• Eric termine un master coaching à l’Université de Marseille. Il s’est inspiré des ateliers de ciné-thérapie décrits dans mon livre et sur ce blog pour illustrer la partie pratique de son mémoire. J’ai rencontré ce lecteur chaleureux lors de ma formation à Aix-en-Provence. Nous avons sympathisé et je l’ai autorisé à reprendre le canevas des ateliers à condition qu’il me raconte son expérience.


    Ce récit constitue l’essentiel du billet d’aujourd’hui, une semaine avant un cinquième atelier, rebaptisé Cinémouvance le 21 août prochain. Cinémouvance, pour souligner la mise en mouvement psychique que génère la vision d’un film, enrichie des impressions et perceptions de chaque participant. Le cinéma aide à imager son histoire, à imaginer un nouveau récit de soi, porté par le groupe, encourageant à créer une version originale de soi.


    Eric a animé deux ateliers d’une demi-journée avec des chômeurs en fin de droits. Le premier a été « magique », le deuxième plutôt décevant. Les conditions étaient différentes. Le premier groupe a pu choisir entre deux films, l’atelier a duré quatre heures, ce qui est un minimum. Le deuxième atelier a été rogné d’une heure et le film était imposé. En outre, le deuxième groupe n’avait pas pu lire la note introductive à la démarche.


    Voici ce que dit Eric, assez euphorique, de son premier ciné-coaching.
    « Nous avons tous ressenti un moment de magie partagé. Le visionnement du film s'est transformé en un visionnement intérieur assez puissant. Les récits croisés ont gagné en force au fur et à mesure que la confiance s'installait dans le groupe. Les participants ont été étonnés par la richesse de leurs histoires, de ce qu'elles racontent d'eux.»


    Les narrations variées de ce que chacun avait vu, retenu et ressenti ont eu des effets multiples : élargissement du champ de vision, réconfort, résonance synchrone avec sa propre situation…

     

    Certains se sont également projetés et identifiés dans les protagonistes de Il n'est jamais trop tard Il n’est jamais trop tard. Tom Hanks incarne un employé viré comme un malpropre après de longues années de bons et loyaux services. Larry reprend des études et tombe amoureux de son professeur.

                                                                             http://fr.web.img3.acsta.net/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/81/94/82/19697320.jpg

     

    Romance et drame social, le mélange a animé les six participants et a braqué les quatre membres du deuxième groupe,

    réfractaires au cinéma fabriqué à Hollywood.Ils auraient probablement préféré The Company Men (2010) Poster  film                                 a priori trop dramatique, rejeté par le  premier atelier. 


    Eric, pressé par le temps, n’a pas réussi à dégeler des participants peu enclins à livrer leurs émotions. Cette passivité l’a décontenancé. « J'aurais pu leur proposer d'écrire une histoire alternative au film. Je crois que c'était un groupe créatif...Ils auraient aimé que je m'arrête à une séquence pour leur laisser imaginer la suite.»


    Eric a vécu le chaud et le froid. Il s’est forgé une première expérience en enchaînant deux ateliers à un week-end d’intervalle. On ne peut jamais prévoir, ni anticiper la réceptivité et la réactivité d'un groupe. On compose avec ce qui est là, ici et maintenant. Il importe avant d’aborder le contenu de créer une bande passante entre l’animateur et le groupe, ainsi qu’au au sein du groupe. Ce préalable indispensable suppose d’avoir du temps devant soi. Une matinée à peine, c’est trop court.

    Eric expérimente également une approche individuelle au long cours avec un jeune chef d’entreprise. Il me dit obtenir des résultats spectaculaires, notamment sur la gestion du temps. Le courant passe bien entre le coach et son poulain. Après quelques entretiens, Eric a proposé le visionnement du documentaire de Sylvie Groux. Le patron débutant a entrevu plusieurs pistes utiles. Un phénomène joue pleinement ici.

                                                           

                                                          

     

     

     

     


    Le temps affine une décantation (à notre insu) qui ratisse le fond de l’être et démultiplie la portée du film …Ce processus continu délivre intuitivement une compréhension de nous-mêmes, mise en forme à partir de nos visions, impressions et symbolisations. (Le cinéma, une douce thérapie, p.58).


    Cette décantation à court, moyen ou long terme, déconstruit nos réalités habituelles, déconstruction d’autant plus opérante si elle est élaborée en groupe ou avec une personne ressource. Les narrations et développements de soi à partir d’un film sont infinis. Ceux qui ont déjà vécu une journée Cinémouvance savent que le temps file à grande allure, du matin au soir.

     


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      Perdre la mémoire pour oublier...

                                                       qu'on vieillit,qu'on a été viré,qu'on a perdu un être cher ...

     

     

                                        Jean Rochefort est Claude Lherminier, octogénaire, racé, fin, élégant, toujours dandy.

    Floride : Photo Jean Rochefort Un rôle sur mesure, sauf que Claude présente les signes de la maladie d'Alzheimer. Rochefort, cinq ans plus âgé (85) que le rôle, semble cabotiner dans un premier temps. Son personnage facétieux et canaille s’ingénie à ridiculiser la confusion grandissante des dates, des gens, des lieux.


    Je m’interroge : comédie ou drame ? Puis, la gravité prend le pas sur la légèreté. La maladie empire, les phobies amplifient, les obsessions cristallisent dans des délires. Les haines enfouies éclatent en saillies méchantes. Claude met sa fille aînée au supplice, nie obstinément avoir besoin d’aide. Carole ménage son père, refuse de le placer, la situation devient pénible. En plus, l’ancien capitaine d’industrie ne jure que par sa cadette, morte neuf ans plus tôt. Il croit sa petite chérie toujours vivante en Floride. Le père enjoué boit chaque matin un jus d’orange de là-bas et rêve de rejoindre la disparue.


    « Quand je vois des amis morts interpréter des drames, je pleure. Quand je les vois dans des films drôles, je ris», écrit Jean Rochefort dans Ce genre de choses, fragments biographiques publiés chez Stock en 2013. Jean rit et pleure, agace et émeut, attendrit et irrite dans sa peut-être dernière prestation filmée. Je n’oublierai pas plusieurs scènes de sitôt, où l’artiste passe instantanément du déni à la prise de conscience de son trouble profond. Je pense à la visite médicale et à l’altercation avec un conducteur impatient sur un passage clouté. Chapeau l’artiste !


    Le célèbre moustachu décline la progression insidieuse de la maladie en sautes d’humeur déroutantes. Le présent n’est plus repérable, agrippons les bouées du passé. La mémoire à long terme déplie les étreintes câlines avec maman, les jeux d’enfant, la campagne chatoyante. Carole aide son père à avancer en terrain connu. Elle ignore la rancœur, qualité partagée avec son géniteur ; ils ont au moins ça en commun, sourire à la vie coûte que coûte.


    En incarnant, au sens littéral, une maladie pernicieuse, Rochefort donne à voir l’érosion irréversible des facultés mentales, qui peut survenir à la soixantaine. Le très ancien routier du cinéma français a retardé sa sortie d’écran pour livrer une prestation magistrale (l’ultime ?), scellant l’étendue d’un talent parfois galvaudé dans des comédies mineures. « Il fallait bien vivre, n’est-ce pas.»
    Cet acteur inclassable a mis du temps à retomber sur ses pieds après un rôle éprouvant à un âge vénérable. Rochefort a peut-être voulu conjurer le sort en autopsiant une maladie de plus en plus précoce, paraît-il, surtout chez les personnes qui ont une intense activité cérébrale.


    D’autres acteurs au crépuscule de leur carrière prennent la maladie et la vieillesse à bras- le-corps.


    Jean-Pierre Marielle (79 ans) et Pierre Arditi (71ans ) dans La fleur de l'âge  La fleur de l'âge

     


    Julie Christie (68 ans ) dans le très beau  Loin d'elle

     


                                  Alzheimer et l’amnésie fascinent le cinéma.

      Still Alice Still Alice   et  Se souvenir des belles choses  me viennent spontanément à l’esprit.

    Les acteurs endossent psychiquement des rôles complexes, souvent en résonance avec l’histoire d’un proche ou une anxiété personnelle.Ils donnent un coup de projecteur sur notre vulnérabilité, difficile à accepter lorsque nous sommes confrontés de près à la maladie ou au vieillissement.Tous ces films disent l’importance et l’inconfort de l’entourage dans l’accompagnement de la maladie et de la dégénérescence.

    Un esprit sain dans un corps sain, disaient les Anciens. La santé, c’est dans la tête. Le numéro 90 (juin) de Philosophie Magazine étaye l’affirmation dans un dossier très concret, constitué de témoignages, de conseils de grands philosophes et d’avancées médicales.
    Quant à moi, je vous souhaite de Partir en voyage, réel ou imaginaire, sur un air de musique, qui adoucit les mœurs et aére l’esprit.

    Puisque vous partez en voyage, Cette chanson, Floride : Photo Jean Rochefort, Sandrine Kiberlain Claude et sa fille la chante plusieurs fois dans Floride (sur les écrans le 12 août en Belgique et en France).

    Dans un prochain billet, je vous parle de coaching et cinéma, avec Eric, lecteur enthousiaste de mon livre. Il a quitté une carrière trop commerciale à son goût, la cinquantaine bien sonnée, pour épouser une occupation privilégiant l’humain. Santé, l'ami!

     

     

     

     

                                    
                         

     

     

     

     

     


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    Ethan et Ilsa ont bouclé une Mission impossible V éprouvante nerveusement.

    Mission: Impossible - Rogue Nation : Photo Rebecca Ferguson, Tom Cruise   Ils pourraient sceller leur succès dans une étreinte finale torride.  

    Nenni. Le duo au cran d’acier se contente d’une accolade amicale, Ilsa plus émue qu’Ethan. Ce dernier tient peut-être à garder ses distances avec celle qui s’est avéré son égale, voire l’a dominé.


    Mission Impossible est une franchise prude et lisse dans le registre sentimental. Les cerveaux carburent, les corps dépassent leurs enveloppes, les femmes sont regardées, fatales et rarement touchées.

                                                       Mission: Impossible - Rogue Nation : Photo Rebecca Ferguson

    Jupe fendue, combinaison moto moulante, sein entrevu trois quarts dos, Ilsa est canon et mobile. La beauté en mouvement rend le désir insaisissable. Ethan, héros insubmersible (quoique) a le cœur aux exploits les plus déments, n’a pas ou plus le cœur à l’amour. Ilsa et Ethan dopés aux sensations fortes, avides de défis, ont leur libido atrophiée, tout comme les protagonistes de chaque épisode de la série télé promue sur grand écran en 1996. Quand l’espionne aux "yeux bleus je "grimpe un homme, c’est pour l’étourdir ou l’occire. Cette grimpette animale m’a tiré de ma somnolence après un début époustouflant.

     

                                     Mission: Impossible - Rogue Nation : Photo Tom Cruise

    Plaisir aussi à suivre une ébouriffante poursuite à moto dans les rues de Casablanca. Une soirée assassine à l’opéra de Vienne m’a encore tenu éveillé, me renvoyant à la célébrissime séquence de L'homme qui en savait trop, où le spectateur, tenu en haleine, attend un coup de cymbales fatidique.


    A part cela, ce film à 136 millions d’euros a un air de déjà vu, louchant vers James Bond et Jason Bourne. J’ai vraiment du mal à me passionner pour des personnages dont la densité psychologique se réduit à l’épaisseur du papier cigarette.J’ai eu tort de me fier aux critiques favorables, aux réactions enjouées des premiers spectateurs et surtout de penser combler un entre-deux avec du vide, hormis le thème hyper-stimulant de la série, composé par l'auteur de Bullit, l'incomparable Lalo Schiffrin. J'espérais me distraire, j’ai été distrait de moi-même. Ce n’est pas la première fois, ni la dernière, mais cela ne me prendra plus de sitôt.   

                                                                                 Mission: Impossible - Rogue Nation : Photo promotionnelle Tom Cruise


    Une question me vient à l’esprit avant de ranger mon clavier. Qu’est-ce qui pousse Tom Cruise à payer autant de sa personne, à prendre des risques insensés en compagnie d’une cinquantaine de cascadeurs. Tom le taciturne incarne la franchise et repousse constamment ses limites dans un rôle de casse-cou qu’il adore. L’acteur quinquagénaire a commencé l’Impossible en espérant en tourner plusieurs, autant que le public en redemande. Et le public suit, il admire les stars qui mouillent leur chemise. Le succès de la saga confirme l’amour intact des figures héroïques, a fortiori si ces héros n’ont rien d’extraordinaire à première vue. Je renonce à décoder la symbolique de l'impavide Ethan. Je laisse l'exercice aux mordus, entre autres, Cinemateaser qui consacre un dossier édifiant à la saga dans son numéro de juin (n°46). 


    Une suite en vue après le V ? Possible, à l’été 2016. Le V sort en France mercredi 12 août, une semaine après la Belgique.

     

                     Cinémouvance agite en surface, remue en profondeur. Une expérience à tenter le 21 août


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  •                                   Lever de soleil sur la campagne

     

     

                                                                          En douceur

    Paupières se hissent péniblement, engourdies de sommeil.

    Se rabaissent sous le poids de la somnolence.

    A peine entrevu le jour naissant.

    Garde les yeux clos.

    Perçois, assourdi, le chant d’une mésange, délicieux coulis matinal.

    Deuxième tentative de voir le jour. L’ouverture est plus franche. Coup d’œil circulaire dans la chambre. Bleu domine, avec des touffes claires.

    Reflet de la fenêtre dans la garde-robe, les deux chênes sont plantés au pied du lit. Le regard fuit, replace les arbres calques sur les originaux. Effort violent, rideau encore, répit.

    Il est six heures au moins : la mésange a du renfort. La conversation s’engage. Mes oreilles suivent, charmées, bercées.

    Merci réveils emplumés de m’ébrouer doucement.

    Troisième lever de paupières, buste dressé en sursaut. La chambre est dorée de soleil, pas loin de sept heures, pour sûr. Les chênes, hilares, éclatent de toutes leurs ramures.

     

                                                                     Faux semblant

    Le générique final défile sur l’écran.
    Au premier rang,
    les fauteuils rouge vif émergent faiblement
    dans le rayonnement des lignes blanches sur noir.
    Nimbées d’ombre, quatre rangées vides attendent la séance suivante.

    Je me retourne
    et vois deux visages diaphanes, les yeux écarquillés
    à reconnaître les acteurs familiers mais anonymes.

    A bien regarder,
    l’opacité d’une salle obscure est pacotille.
    Surtout, si les images  éblouissent l'impalpable,
    le débusquent et le projettent
    sur nos émois éclaircis.

     

                                                                            Impasse (inspiré par La Isla minima )

    Vous êtes conscient que votre déposition comporte des zones d’ombre, murmura le commissaire, en lui braquant la lampe en plein visage.                   Le suspect réprima un pâle sourire et chuchota: je compte sur vous pour faire toute la lumière Moi, je ne vois plus rien à ajouter.

     

                                                                                Belle journée!


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               Cinémouvance agite en surface, remue en profondeur. Une expérience à tenter le 21 août

     

     

     

    Avant de fermer les paupières le soir ou de les rouvrir le matin, je fais défiler les images prégnantes du film vu dans la journée ou la veille. Le rituel a patiné après La Isla minima. Rien n’émergeait, le souvenir était flou. Curieux. Et puis, non, normal.

    Des mots se sont imposés avant les images : opacité, trouble, ambiguïté… De vagues tableaux me sont revenus. Ce plan en plongée verticale du début sondant le labyrinthe du Guadalquivir. Les rizières chauffées à blanc. Les rhizomes d’une enquête poisseuse dans les eaux fangeuses du post-franquisme.Le duo d’inspecteurs taciturnes aux prises avec une population mutique qui en sait long mais

    ne dit rien. La Isla mínima : Photo Javier Gutiérrez (II), Raúl Arévalo

    L’ ambiance oppressante pousse à quitter ce coin de terre pauvre et désolé. « A n’importe quel prix », crient des adolescentes prêtes à tout. Deux d’entre elles sont repêchées mortes dans les lagunes inaccessibles. Qui les a forcées, mutilées, tuées ? Ce grand propriétaire terrien qui refuse d’augmenter ses paysans ? Le jeune Casanova du coin ? Jésu, le braconnier habitué des méandres

    des eaux stagnantes ? Ou le gardien d’un relais de chasse ? Ou... ou...  ? ?                                                                                                                                                La Isla mínima : Photo

    Pedro et Juan font équipe à contrecoeur. Pedro a le cœur pur, Juan n’a plus de cœur, sbire déclassé aux ordres noirs du Caudillo. L’opposition de caractères, un classique du cinéma policier. Sauf, que nous sommes en Andalousie et non pas dans les streets de New York. Ça change et ça prend. Jusqu’à la dernière image, (celle-là je m’en souviens) en semi-plongée sur la voiture des deux enquêteurs, nuage de poussière aux trousses, longeant un canal rectiligne vers l’horizon fuyant.

    Je ne retiendrai pas grand’chose, pour ne pas dire rien, de La rage au ventre , trop clone de Rocky. Sauf que je préfère Jake Gyllenhal à Sylvester Stallone. Vraiment impressionnant, Jake, une habitué des transformations musclées.

    la-rage-au-ventre-southpaw-3 Cette fois, il a pris sept kilos de masse musculaire et des cours de boxe.   Au total, une dizaine de mois de préparation. Le public suit et apprécie les acteurs qui mouillent leur maillot. Je me demande chaque fois si les acteurs ne sont pas un peu masos pour maltraiter ainsi leur corps.

    Question posée, par exemple, à Charlize Theron http://2.bp.blogspot.com/_N3p8Hr7iXkw/S-esobWncuI/AAAAAAAABco/dIo9-t8NJAU/s1600/charlize_theron_monster.jpg dans Monster et à Robert De Niro, incarnant                Jack La Motta dans

    Raging Bull  https://trashnoirreviews.files.wordpress.com/2013/08/583400-de_niro.jpg

     

    Ma session de rattrapage est terminée. Si vous avez lu les articles des 29 et 31 juillet, vous aurez établi mon quarté gagnant, dans l'ordre :

           La Isla mínima   Pixels   La Rage au ventre

     

    Et toujours hors compétition             Every Thing Will Be Fine

     

     


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