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                                                    Emmanuelle Béart, sur un air de Ravel, tombe amoureuse d'un homme au coeur froid.

    Arte rejoue Un cœur en hiver ce vendredi après-midi. C’est un des meilleurs Claude Sautet. La première séquence de son avant-dernier film (1992) montre Maxime (Daniel Auteuil) ouvrir un violon, en extraire l’âme, la réajuster et appeler son associé Stéphane (André Dussolier) à la rescousse pour refermer l’instrument. Des pinces maintiennent fermement les deux parties du violon recollées. La métaphore est limpide : le cœur ne peut être à nu ; vite, vite, resserrer l’étau de ses émotions, de ses sentiments.

    Daniel Auteuil risque pourtant l’impensable, séduire Camille, la fiancée de Stéphane, violoniste renommée (Emmanuelle Béart). Cela nous vaut une scène d’une violence inouïe lorsque Camille s’offre à Maxime. Celui-ci refuse un amour qui le chamboule, le dépasse, l’oblige à sortir de sa glaciation affective. Ce trio amoureux bénéficie d'une interprétation formidable, à la fois des acteurs et des musiciens ravis de jouer Ravel, sonates et trio. Emmanuelle Béart a suivi des cours de violon durant un an et demi afin de paraître crédible en virtuose. La grande musique comble les atermoiements du cœur.

     

     

                                                        Un cœur en hiver est le deuxième du triptyque final de Claude Sautet entamé en 1988 avec Quelques jours avec moi. Il sort d’une coupure de cinq ans, effondré après le suicide de Romy Schneider avec laquelle il a tourné cinq fois. Le passé est mort, le futur a disparu, d’autant que Patrick Dewaere – Un mauvais fils - se suicide six mois après Romy.

    Cinq années d’interruption s'ensuivent, la même période d’absence qu’après l’échec de ses deux premiers films,deux policiers en 1960 et 65. Classe tous risques joue de malchance, il sort une semaine après À bout de souffle, également avec Jean-Paul Bemondo. Le flambeau de la nouvelle vague éclipse le jeune Sautet, adoubé par Lino Ventura. Ces cinq années de silence persuadent le réalisateur sexagénaire de renoncer aux scènes de groupe, aux bistros enfumés et aux acteurs réputés.

    Il tourne désormais avec les prometteurs Auteuil, Béart et Lindon.Il s’intéresse à l’intériorité des personnages après les avoir suivis en bande, lors de la décennie 70-80 qui le voit enchaîner les succès. Les choses de la vie ; César et Rosalie, Vincent, François, Paul et les autres charment des millions de spectateurs. La distribution réunit de grands noms, Romy Schneider, Michel Piccoli, Yves Montand, Serge Reggiani et un nouveau-venu, Gérard Depardieu.

     

                                         

    Les critiques de  gauche boudent la réussite de ce cinéma chantre du mal-être de la classe moyenne. Ils qualifient Sautet de réalisateur « réac » ; ces journalistes engagés lui reprochent peut-être d’avoir pris ses distances avec le communisme de Staline.

    Sautet filme entre les lignes, joue sur les intonations, laisse des silences éloquents. Il sonde la complexité des relations humaines, l’amour en tête. Il réalise que si hommes et femmes sont égaux, ils sont différents. Claude a été élevé par des femmes. Plus tard, il a évolué dans le café (Mieux ici qu’en face) d’un père absent. Il est d’un naturel anxieux et timide. En 1970, au festival de Cannes, devant une salle comble, il dira "Moins vous poserez de questions, mieux ce sera pour moi."

    Son identité transparaît dans son œuvre, cristallisée dans un remarquable documentaire visible sur le site d’Arte jusqu'au 1er mai. Il réalise Le garçon à la demande de Y.Montand mais aussi en mémoire des moments heureux vécus dans le café du paternel.

     

                                      

    J’ai vu les treize films qu’il a tournés. J’avais 15 ans en découvrant Les choses de la vie, 40 ans quand j’ai vu son dernier, Nelly et Monsieur Arnaud(1995). Je me souviens avoir projeté César et Rosalie à la Maison des Jeunes de Wavre, ville natale de ma future épouse. Le lendemain, j’organisais une projection privée au domicile des mes beaux-parents. Ils ont aimé le film ainsi que le frère de ma compagne.

    Netflix vient d’acheter quatre étoiles de la décennie 70. Des coffrets DVD circulent encore, Un cœur en hiver est chaque fois repris. Sautet peut encore plaire parce qu’aujourd’hui nous vivons une époque charnière, telle celle des années 70, après mai 68. Nous en sommes tous à nous demander ce que sera l’ère post-Covid.

     

     

     

      


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    J’ai ouvert une première fois Les carnets de Max Liebermann hier soir sur France 3, une fiction historico-policière déclinée en six épisodes. La première livraison a réuni 3.3 millions de spectateurs le 21 février, une belle audience pour une collection dramatique ambitieuse, fierté de la BBC 2.

    La série a plusieurs atouts dans sa manche. Elle dépayse en nous transportant à Vienne quelques années avant la première guerre mondiale. La reconstitution de l’époque est vraisemblable ainsi que son médecin psychiatre, formé par Freud. La psychanalyse tente de rompre avec le soin conventionnel des troubles de l’esprit. Le docteur Max Liebermann épaule un inspecteur turbulent qu’il familiarise aux rudiments de la psychopathologie criminelle. La série puise son inspiration dans les romans de FrankTallis, lui-même psychologue clinicien. Ce duo classique est assez laconique, les déductions brillantes de Max mériteraient d’être explicitées mais l’intérêt réside surtout dans la multiplicité des thèmes abordés : montée de l’antisémitisme et de la xénophobie, dilemme affectif, préjugés aliénants, le tout serti dans des décors fastueux. Je verrai l’épisode suivant avec plaisir.

     

                                                       Affiche

    Les Britanniques excellent dans la fiction télévisuelle, de même que les Scandinaves. La France traîne la patte en matière de production régulière de séries. Pierre Ziemniak décrit le mal français dans  - Exception française, 60 ans de séries - un ouvrage intéressant, assez technique, axé sur les structures de production, moins sur les thèmes des séries nées dans l’hexagone depuis 1949.

    Les modèles scandinaves, anglo-saxons et américains sont décrits en creux d’un système français biberonné par le cinéma, la primauté du réalisateur sur le scénariste et l’évolution du paysage audiovisuel français, longtemps sous monopole de l’État. Il a fallu l’émergence de Canal + pour renouveler la série française (Les revenants, Le bureau des légendes, Engrenages), engluée longtemps à partir de 1960 dans la fiction historique (Vidocq, Chéri-Bibi, Les Brigades du Tigre) et l’adaptation littéraire de qualité.

    Les formats 13, 26, 52 minutes sont délaissés au bénéfice de téléfilms de 90 minutes, avec Navarro, Les Cordier, juge et flic, Julie Lescaut, Une femme d’honneur ou encore Joséphine, ange gardien ou L’instit. « Ce sont des héros récurrents et sans failles, invariablement positifs, censés permettre une plus grande identification de la part des téléspectateurs. » Ces séries interchangeables garantissent une bonne audience.

     

    Joséphine, ange gardien  Joséphine, ange gardien, saison 20

    En 2016, 55% des Français préféraient les séries américaines et 38 % les séries françaises. 40% des spectateurs du monde entier plébiscitent les séries à 70%, pour 10% au cinéma dans leur choix de fiction, un genre prisé autant que les informations.

    En 2012,  l’achat d’un seul épisode d’une série américaine diffusé sur TF1 revenait à 175.000 euros. À comparer avec les petits 80.000 euros de la vente de la première saison des Revenants à Channel 4.

    (Exception française, de Vidocq au Bureau des légendes, 60 ans de séries

    Dans une autre publication des éditions Vendémiaire - L’empire de la mélancolie, l’univers des séries scandinaves Pierre Sérisier souligne la spécificité nordique. L'ouvrage est bien documenté, très référencé et particulièrement fin dans son décryptage d'un véritable engouement pour des histoires, des caractères, venus du froid.Les personnages à l’écran n’ont rien d’exceptionnel mais ils sont en proie au doute face à l'évolution de la société. Ils nous tendent un miroir du tréfonds de l'être humain, brassant à la fois des grands thèmes universels et des enjeux personnels. Leur attrait est fondé sur l'émergence d'une école du polar nordique dans les années 1990 et 2000, avec comme chefs de file Henning Mankell, Jo Nesbø ou Stieg Larsson. Le succès des livres a dopé l'aura télévisée de Lisbeth Salander, Kurt Wallander et Larry Hole.

     

                                  Millennium : Photo Noomi Rapace Lisbeth Salander (Noomi Rapace),

    L’inspiration française émane surtout des films et des feuilletons radiophoniques, ces derniers en vogue de 1937 aux années 70. Les auteurs n’ont pas encore assimilé les codes du langage de la fiction télé. Il y a toutefois des essais concluants récents tels Le bureau des légendes (conçu sur le modèle américain de conception unifiée), No Man’s Land et En thérapie (16 millions de vues sur le site d’Arte), diffusé jusqu'au 18 mars (8.4 % d'audience en direct, énorme sur Arte). Un succès phénoménal très éloquent sur les attentes du public en panne psychologique.

    Les séries ont de beaux jours devant elles, visibles ATAWAD, -any time, any where, any device-, traduisez  "n’importe quand, n’importe où, sur n’importe quel support."

    Et vous, serial viewer or not ?

     

     

     

     


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                                    Jardins de pierre

    Jardins de pierre (1987) sort en Blu-ray. C’est un des meilleurs films (aucune bande-annonce disponible) de Francis Ford Coppola. L’ombre de son fils décédé imprègne ce retour à la guerre du Vietnam après Apocalypse Now (1979). L’emphase a cédé à la sobriété. Juste un lieu, le cimetière d’Arlington ; juste deux sergents et une jeune recrue affectée à la garde d’honneur qui rend les derniers hommages aux boys tombés au front. Les morts d’une guerre contestée et contestable  sont honorés en grande pompe, histoire de donner une image positive à un conflit honni.

    Je me souviens aussi d’Angelica Huston, en journaliste intriguée par James Caan, sergent impatient de retourner là-bas. La vie de garnison égrène ses jours monotones, entrecoupés de cérémonies devant les tombes blanches. On a le temps de tester ses convictions et de croire à un amour sur le tard.

    Le spectateur est forcément touché dès qu’il ressent l’émotion d’un réalisateur aux prises avec son histoire personnelle. Coppola tourne un film sur la symbolisation de la mort et la transmission entre un fils et un père de substitution alors qu’il vient d’inhumer son aîné Gian-Carlo.

    Le temps d’un film, cinéastes, scénaristes et acteurs racontent des histoires supplétives, vivent des vies par procuration, s’affranchissent de la pesanteur de leurs manques, noient des blessures à vif (Le cinéma, une façon d’être, Ed. Chronique sociale). 

     

    Peggy Sue s'est mariée

    Les jardins de pierre est une commande, de même que Peggy Sue s'est mariée, également en Blu-ray ce mois-ci, édité dans un coffret très attrayant. Ce doublé a été tourné pour apurer les dettes de Coppola ruiné après la faillite de ses studios Zootrope. N’empêche, le cinéaste des Parrain a y mis tout son cœur et son talent.

    À 81 ans, Francis Ford Coppola planche sur Megalopolis, une méga production, enlisée dans la Covid. Le film parle d’une cité idéale construite après un cataclysme, un film d’époque en quelque sorte. Coppola n'a tourné que trois films ces vingt dernières années. Il a également remanié le montage du Parrain 3è partie en quatre mois à la fin de l’année dernière pour le livrer à Noël. La nouvelle version se présente comme un épilogue à la célèbre trilogie, avec des renvois aux deux premiers épisodes.

     

    Les Cahiers du cinéma consacrent leur numéro (773) de février au réalisateur mythique. La photo de couverture est émouvante. La revue publie son interview, obtenue  par visioconférence le 14 janvier dernier ainsi que des entretiens avec Dean Tavoularis, son directeur artistique (art director) sur six films, et de Tom Waits, auteur de la musique de Coup de cœur (premier film des studios Coppola, un flop). Le numéro approfondit aussi l’approche de plusieurs films méconnus du créateur.

    Cette introspection dans l’univers  d’un véritable auteur du septième Art révèle un Coppola intime, très soucieux de la marche caduque du monde. Il puise son éternel enthousiasme dans une volonté de donner à chaque film sa forme particulière.

    «J’ai toujours considéré que je recommençais depuis le début à chaque fois, sans bien savoir où je m’aventurais. Je n’aurais jamais voulu me répéter, explorer un même style, un même genre. » (Cahiers du cinéma, 773, p.13).

    J’espère que Mégalopolis verra le jour.

    Mes préférés dans le désordre et l'ordre des photos Tucker (1988), Jardins de Pierre, Tetro (2009), Le Parrain 2è partie (1974), L'idéaliste (1997), Twixt (2012) …

     

     Tucker : L'homme et son rêve   James Earl Jones, D.B. Sweeney et James Caan  Vincent Gallo

     

      John Cazale et Al Pacino Matt Damon Twixt 

     

     

     


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    Pour la première fois de son histoire (1952-2021), Positif consacre sa couverture à un film jamais projeté au cinéma. La revue mensuelle navigue à vue depuis un an comme la plupart de ses consœurs. Le souci premier de l’équipe indépendante est de continuer à paraître coûte que coûte. Positif tire à 12.000 exemplaires et compte 4.000 abonnés. Ses éditeurs, Actes Sud et l’Institut Lumière veillent au grain, c’est une chance (Les cahiers du cinéma, la doyenne -1951- a été rachetée en janvier 2020 par un conglomérat).

     

    La presse cinéma s’adapte, sort des dossiers, redécouvre des classiques et des œuvres méconnues tandis que  de nouvelles pratiques de consommation émergent. Les plateformes de SV0Dd abreuvent  leurs sillons d’un flot continu de nouveaux abonnés. Netflix a franchi le cap des 200 millions de clients dans le monde. La nouvelle Disney + a réussi son lancement l’an dernier, avec déjà 85 millions de fidèles.

    Nul ne peut prédire si les abonnés resteront au poste une fois les salles rouvertes. Mais le poids des plateformes est suffisant pour négocier leur apport  au financement de la création audiovisuelle. La France, championne de l’exception culturelle,  a pris les devants. La participation des plateformes dans la production d'œuvres françaises et européennes a été fixée à 25% ou 20% de leur chiffre d’affaires en France. Cela représente 200 à 250 millions d’euros annuels à court terme, dont minimum 20% investis dans le cinéma. En échange, les services à la demande disposeront des films un an après leur sortie en salles. L’accord à négocier après aval de l’Europe entrera en vigueur le 1er juillet.

     

                                         Tournage en vue pour Normale d’Olivier Babinet Tournage prochain de Normale, d'Olivier Babinet

     

    L’exemple français fera certainement des émules. La planète continue à tourner, les films s’amoncellent au montage, montent en pile sur les rayons des distributeurs. Ceux-ci continuent à acheter prudemment, pensent même à distribuer directement en ligne. Encore un coup dur pour les fauteuils des grands écrans.

    Je reste un inconditionnel de la projection commune, avec toutefois une inquiétude grandissante sur le genre de films qui reprendront vie sur les toiles mondiales. Je patiente en (déc)ouvrant des fenêtres cinéphiles sur le Web. Le site Henri de la Cinémathèque française diffuse gratuitement des films et documentaires du répertoire. La vénérable institution a également lancé des "Lettres de cinéma", via sa chaîne Viméo. Cette rubrique, née durant la pandémie, réunit les devoirs de réalisateurs privés de tournage. Vingt-huit films ont été réalisés. Je pointe notamment les trois contributions de Luc Béraud confiné joyeusement dans la Creuse. Petit itinéraire pour voir les films : d’abord aller sur le site de Lettres de cinéma (v. ci-dessus), choisir votre titre et puis lancer une recherche sur l’intitulé associé à Viméo. Le lien direct sur le site de la Cinémathèque est hors service, semble-t-il.

     

                                                     Les acteurs aussi vivent et et pensent le confinement. Ariane Ascaride raconte à son père défunt ses joies et ses peines de recluse dans un livre "Bonjour Pa'. Lettres au fantôme de mon père. Elle garde le moral.

    "Comme comédienne et comme écrivain, je ne fais que raconter des histoires aux gens ! Mais je saurais pas quoi faire d'autre : la vie, ça ne vaut rien si elle n'est pas partagée !"

    Ariane choisit de rire au risque du riz amer et de la crampe d’estomac, souvent le rire franc d’une indécrottable optimiste, consciente de la frontière ténue du  rire aux larmes. Joie et tristesse sont deux faces d’un même miroir devant lequel on a la chance de choisir sa tête chaque matin : à claques ou agréable.

     

    À la télévision, doublé Daniel Day-Lewis dans deux films marquants et violents

     

    Samedi 20, 20h15, sur Plug RTL : Les gangs de New York

    Dimanche 21, 20h55, sur ArteThere Will Be Blood

     

     

     

     

     


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                                                        Notre travail commence avec le visage humain.

     

     

    Le 28 août 1952, Ingmar Bergman demande à Harriet Andersson de quitter le regard de son partenaire en plein milieu d’un plan-séquence, et de regarder droit dans l’objectif de la caméra. L’actrice prend le spectateur directement à partie (Un été avec Monika). C’est une révolution esthétique et une évolution dans la posture du spectateur, arraché à l’illusion de l’écran, en étant interpellé les yeux dans les yeux.

     

    Monika

    Depuis les débuts du cinéma, le spectateur est sidéré, façonné et dirigé par un spectacle étonnant, bientôt vécu dans une communauté d’appartenance, celle d’une foule éphémère, à l’unisson devant les images en mouvement, vues dans des salles immenses, « lieux de sociabilité majeurs où l’on se rencontre, se côtoie, s’aime et apprend à vivre. » En 1945, 20.500 salles absorbent 4 milliards de spectateurs aux États-Unis, un maximum historique, que la France atteint en 1947 avec 423.7 millions de spectateurs en un an. Inimaginable... La fréquentation commencera à décliner en 1950 avec la télévision.

    Je tire ces informations d’un gros livre (608 pages) paru récemment, Histoire vagabonde du cinéma, signée Vincent Amiel et José Moure. J'ai longuement hésité à acquérir un nouvel ouvrage de référence sur le cinéma. La photo de couverture, granuleuse,  fait mauvais effet. Je suis content d'avoir surmonté ma valse-hésitation.

                                               Cette encyclopédie n'est à nulle autre pareille. C'est d'abord une histoire des images, du gros plan, d'un cadrage qui ont marqué le regard des spectateur/trices (objets d'un chapitre). Le travail de compilation des deux auteurs, non linéaire et thématique, vaut surtout par la description détaillée de films très anciens, muets, illustrant l'évolution du septième art, de l'industrie du cinéma et de la position du spectateur, d'abord englobé dans un collectif puis atomisé dans un regard individuel, fractionné aujourd'hui par les lectures nomades de l'art du mouvement. Les citations sont judicieuses et souvent inédites.

    J’ai notamment appris que le cinéma a instauré un nouveau modèle de perception visuelle, émanant du spectateur.

    « Les images en mouvement du cinématographe ne prennent consistance que grâce à la présence et à l’activité perceptive du spectateur : activité que l’on a longtemps expliquée par la seule persistance rétinienne et dont on sait aujourd’hui qu’elle relève principalement de la faculté du cerveau à percevoir du mouvement là où il n’y a que succession  rapide d’images fixes ( effet bêta). » 

                                                      Le cerveau relie les images à notre insu, magique !

     

                         Affiche Greta Garbo                      Diamants sur canapé

    Les auteurs consacrent s’attardent aussi sur les visages ; celui de Greta Garbo magnifié sous l’éclairage au point de devenir visage-objet (La reine Christine 1933) et en contraste, Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé (1961), visage individualisé, singularisé, présenté à l’écran dans sa complexion infinie.

    Le visage devient un support narratif, qui « assure la continuité d’un plan à l’autre selon les nécessités du récit. » Une hiérarchie apparaît : gros plan pour la star, plan moyen pour le second rôle, plan d’ensemble pour le figurant et la foule.

    Une liste de dix films illustre chaque thème abordé. Je pointe Ad Astra (2019) en clôture du chapitre Visages, Brad Pitt souvent en très gros plan aux confins de l’espace, à la recherche du père.

     

                                                               Ad Astra: Brad Pitt

    En lisant l’histoire vagabonde du cinéma, j’ai découvert un éditeur spécialisé dans les approches inédites du septième Art et des séries. J’ai commandé chez Vendémiaire une étude sur les séries françaises et une sur les séries nordiques.    

    Pour voyager à votre tour dans la vie du cinéma, une curiosité ce soir sur Arte, le dernier film de John Sturges, réalisateur des 7 mercenaires et de La grande évasion. L'aigle s'est envolé (1976) relate un haut fait de la seconde guerre mondiale, avec une kyrielle de bons actrices/teurs. Du grand spectacle, oui, oui, même sur le petit.

     

                                      WUSA                    Luke la main froide: Paul Newman

    Et aussi sur la La Trois belge, mercredi soir, Luke la main froide (1967), une ode à la rébellion et à la liberté, avec l’incomparable Paul Newman. L’acteur aux yeux bleus magnétiques (et sa femme Joanne Woodward) tournera plusieurs fois  avec Stuart Rosenberg, un bon faiseur, assez engagé dans Brubaker (1980, Robert Redford en directeur de prison) et WUSA (1970). Ce film méconnu suit la mue d’un chroniqueur politique cynique sur une radio conservatrice républicaine. Rien de neuf sous le soleil de l’oncle Sam.

     

     


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