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    Le violoniste Renaud Capuçon et le pianiste Guillaume Bellom ont joué ensemble les cinquante-six  jours du confinement. Ils avaient rejoint la dame sur Le grand échiquier hier, émission phare de trois heures, empreinte de gravité et de légèreté, totalement vouée à la culture dans le sens large du terme. Il y avait aussi une danseuse étoile, une chanteuse lyrique, un écrivain, invités permanents, et pas de public. Les techniciens étaient masqués, les musiciens de l’orchestre symphonique étaient écartés les uns des autres, les sièges désinfectés après chaque nouvel artiste.

    Pourtant, toutes et tous ont dansé, chanté, joué, récité à l’unisson de leur art de leur être, en osmose avec leur public invisible devant le petit écran. Ces retrouvailles ont réuni des talents grandis de l’expérience insolite vécue en retrait du monde physique. Comme s’ils avaient acquis une dimension nouvelle, à l’écoute de leur for intérieur, forts d’une introspection sur le sens de la vie. Un artiste disait n’avoir su chanter pendant un mois. Puis des amis l’ont tiré vers l’enregistrement d’un disque sorti le 8 mai, chacun derrière une vitre. La plupart des invités ont participé à des collectifs d’artistes, offrant en ligne de précieux moments d’évasion au monde enfermé. La vie malgré tout.

                                                     

    Lors de cette première prestation publique, ils ont été là avec un cœur infini, avec une intensité grave, expansion de l’âme enfin allégée d’une réclusion forcée. Me reviennent, ici sur mon clavier, cette fragile et gracieuse Mort du cygne donnée par la danseuse étoile Dorothée Gilbert ; le solo virevoltant de François Alu sur Les bourgeois de Brel ; Angélique Kidjo et un Summertime vibré avec le corps, orchestre et chœur ; la voix chaude et rauque de la belge Selah Sue. Merci à France 2, télévision de service public, d’avoir ressuscité  l’émission créée par Jacques Chancel en 1972.

    Il y eut surtout l’émouvante Méditation de Thaïs, la pièce chérie de la grand-mère de Renaud Capuçon qui le priait ainsi, n’ayant pas la mémoire des titres, «joue-moi le morceau que j’aime bien.» Le petit-fils a joué de son âme entière, sa grand-mère défunte derrière son archet ondoyant sur les cordes de souvenirs heureux. (Ces instants magiques et fugaces sont encapsulés sur le site du Grand échiquier, inaccessible hélas aux étrangers, pour des raisons de droits).

     

    L’âme est la marque indélébile de l’unicité de la personne humaine, écrit François Cheng, elle résonne dans un chant plus vaste que soi.

    L’art nous transporte, nous élève, nous nourrit. Ce serait faute grave de l’oublier quand les milliards d’euros relanceront l’économie, d’aucuns parlent déjà de renouer avec la croissance. Quelle croissance ? Celle des comptes de sociétés (les grosses) m’importe peu. Compte surtout la croissance des liens qui nous unissent et nous relient au monde vivant, animal et végétal, envers lesquels nous manquons d’égards.

     

                                                           Le pire du confinement, c’est la privation de la proximité avec la famille, les amis, les inconnus. C’est pesant, étouffant, déprimant à la longue. Alors en selle, avec deux amis pour de longues balades à vélo dans les vertes et paisibles campagnes namuroises. La nature st splendide, les petites routes désertes. Notre sortie hebdomadaire, désormais permise, nous procure un sentiment de liberté bienfaisant. Et quand, sans nous concerter, nous nous relayons dans une très longue ligne droite, unis dans l’effort de garder la cadence dans un geste gratuit, nous éprouvons le contentement d’une capacité physique intacte, validée dans une amitié dopée par un braquet alerte. Merci les Amis.

    Alors si nous ne pouvons partir loin en vacances cet été, consolons-nous en vivant des jours heureux près de chez soi, à la poursuite de contrées méconnues, pourtant si proches. Une chanson s’impose, À bicyclette.

     

    Tous les êtres ne sont pas forcément artistes, mais toute âme a un chant. Elle est à même de répondre à d’autres chants qui lui parlent. 

                                                                              (De l’âme, François Cheng)

     

     


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    J’évoquais le 15 mai  le casse-tête des producteurs et des distributeurs d e films, partagés entre des recettes incertaines en salles et le maigre apport d’une sortie en vidéo à la demande (VoD). Une bonne moitié des sorties reportées ou à peine entamées ont opté pour la  VoD en France, grâce à une dérogation exceptionnelle à la chronologie des médias concernant les films en salle le 14 mars. Le délai de quatre mois de gel après la sortie physique a sauté pour la vidéo à l’acte, à ne pas confondre avec la vidéo sur abonnement (SVoD) qui reste soumise à trois ans d’attente ou de 15 à 17 mois pour les plateformes qui financent la production française. Les distributeurs et producteurs fidèles à la salle reportent les sorties à l’automne et même à 2021. La France, premier productrice européenne de films donne peut-être le La de la diffusion amendée des films entre deux eaux.

     

                                                       

    La reprise en salles sera famélique. Les distributeurs hésiteront à lâcher leurs pépites dès la réouverture tant les cinémas seront soumis au régime maigre des barrières sanitaires. Si nous jouons le jeu, déclare un distributeur belge, nous devrons être soutenus financièrement. Encore un secteur en demande. En Belgique, la culture représente à peine 5% du PIB, trop légère pour peser sur les décideurs. Pourtant, quand une salle ferme, elle rouvre rarement.

    Cette obligation de distanciation sociale dans les espaces de projection est difficile à avaler alors que les compagnies aériennes en sont exemptées sous prétexte que l’air est renouvelé toutes les trois minutes. La plupart des salles sont climatisées aussi, non ? Mais l’aéronautique, c’est du lourd : trois milliards de passagers annuels et 58 millions d’emplois direct et indirects (les avions sont aussi de grands propagateurs de virus). La fédération des transporteurs aériens réclame 200 milliards d’aides publiques. Colossal !

     

                                                                 Plage, Foule, Vacances

    Le soutien au déconfinement changera de vitesse selon que vous êtes puissant ou misérable. C’est une évidence, il faut sauver les vacances d'été. Le tourisme européen absorbe 150 milliards d’euros par saison et procure de l’emploi à 27.3 millions de personnes. L’Italie, la première à rouvrir ses frontières, le 3 juin, tire 13% de sa richesse du tourisme. La Grèce grimpe à 21% de revenus et lève les barrières le 1er juillet. Les voyagistes bradent les prix. Ça presse tous bords, en écho à l’envie de bouger du citoyen européen. Les seconds résidents belges, eux, menacent d’attaquer l’État en justice, si l’accès à leur foyer balnéaire n’est pas rétabli rapidement. Voilà bien un émoi qui me fait grincer des dents.

    Nous sommes chaque instant créateur de nous-mêmes, écrit le philosophe Marcel Conche, parle du confinement

    C’est chose tendre que la vie et elle est aisée à troubler, signe Montaigne dans ses Essais.

     

    Ces deux assertions énoncées dans La grande librairie, jeudi dernier, souligne la fragilité et le potentiel de l’être humain. La période extraordinaire que nous vivons a vu chaque jour des gestes créateurs de solidarité et de réconfort. Beaucoup ont profité de la mise au chômage forcé pour redécouvrir leurs enfants, raffermir leurs liens conjugaux, dépoussiérer leurs aptitudes manuelles et aussi réfléchir au sens de la vie. Les apports de ces régénérescences sont incommensurables, non quantifiés dans le bilan de la remise en route. On aurait tort de négliger la transformation psychique du confiné, bénéfique ou néfaste, l’avenir nous le dira.

                      Les amants de l'été 44 par Lebert                                                                            Les Amants de l'été, tome 2 : Pour l'amour de Lauren par Lebert

    L’humain n’est pas que raison, il est aussi déraison et passion. La lecture de Karine Lebert, Les amants de l’été 44 et Pour l’amour de Lauren* (dépaysement assuré à défaut de grande littérature) me plonge dans l’eldorado rêvé par les war brides, ces jeunes filles qui ont épousé leur sauveur américain sur un coup de tête à la libération. Elles ont quitté famille, amis, patrie, dans un incroyable saut vers l’inconnu. Ces jeunes étourdies ont survécu avec des fortunes diverses, elles ont surmonté leurs peurs, elles ont forgé leur destin. Quel cran ! Un courage identique, lesté d’un brin d’utopie devrait fonder une nouvelle vie expurgée du virus et du consumérisme.

    La chanson du jour, un brindille au bord de la piste dimanche à Orly

     

    * Ce récit en deux volumes, l’enquête d’une petite-fille entre la Normandie et la Louisiane, à la recherche de ses racines cachées, recèle un fort potentiel de téléfilm, voire de long-métrage à gros budget.  

     

     

     


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    Plusieurs pays européens ont déjà rouvert leurs salles de cinéma.

    La Suède, depuis le 1er mai. L’Islande a suivi le 4 mai, la Norvège le 7.

    La Pologne et la Bulgarie reprennent le 18 mai, l’Espagne et la Tchéquie le 25, l’Allemagne le 30, la Grèce le 1er juin. 

    La France, l’Italie et La Belgique ne savent pas, probablement en juillet, comme l’Estonie le 1er du mois, La Grande-Bretagne rallume les projecteurs le 4 juillet tandis que l’Irlande patiente jusqu’au 10 août.

    Les réouvertures sont assorties de mesures de distanciation sociale : 1.5 mètre entre les spectateurs, capacité limitée de 30 à 60 % des sièges ou un forfait fixé par écran, comme en Norvège, à cinquante spectateurs.

     

    comparaisons-pellicules-lumiere

    Les producteurs et les distributeurs sont confrontés à un choix cornélien. Une centaine de films auraient dû sortir ces trois derniers mois. Il faudra choisir le meilleur créneau entre le grand embouteillage de reprise, le report ou se contenter d’une petite rentrée via l’édition DVD ou la vidéo à la demande.

    Le virus change la donne. Un producteur norvégien lance un pavé sur les plateaux. Il envisage la possibilité de donner un accès direct au film en développant la distribution numérique de poste à poste. Ce professionnel parle d’augmenter les recettes de l’industrie cinématographique, la salle conserverait sa position stratégique. Reste à fixer les modalités de diffusion, notamment le délai crucial de disponibilité après sa carrière en salle.

    L’avenir s’annonce bouillonnant. La Tchéquie fonce, elle a déjà repris les tournages, corsetés de mesures sanitaires. Le surcoût des dispositions barrière a déjà été estimé à 10-30% sur l’ensemble des productions futures. Petite digression : comment respecter la distance requise dans les scènes d’amour ?

    Michelágelo Antonioni con Jeanne Moreau y Marcello Mastroiani en el rodaje de "La Notte" (1961 Tournage Film, Plateaux, Auteur, Bonjour, Michelangelo Antonioni, Jeanne Moreau, Marcello Mastroianni, Films Français, Réalisateur

                                                                                 Peut-être en adaptant la façon de faire un film. Une cinéaste suédoise a mis en chantier une fiction sur les effets de la réclusion générale. Elle prévoit une équipe réduite, les acteurs tournent leurs scènes une par une, ils jouent derrière un écran. Bof ! Il y a même eu des tournages confinés. Un réalisateur italien a fourni des kits de tournage à neuf acteurs à domicile. Il les a dirigés à distance. Le film explore les sentiments de quatre couples confinés.

    En somme, c’est une dérivée du télétravail, bien parti pour conforter la place acquise durant le confinement. Le cinéma modèle le visage de la société d’après, prête à continuer autrement certes, mais peu disposée à renier un mode de vie confortable, énergivore, polluant, dépressif. Preuve s’il en est, le zèle de l’Europe à lever les frontières touristiques. Le tourisme pèse 150 milliards d’euros par saison et emploie 27 millions de personnes. La France va injecter 18 milliards en soutien à une activité dévastée si l’été ne brasse pas des masses d’estivants. L’Allemagne accorde aveuglément des prêts garantis, notamment 1.8 milliard à l’organisateur de voyages TUI, qui vient d’annoncer la suppression de 8000 emplois. Un nouveau mantra émerge, Les vacances sont possibles, balayant l’impopulaire Restez chez vous.

         

    La machine économique piaffe sur des charbons ardents ; elle omet de fignoler sa trajectoire et de fixer sa destination, encouragée par une averse de fonds publics. Pourtant, l’occasion est belle de canaliser le flux de l’argent collectif vers une créativité industrielle et artisanale, sociale, environnementale, locale. Les États pourvoyeurs, et donc les citoyens, ont leur mot à dire. Se taire maintenant, c’est obérer l’avenir. Je dis dès lors que tenir 0le grand Prix de Francorchamps de F1  à huis clos le 31 août relève de l'absurde.   

               

    Espérons une aube nouvelle, des matins radieux, des journées inspirées, des soirées délacées. Le titre du film diffusé cet après-midi sur France 3 est prémonitoire : Le jour se lève. Le cycle « Classiques du cinéma français » continue lundi 18 avec Maigret mène l’enquête. Samedi et dimanche, France 2 récupère la case ciné d’après repas. Les apprentis et Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ au programme. J’ignore combien de temps persistera le cinéma de la digestion. Jusqu’aux vacances…

     

    La détente du jour et des suivants, un nectar de Keith Jarrett, exhumé à l’occasion de ses 75 ans : Answer Me, My Love

     

     


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    Le festival de Cannes aurait dû débuter aujourd’hui. Il est reporté à une date indéterminée. Le distributeur belge de films Cinéart, actif depuis quarante-cinq ans, propose un festival à la demande à partir de ce 12 mai jusqu’au 23 mai. "Il était une fois à Cannes" exhume du plantureux catalogue vingt-quatre films puisés dans la sélection officielle et dans les sections parallèles du Festival. La mémoire du cœur a orienté la sélection disponible sur plusieurs plateformes dont Univers Ciné.

     

     

    The Artist : Affiche                            Mustang : Photo promotionnelle Deniz Gamze Ergüven, Doga Zeynep Doguslu, Elit Iscan, Günes Nezihe Sensoy, Ilayda Akdogan

    The Artist et Mustang inaugurent une quinzaine prodigieuse disponible jusqu’au 22 juin. La sélection quotidienne est révélée chaque matin à 8h00. Les films sont disponibles jusqu'au 22 juin. Quant à Cannes, le délégué général envisage d’accorder un label Festival aux films qui auraient concouru sur la Croisette. Les titres labellisés seront ceux qui devraient sortir en salles entre l’été 2020 et le printemps 2021. Mais l’aval des réalisateurs, producteurs et distributeurs est indispensable pour octroyer la mention. Ceux-ci réservent leur réponse, espérant toujours la tenue du Festival de Venise. Une sélection à la Mostra pallierait la défection cannoise.

    Lequel l’emportera, le prestige ou les gros sous ? La tentation est grande de vendre son film aux plateformes VoD ou SVoD si aucune perspective n’est donnée au secteur cinématographique. Les occasions sont rares de combler le gouffre financier creusé par la pandémie. L’État est appelé à la rescousse. L’Allemagne répond "Présent" ! La ministre de la Culture annonce un plan d’aide de 50 milliards d’euros en soutien aux artistes et entreprises culturelles, sous forme de subventions et de prêts. La France fait pâle figure avec ses 22 millions, tandis que la Grande-Bretagne est plus généreuse avec 216 millions d’aide.

    En Belgique, une lettre ouverte au gouvernement fédéral a rallié 300 signataires issus de la sphère culturelle. Ils demandent une garantie de revenu  jusqu’à la reprise et un statut décent pour les artistes. Comme dans d’autres pays, la culture craint d’être la grande oubliée de la manne publique, sa valeur chutant en période de disette. Les besoins vitaux d’abord -santé-protection sociale-travail-, on verra ensuite pour le « superflu », la scie du moment.

     

                                                          Lettre ouverte: Le circuit live belge inquiet pour sa survie

    Pourtant les musées, les bibliothèques, les médiathèques, les théâtres, les cinémas, les salles de spectacle, les librairies, les fanfares, les chorales, les festivals, les concerts, le folklore… enracinent le passé et incarnent la vibration du présent vécu en grappes humaines de toutes grosseurs. L’expérience d’un événement collectif, dans un lieu approprié, est incomparable.

    Alors, en espérant le sauvetage du paquebot culture et en attendant la reprise des spectacles, j’apprécie les expositions virtuelles en ligne ou sur papier. La dernière livraison de BeauxArts Magazine exhibe une exposition imaginaire, Les saisons du plaisir, clin d’œil au film libidineux de Jean-Pierre Mocky. Un régal pour les yeux, une invitation à la rêverie, la découverte d’artistes talentueux tel Wilhelm Sasnal

                                                          Wilhelm Sasnal's Contemporary Paintings | Trendland: Fashion Blog & Trend Magazine Peinture Contemporaine, Art Contemporain, Dessin Stylo, Tableau Peinture, Impressionnisme, Vert, Personnages, Paysage, Artistes Contemporains

    auteur de plusieurs toiles untitled (sans titre), dont celle publiée pp.64-65 fixe le regard. Le site du magazine suggère un tour du monde des visites en ligne de grands musées, Versailles, Les pharaons, Dali, Monet, Florence… ainsi que la visite d’expositions en cours. Le magazine richement illustré est vendu 7€ en France, 8.80€ en Belgique, un prix abordable, qui met l’art à portée de toutes les bourses, particulièrement à celles des familles et personnes confinées en ville dans un mouchoir de poche.

     

    Je termine avec des bandes originales de films à huis-clos. Les compositeurs réussissent à exploser  une atmosphère confinée. Musiq3 a sélectionné deux jeux de musiques, effrayantes  ou comiques. Shining ou Hibernatus, tendez votre oreille préférée.

     

     


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    Les grands esprits se rencontrent. Le cinéma italien reprend l'idée exprimée dans l'article précédent d'extérioriser les projections. Deux cents structures de plein air seront réactivées en juillet avec application des règles sanitaires. Les drive-in programmeront les inédits de la saison 2019/2020, dans le respect des normes sanitaires. Bienvenue au Moviement Villaggio.

    Toujours en Italie, les exploitants créent la plateforme MioCinéma qui met les salles en réseau. Le dispositif est similaire à la vidéo à la demande. Le spectateur choisit son film dans les nouveautés récentes (7 €) ou dans les titres anciens du catalogue de la salle près de chez lui (3.9 et 2.9 €). Les films sont disponibles un mois, leur vision est permise 48 heures. Une centaine de cinémas ont rejoint le réseau né de la pandémie. Cinéma de plein air et salles en réseau, voilà deux débouchés plus créatifs que le bradage sur les plateformes VoD et SVoD.

                                                        Le cinéma italien passe à ciel ouvert avec Moviement Village

    Les réalisateurs bougent aussi, même si le confinement bloque l'inspiration de quelques uns. Ce n'est pas le cas de Maxime Motte ; il  a mobilisé son épouse et ses trois enfants dans la production d'un long-métrage d'une heure réalisé avec les moyens du bord. Il a convaincu une quinzaine de potes, techniciens, cinéastes et exploitants de salle. Ces derniers diffuseront le film sur leurs sites et réseaux sociaux. Le film a été projeté une première fois hier à 18h30 sur le mode interactif. Les spectateurs ont pu choisir la fin en votant sur le champ.

    Cette initiative donne peut-être le la de ce que sera le cinéma de l'après virus. Aurons-nous des films sur le confinement, sur le déconfinement, des chroniques hospitalières... Emmanuelle Devos prévient dans une interview parue dans Positif. Pas question d'accepter un scénario collant à l'actualité. " Les fictions de ce que nous vivons sont souvent ratées. Dans un an, je sais que je recevrai des propositions du type : à cause d'un événement mondial, une famille reste confinée tout un mois dans son appartement." L'actrice aime Le temps de l'aventure. Jouer une mère, par ex. l'ennuie au pus haut point. Elle l'est deux fois dans la vie courante, c'est du connu. Un cinéaste averti en vaut deux.

    Le temps de l'aventure : Photo Emmanuelle Devos

                                                                           Peut-être tournera-t-on un documentaire sur ce 10 mai particulier, jour de la fête des Mères en Belgique. Les familles sont soumises à un casse-tête insoluble, sinon soluble dans le report des retrouvailles. Les visites sont autorisées en ce jour dédié aux mamans, contenues cependant à quatre personnes accueillies à bras ouverts à 1.5 mètre de distance. Les bisous sont interdits. Qui choisir ? Qui privilégier ? Qui frustrer ? Mieux valait accorder les violons en toute clarté, sachant que la météo a endossé sa veste de pluie aujourd'hui. L'alternative de la longue tablée sous l'astre radieux tombe à l'eau. Nos gouvernants ont actionné un molle soupape de détente sociale (probablement à bon escient), mais il aurait mieux valu déplacer la fête des mères d'une semaine ou deux (la France est mieux lotie), en évaluant les effets du déconfinement entamé le 4 mai dernier. Il y a réellement matière au moins à une comédie, avec Muriel Robin et Valérie Lemercinier, François Damiens et Benoît Poelvoorde.

     

                                                           Femmes, Copines, Nature, À Pied, Amitié

    J'avoue que la pluie, la reprise du virus ici et là, la règle du quatuor imposé me rendent un tantinet morose. À cela s'ajoute, la fin du film de l'après-midi sur France 2. La série s'arrête avec La folie des grandeurs, après le journal. Yves Montand a remplacé Bourvil décédé au pied levé. Gérard Oury aurait voulu reconstituer une troisième fois le duo gagnant du Corniaud et de La Grande vadrouille. Le Ruy Blas français a tout même attiré cinq millions de spectateurs, loin des dix-sept millions de l'épopée à travers la France occupée.

    On sonne à l'entrée. Je vous laisse. Un messager apporte de bonnes nouvelles à la maman du jour. Sourire et émotion assurés. La vie, toujours, reprend le dessus.                          

     

                                                Belle journée à vous, mères confinées très fêtées.

     

    P.S. La case cinéma de l'après-midi migre de France 2 à France 3 aux alentours de 14h00. Des classiques du cinéma français en noir et blanc jusque vendredi inclus en principe, à commencer par Casque d'or ce lundi 11 mai. Ensuite, Le jour se lève (2x?), La bête humaine, La grande illusion...

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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