qu’une œuvre viendra réveiller.


                                         Cinéma, livre, musique, peinture, rencontres, soyons  à l’affût de ce qui nous fait être.

    Demain reprise des visions de presse.  While we're young (2015) - Noah BaumbachUn film de Noah Baumbach, cinéaste sensible et pétri d'humour.


     


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  •                             Un texte en montage alterné, destins croisés, entrelacs d'aller à... 

     

    FRANCIS, 17 heures 50

     
    Francis referme l’horaire d’un coup sec. C’est serré, mais jouable. Trois heures pour passer de trépas à plein de vie. Enterrer Jules-Henri, boire deux margaritas à sa santé au cocktail de ses dernières volontés, ensuite Métro Palair, sortie Cartouche, 3/4 d’heure dans le tube, dix minutes à pied et réglo, pile à 9 heures pour témoigner de l’union heureuse de Cécile et d’Oscar. Sacré Jules-Henri, excentrique jusqu’au dernier souffle : se faire inhumer un vendredi soir à six heures, tandis que les citadins n’ont qu’une idée, cingler vers les verts pâturages et fuir la cité étouffante.


    Exceptionnellement, Francis prendra le métro. Impossible de refuser à Cécile d’être son témoin, il l’aimait toujours. Il n’avait pas compris comment elle avait pu s’enticher de ce benêt fini d’Oscar. Impensable aussi de ne pas saluer la mise en bière de Jules-Henri, siffleur de margaritas devant l’éternel.


    L’église est pleine à craquer. Francis capte péniblement l’éloge funèbre interminable, coincé sous le porche entre une blonde décolorée et un échalas au teint livide. Francis jette un coup d’œil agacé à sa montre : six heures vingt.                                                Arrêt sur cadran, panne de ressort, plus de repère.

                                                                                            

     

     

    Il sort précipitamment, se fraye un passage parmi les trois derniers rangs arrivés sur le tard, et constate horrifié, 8 heures moins dix au clocher de Sainte Ursule. Et Cécile convole à neuf heures. Il allonge la foulée, gagne la station Palair et deuxième horreur, un panneau gribouillé : circulation temporairement interrompue entre Palair et Cartouche.


    « Cécile, je t’assure, je ne l’ai pas fait exprès. » Déjà les mots ensablés d’excuses se bousculent dans sa tête . Oscar, il s’en fout, mais Cécile…


    Francis laisse tomber la pression, se force au calme. Son regard balaye l’artère géante de Pisseville. Des autos à l’infini, emboîtées comme des sardines sans huile. Il titube sous le coup de ce funeste destin. Un drelinement saccadé, impératif, l’extrait de son hébétude. Un tandem le frôle emmené de la selle arrière par un quatrième âge alerte. Francis hèle la monture, l’agrippe au garde-boue :


    « C’est une histoire d’amour, monsieur, je dois marier dans cinquante minutes, le métro est en panne, vous roulez en voyage organisé ?

     */*

     

    Cécile, 19 heures 45

     
    Cécile expulse une expiration de soulagement. Elle a enfin réussi à congédier sa mère, sangsue sans pitié, à 80 minutes du bonheur avec Oscar. Maman repassera à 8 heures 15, l’église est à 10 minutes en voiture, avec les embouteillages du vendredi fin de journée, c’est confortable de quadrupler le minutage.

     

                                                              


    Cécile se scrute dans le miroir. Trente-deux ans, trente-deux dents, presque sur son trente et un. Epiler ses longues jambes fuselées, ajuster sa coiffe sertie de roses blanches – sa mère avait insisté pour les roses- se poser cinq minutes-, la demi-heure suffira. Cécile écarte le rideau de la fenêtre de la chambre. Les voitures se collent un peu plus au train que les vendredis normaux. Pourvu que Francis pense à venir en métro, se dit-elle. Il aurait pu m’épargner l’enterrement de ce poivrot de Jules-Henri. Je parie qu’il y est allé pour les margaritas. « Arrête de persifler Cécile, c’est déjà formidable qu’il ait accepté d’être ton témoin. Tu sais qu’il est toujours amoureux de toi. Il n’a pas pu résister à ta demande charmeuse. Elle adore faire languir Francis, sûre de son indéfectible passion. Elle arrache la bande épilatoire d’un geste précis et dévastateur. Peut-être qu’elle aurait dû l’épouser, depuis le temps qu’ils se connaissent. Non, trop d’amour lui donne des boutons. Alors, plutôt oui à Oscar, riche, plus tout jeune, encore assez beau.
    Concert de klaxons sur belle Avenue. Nouveau regard dehors. Plus rien ne bouge. Congestion générale. Un doute l’étreint : « et si maman… 8h10, pas de maman, invariablement à l’avance.


    Cécile agrafe sa coiffe. Fébrile, un mouvement mal calibré arrache une fleur à la couronne. Mauvais présage ?


    Le balancier de l’horloge familiale balance 8h20 et point de maternelle en vue. Le soleil décline derrière les gratte-ciel. Cécile, si tu ne bouges pas, tu vas rater l’Oscar. A pas menus, vifs et rapides, elle dévale les escaliers, se projette sur le trottoir. En métro, elle pourra lire oui dans l’élu de sa raison, à 9 heures. Son visage a viré rouge vif, bon dieu, quelle canicule. Nouvelle descente vers le rail souterrain. Le rouge vif devient cramoisi, en lisant « circulation temporairement interrompue entre Sifu et Cartouche, affiché au portique déserté. Remontée à l’air embouteillé, panoramique affolé, les orbites à 360 degrés : vision inespérée : Francis, seul, sur un tandem, à pédaler comme un fou…


    Oh, mon beau Francis…

     ./.

     

                                                               Sempé embouteillage

     

    Oscar, 20 heures 42

    Oscar rebouche tranquillement le flacon largement entamé. Il avale à rasades gourmandes le vin de framboises du grand-père, cuvée spéciale Cécile. Dans vingt minutes, ce sera le double oui devant l’abbé Say. Oscar et Cécile unis par les liens du mariage, inimaginable il y a six mois. Sa future s’était décidée subitement.


    Oscar exulte. Cécile est très belle, assez jeune et pas riche pour un sou. L’idéal pour un veuf entre deux âges. La contemplation des embouteillages lui injecte une dose supplémentaire d’euphorie. Francis, embarqué à l’enterrement de Jules-Henri ne sera jamais à l’heure au mariage. Non qu’Oscar déteste l’inévitable complice de Cécile, mais il supporte mal l’éternel amoureux de sa femme. Deux moitiés, c’est bon. Deux moitiés et un tiers, c’est trop.


    Oscar s’offre une quatrième tournée de framboise. Quel pied d’habiter à cent mètres de St Bavon. On échappe au cortège motorisé, au défilé nuptial. Un brin de promenade, et hop, un beau brin de fille dans les bras. Au revoir et merci, l’abbé.


    Comme convenu, ils avaient débranché leur téléphone une heure avant l’événement, histoire de mettre les nerfs en veilleuse. Cécile à dix minutes de trajet, Oscar à 45 secondes –il court trois fois par semaine, à son âge, c’est remarquable- aucun risque de louper la bénédiction. Allez, la petite cinquième pour la route. La dernière lampée lui rougit le pif. En coiffant son chapeau buse, l’œil un peu vague et très compatissant, il s’attendrit sur sa silhouette de jeune dernier. Dans 420 secondes, la délivrance, puis bombance.

    Ne tentons pas le sort, lucide, j’y vais, à sept minutes de la félicité. Je la verrai probablement arriver, jubile Oscar, avide de Cécile fraîche. En quittant son duplex, la circulation a repris son fluide exode du vendredi tard le soir. Il flâne quelque peu au bord de la rue pour suivre le soleil décroissant au faîte de la tour Bel-Air. Si on le poussait un peu, il se hasarderait à muser. Il lève la tête pour quérir l’inspiration, a un trait de génie, et excité, plein de vers voluptueux, pivote souplement pour cheminer vers l’église et dégringole dans une fosse laissée en jachère par la compagnie des eaux.


    Imbécile, tempête Oscar au fond de son trou, j’avais pourtant coupé l’eau. En se rétablissant, il éprouve une vive douleur aux deux chevilles. Il se hisse vaille que vaille, la tête à ras du trottoir. 

                                                                                

    "S’il vous plaît, aidez-moi, je me marie dans trois minutes." Un couple réagit, le hisse et haut. La tête à ras de la chaussée, il entrevoit Cécile et Francis sur un tandem, secoués de rire, ralentir devant St Bavon, puis pousser en danseuse et disparaître en un coup de rein.

                                               Oh Cécile, non ...Salaud de Francis!!!,  gémit-il en retournant au trou.

                      
                                                                                                             21 heures 02.

     

     

     


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  • Me voici reconnecté au Waibe. Ces jours privés de « haut débit » m’ont bien plu. J’ai commencé à lire Créatures d’un jour, dernière publication d’Irvin Yalom, en forme olympique. J’ai également sélectionné des musiques de films pour une Séance de 19h prévue en septembre sur Musiq3.


    Déjà la rentrée… ? Nenni, le temps des vacances. Cinémoithèque ferme provisoirement ses rayons quasiment un an après sa création. Parlons un brin statistiques. 120 articles postés, 2452 visiteurs, 12542 pages lues au moment où j’écris. L’audience progresse continuellement, lentement mais sûrement.

                                                               randonnées en corse  GR20

    Plus de visiteurs, moins de pages lues, les habitués s’installent J’ai pensé à m’inscrire à solliciter le grand G (analitics) fin de mieux vous connaître, chers lecteurs. Et puis j’ai renoncé, rebuté par la somme d’informations à donner sur moi-même, conscient soudain que la somme des données collectées allaient surtout nourrir des visées commerciales bien au-delà de ma curiosité.
    Donc, vous restez mystérieux et ce n’est pas plus mal. Je peux tout imaginer et me réjouir quotidiennement du succès croissant de Cinémoithèque. Vous savez maintenant que Le cinéma, une douce thérapie est paru, que quatre ateliers de ciné-thérapie ont eu lieu et que j’aime croiser psychologie, littérature et cinéma.

                                                                   Merci de votre intérêt et de votre fidélité.


    En guise de merci, quelques notes sur des films que j’ai déjà vus, attendus à l’approche des vacances en Belgique et en France.

    10 juin


    Comme un avion Comme un avion


    Michel pagaie gai luron à bord de son kayak Grand Raid acheté sur Internet. Une folie ! Une semaine de coupure à se laisser porter par le courant. Sa femme le pousse à l’eau, complice de son rêve officiel : rejoindre la mer au fil des ruisseaux qui font les grandes rivières. Le doux rêveur met le pied au sec après quatre kilomètres, séduit par deux accortes aubergistes. Le début prometteur d’une escapade bucolique. Nul besoin d’aller loin pour planer. Bruno Podalydès poursuit dans la veine d’Adieu Berthe, léger et tendre sur les sujets graves. Le frère de Denis affine son style, mélange de sensualité, de poésie et de tact pudique. Sa mise en scène soigne les détails et égrène quelques trouvailles comme la nuit « planche », la drague lessive et le thermos d’absinthe. Georges Moustaki, Bashung et Bach ponctuent les fantasques péripléties d’une navigation plaisante jusqu’au dernier rivage.

    LECTURE COMPLEMENT : Vol de nuit, Saint-Exupéry

    Gus, petit oiseau, grand voyage(le 4 /02 dernier en France). Gus petit oiseau, grand voyage


    Gus, chef de migration, une responsabilité vertigineuse pour cet oisillon élevé par une coccinelle. Les feuilles volent déjà tandis que Gus n’a jamais pris son envol. A vue de bec, l’Afrique est à des millions de battements d’ailes. Le moineau ne dispose que de repères approximatifs lâchés dans un dernier souffle par Darius l’Ancien, victime d’un chien. Qu’importe, Gus prend la tête des migrants. Ils ont beau connaître la voûte céleste sur le bout des pattes, ils ont besoin d’un guide. On oubliera quelques envolées bavardes pour voler hardiment des aventures haletantes en compagnie d’une volée de gais lurons. Musique classique et de variétés agrémentent un charmant dessin animé.
    LECTURE COMPLEMENT : Le voyage de Nils Holgersson, tome 1 et 2, Selma Lagerlöf

    La loi du marché (19 mai dernier en France) La Loi du Marché


    « On ne fait pas n’importe quoi avec les gens.»
    De stages en formations, de mises en situations en entretien d’embauche par Skype, Thierry, 51 ans, galère depuis vingt mois à la recherche de l’emploi perdu. Ce père d’un enfant handicapé flotte à la surface du marché du travail. Il sera bientôt noyé. Stéphane Brizé prend le parti de ne pas mettre en scène un réel brut, dénonçant l’impasse d’une société braquée sur le rendement et l’efficacité au mépris de la dignité humaine. Un documentaire avec Vincent Lindon, concerné et engagé, prix d’interprétation à Cannes. A 100% sur le fond, à 0% sur la forme.
    FILMS COMPLEMENTS : The Company Men. Margin Call. Ressources humaines. Violence des échanges en milieu tempéré. La firme

    Voyage en Chine  Voyage en Chine
    Voir le 8 mai


    17 juin


    Kidnapping Mr Keineken(3 juin en DVD en France)   Kidnapping Mr. Heineken


    Le rapt du 20ième siècle. Quatre amateurs enlèvent le roi de la bière et son chauffeur en 1983. Ils ont été entrepreneurs, ils ont dilapidé leurs bénéfices. Ils comptent se refaire en séquestrant le grand patron aux nerfs d’acier. Une histoire incroyable dont on parle encore aujourd’hui aux Pays-Bas. Intéressant pour la dynamique de groupe, la manipulation et Anthony Hopkins en reclus combatif.Inspiré de l'enquête d'un journaliste du Telegraaf. Lecture complément : De zaak Heineken Peter. R. de Vries

    Valley Of Love. Valley of Love


    Huis clos au resto, en chambre, au bord de la piscine, en voiture… Les plans de la Vallée aride et montagneuse, fascinante, sont comptés et minutés. Le site grandiose fait tapisserie lors de brèves incursions sur le terrain. Isabelle et Gérard préfèrent questionner confortablement leur couple défait, le suicide de leur fils et le sens de la vie. Depardieu est géant, prodigue de sa panse démesurée. Il assume son poids, celui des ans et de la mort de son fils dans la vie réelle. Isabelle en retrait et moins impliquée.

    Film complément : Stargate, la porte des étoiles

    24 juin


    Une seconde mère (Que horas e la volta) Une seconde mère
    Portrait d’une femme de ménage brésilienne aux petits soins pour ses patrons de la haute bourgeoisie de Sao Paulo. Val, proche de la retraite, fait presque partie de la famille. Sa famille à elle débarque après dix ans d’absence en la personne d’une jeune fille de 18 ans. Jessica est sûre d'elle, franche et bouscule les codes, à la grande frayeur de sa mère qui a un sens domestique de la hiérarchie. Le film décolle après une première demi-heure longuette. Une étude sociale renversante, un jeu de rôle inversé entre une ancienne génération courbée et une jeune décomplexée. 
    FILM COMPLEMENT : Une famille brésilienne

     

    1er juillet


    Les jardins du roi (6 mai en France)  Les Jardins du Roi : Affiche


    La création du Bosquet des Rocailles à Versailles en 1684. Sabine De Barra (prononcer avec l’accent anglais, langue du film) conçoit une salle de bal à ciel ouvert, ceinte de gradins arborés et de jets d’eau. Une première femme dans le parc machiste des jardiniers du roi soleil. Le monarque donne sa chance à la favorite de Lenôtre. Comme The Valley Of Love, trop peu de nature mais un très beau duo : Kate Winslet et Matthias Schoenaerts
    LECTURE COMPLEMENT : L’allée du roi, Françoise Chandernagor, Folio 4507

     

                                                      Prochain atelier de ciné-thérapie le 21 août à Namur


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  • Le fils préféré figurait au programme du quatrième atelier de ciné-thérapie. La journée fut une fois encore un voyage surprenant et riche grâce à l’engagement généreux de quatre participantes dans une meilleure compréhension d’elles-mêmes et des relations dans leur fratrie, thème du jour.


    Le film pudique de Nicole Garcia laisse une large place, aux émotions rentrées, au non-dit et au langage non verbal. Il y est question aussi de secret de famille, de filiation et de la nature du lien entre trois frères.

     

                                                          


    Le cercle de l’inexprimé s’est joint aux premiers échanges après la projection matinale. Ce cercle est constitué des pensées et des conversations internes d’une personne. A quoi pense le fils préféré en regardant sa fille jouer sur la plage avec un cerf-volant au cours d’une séquence finale d’une petite minute, soulignée d’une musique mélancolique.


    Place à l’imagination pour interpréter ce qui n’est pas encore clairement formulé dans la tête, de ce qui est encore à dire, soubassements du cercle de l’inexprimé. Ce cercle devient une ressource dès que le détenteur de l’informulé s’emploie à préciser ce qu’il pressent confusément soutenu par des interlocuteurs disposés à l’écouter et à étayer sa mise en récit.


                                « Aucune exhaustivité des pensées à haute voix ne viendra jamais à tout dire d’un être.»

    (Défense du secret, Anne Dufourmantelle, Manuels Payot). 


    Il est clair également qu’aucun mot, phrase ou expression n’est complet ou univoque. Il faut toute l’inventivité et la créativité du langage animé par l’envie de dire, de donner sens à ce qui a été vécu, pour approcher la densité de nos innombrables pensées.
    Les récits personnels amorcés par la vision du film éclosent en binômes et sont restitués au groupe en re-narrations par celui qui a écouté (témoin). Ces restitutions ne sont pas exhaustives, elles sont centrées sur ce qui a retenu l’attention du témoin, sur ce qui l’a touché, sur ce qui a résonné avec son histoire à lui.


    Ayant reçu ce que le témoin a perçu de son récit, l’auteur initial commente la re-narration et dit ce qu’elle lui a apporté : nouvelles significations, nouvelle façon de raconter son histoire, nouvelle description de soi. Ces conversations à deux et en groupe enrichissent le cercle de l’inexprimé et surtout, donnent aux intervenants l’apaisement (relatif) d’être entendus et reconnus dans leur souffrance.


    Hier, à ma grande surprise, de lourds secrets ont été dévoilés d’emblée, après les premiers récits à deux, évocation de l’état des relations actuelles au sein de la fratrie et de leur évolution au fil du temps. L’émotion était vive autour de la table. Nous étions au cœur du sujet, sans transition, du film émouvant au mouvement des écrans intérieurs.


    « Partagé, un secret s’affaiblit et perd le rayonnement noir qui en fait sa magie… …Le trauma le mieux enfoui vient un jour à la surface. Il a une attraction irrésistible du dévoilement. » (Anne Dufourmantelle).


    Le groupe s’est « trouvé » très vite. C’était magique.


    Je repars avec une partie de vous.
    Ça m’a fait du bien.

    Le film a été une impulsion. Sa tonalité nous amené rapidement dans la profondeur, dans l’intime.
    C’est étonnant de voir les transformations possibles de son récit personnel quand on l’écoute raconté par quelqu’un d’autre.


    Rendez-vous est pris le 21 août pour le dernier volet d’un triptyque sur les fratries, dédié aux relations entre frères et sœurs.

     


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