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                                                                Les Films du Jeudi | Catalogue : "Dénonciation (La ...

      

                                                               Dans la série « vieux films bien conservés", j’ai vu La dénonciation. Ce film de 1961 revient sur TV5 Monde mardi 20 à 14h06 et lundi 26 à 22h58. C’est le troisième long-métrage de Jacques Doniol-Valcroze, par ailleurs cofondateur des Cahiers du cinéma en 1951 (bon 70ème anniversaire). Il met souvent sa femme en scène à ses débuts, multipliant les plans appuyés et superflus sur la belle Françoise Brion, toujours de ce monde (88 ans), mais qui n’a plus tourné au cinéma depuis 2000. Elle a joué notamment l'épouse vacharde d’Alexandre le bienheureux en 1967.

     

    BRION Francoise           Elle donne la réplique au déjà célèbre jeune premier, Maurice Ronet, dans La dénonciation,                                                                  drame psychologique, faux polar et vraie réflexion sur la culpabilité et l’expiation. Un épisode honteux de la guerre hante le présent de Michel Jussieu, témoin d’un meurtre qu’il se refuse à dénoncer. Il met sa vie en jeu, sur un ton badin, comme si rien n’avait d’importance, sinon se libérer d’un passé que son entourage le pousse à oublier. Le montage alterné, l’interprétation naturelle, les dialogues enlevés signent les jalons de la nouvelle vague, portée aux nues dans Les cahiers. Du bel ouvrage en noir et blanc soigné sous tous les angles.

    Il y eut une deuxième dénonciation en 2010, jamais sorti en Europe. Le seul film de la réalisatrice canadienne Rayisa Kondracki a changé de titre, de Whistleblower (lanceur d’alerte) à La dénonciation pour finir Seule contre tous. C’est l’histoire vraie d’une policière du Nebraska envoyée en Bosnie-Herzégovine en mission de paix après la guerre de 1999. Personne ne la croit quand elle découvre un réseau de traite des femmes sous haute protection occulte. Ses supérieurs la renvoient aux États-Unis, espérant la réduire au silence.

     

                             Seule contre tous

    Peine perdue, Kathryn témoignera lors d’un procès à l’ONU. La jeune cinéaste a réuni une distribution hors pair pour la cause, Vanessa Redgrave et Monica Bellucci en tête.

     

    Official Secrets

                                                                            De fil en aiguille, et probablement par ressemblance physique entre les deux actrices, Rachel Weisz et Keira Knightley, Official Papers s’impose. Encore une lanceuse d’alerte, encore un film non distribué en France et une autre Katharine réelle, traductrice de chinois épiant les conversations de diplomates sur injonction américaine aux services secrets amis. Mrs Gun fera de la prison, ira au procès, sera acquittée. Le cinéma a rendu hommage à ces femmes de tête, dommage que la diffusion de ces deux excellents films ait été confidentielle. Les services de vidéo à la demande des grands opérateurs de télé en ligne proposent certains de ces mal-aimés des distributeurs à la rubrique « nouveautés » au prix réduit d’une séance en salle (de 6 à 8 euros).

    Ces mêmes distributeurs scrutent l’horizon avec appréhension. Il y aura six mois à la fin avril que les salles sont vides. Quels films auront la chance de sortir, sachant que le coût moyen d’une sortie s’élève à 445.000 euros. Entre 400 et 450 films attendent, faites le compte. Précisons aussi que les films à petits budgets coûtent proportionnellement plus cher à lancer ; le risque est grand d’en prendre le moins possible (de risques et de films). 

     

                                                  

    Néanmoins, quatre distributeurs français sont optimistes dans la dernière livraison de Positif. Ils ont confié leurs craintes et leurs espoirs au cours d’un échange à bâtons rompus sur la façon dont ils traversent une année chaotique (100 jours d’ouverture de cinémas) et sur les perspectives à court terme.

     

                                    " Dès que l’offre sera là, ça va redémarrer ", tel un mantra à répéter jusqu’à satiété.

     


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    Je peine à quitter le défunt. Je le croise sur la banquette arrière d’un taxi à la télévision. Il explique comment il a convaincu John Goodman de prendre le rôle d’un mafieux dans un film à tourner en Louisiane. L’acteur hésite :

    - Il faudra que je parle avec l’accent italien ?

    - Il n’en est pas question un instant.

     

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    Soupir de soulagement. John accepte le rôle du mauvais Dans la brume électrique. Je suis précisément en train de lire le récit de tournage d’un des derniers fleurons du cinéaste lyonnais. Ce livre devrait être distribué à tous les étudiants en cinéma. Il recèle l’abc du métier, saupoudré d’une belle dose d’humanité, qualité indispensable à la réalisation d’un bon film. Je venais de revoir le film, les images étaient encore fraîches dans ma mémoire. J’ai donc savouré chaque page de cette incroyable odyssée aux pays des crabes et des cajuns.

    Les crabes, parlons-en. Tavernier est méticuleux, perfectionniste. Il doit tourner la découverte d’un corps mutilé dans un baril. On ne verra que des cheveux couverts de crabes ; l’horreur de la scène se lira uniquement sur le visage des acteurs. Nous sommes en Amérique. Dès qu’on filme des animaux, un fonctionnaire débarque pour voir si les crabes ne sont pas maltraités.

    « Il regarde comment on les manipule, vérifie que le tonneau soit humide, que le plan ne dure pas trop. Tout cela dans une région où l’on fait frire, griller, bouillir des dizaines de milliers de crabes par jour… Ces crustacés constituent un des bases de la cuisine cajun. »

     

                                                  Tommy Lee Jones et Peter Sarsgaard

    Tavernier veut que l’on découvre le baril en mouvement, avec les crabes qui bougent. Mais les bestioles ont été tellement chouchoutées qu’elles se sont endormies. Le plan prend des heures.

    C’est un de ces nombreux contretemps qui usent  la patience surtout quand l’horaire de tournage est serré. Les States ne badinent pas avec les heures sup’, ni avec la pause repas, prise en plein milieu d’une prise. Inimaginable en France. Ce film, B. Tavernier l’a voulu, coûte que coûte.

    Il tombe en amitié avec Dave Robicheaux en 2001, le détective imaginé par l’écrivain James Lee Burke.

    « Tout de suite j’ai senti qu’il faisait partie de ma famille, que je comprenais ses doutes, ses colères, ses accès de violence. Que je les partageais. Et j’adorais les descriptions des paysages, les atmosphères. »

     

                                            

    En 2006, Tavernier rencontre l’auteur du polar. James Lee Burke le pilote dans les bayous brumeux de Louisiane. Le courant passe immédiatement entre les deux artistes. Tommy Lee Jones sera Robicheaux à l’écran ; une pièce, un tempérament. Il ne se prive pas de mettre son grain de sel partout. Souvent, à juste titre. Tavernier le suit et le contre aussi. Jamais frontalement, conseille Burke, qui connaît bien Tommy, parce qu’après il te le fait payer. À la fin du tournage, l'acteur bourru confie à Tavernier que son père avait un point commun avec Dave Robicheaux. Cela m'a aidé, dit-il. Cela explique aussi pourquoi il a cru au personnage et au film.

     

                                                          

    L’écriture du scénario prend 14 mois, les repérages plusieurs semaines, le tournage 41 jours éprouvants. Tavernier est éreinté, il a le mal du pays. Il commence à monter les images en Amérique. Ça ne colle pas avec le monteur local. Il est désespéré. Il rentre en France et monte chez lui avec un monteur qui sent bien le film. Le rêve.

    J’ai beaucoup aimé ce polar métaphysique. Il charrie le réel d’une contrée dévastée après l’ouragan Katrina en 2009. Chaque image véhicule le soin apporté à rendre l’atmosphère du livre, le poids du passé, l’oppression du racisme. Les acteurs adhèrent au projet, donnent le meilleur, même dans le plus petit rôle. Ils sont souvent du coin, ils sentent ce que Tavernier attend d’eux, que le film va rendre justice à un pays délaissé par Washington.

     

                                                          Tommy Lee Jones et Mary Steenburgen

    La plus belle scène du film, c’est un dialogue entre Dave et sa femme Bootsie ( jouée par Mary Steenburgen que j’adore). Tavernier voulait un moment solo avec les deux amants

    - D’accord Bertrand, mais de quoi pourraient-ils parler ?

    - De la compréhension.

    Tommy, l’acteur, va lui écrire un dialogue qui sera repris tel quel, un texte « mystérieux, poétique et drôle ». La scène est filmée à deux caméras, une magnifique lumière revient après un ciel noir durant les répétitions. L’amour entre Bootsie et Dave transparaît entre des phrases qui n’ont rien à voir avec le sentiment amoureux.

    Je me souviens du dernier plan de la séquence. Dave prononce des paroles étranges en lançant sa canne à pêche. Le producteur demande de terminer sur un plan très serré sur Tommy. Tavernier veut un plan plus large avec le mouvement de la canne, la réaction de Mary et le ciel derrière elle. Cette divergence de vues provoquera une forte tension entre la production (US) et le cinéaste importé. Heureusement, il ne reste qu’une petite moitié de tournage.

     

                                                                        Dans la brume électrique: Tommy Lee Jones

    Tavernier ne réalisera qu’une fois aux États-Unis, lui, l’amoureux inconditionnel du cinéma yankee. Il voulait Dave, il l’a eu. Un joli coup dans l’eau des alligators louisianais.

     

     

     

     


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                                                         James Stewart, Jeff Chandler et Debra Paget

     

    Lundi, c’est le jour du télécinéma. Les programmes télé regorgent de films, une petite dizaine, si l’on inclut les deuxièmes rideaux. La journée commence avec La flèche brisée  (1950, Arte, 13h35, un western classique et novateur à la fois. Les indiens, Apaches en l’occurrence, apparaissent enfin comme des êtres humains et non en bêtes sauvages. James Stewart incarne Thomas Jeffords, vrai agent indien, médiateur de la fin du conflit entre l’armée américaine et Cochise en 1872.

     

                                                 

    En soirée, trois passions sur France 3, France 5 et Arte. Passion du théâtre (Le dernier métro, 1980), obsession passionnelle (L’incroyable histoire du facteur Cheval, 2018, de Nils, le fils de B.Tavernier)  et passion meurtrière (Niagara,1953, rediffusé le 9 avril à 13h35). Ce dernier est le premier grand rôle de la flamboyante Marilyn Monroe. La même année, elle tourne Les hommes préfèrent les blondes et Comment épouser un millionnaire. Sept ans plus tard, elle ensorcèle Yves Montand dans Le milliardaire, amour et gros sous toujours. 

    Sur les chaînes belges, je pointe l’amusant Marie-Francine  (2016, rattrapage le 6 avril à 22h18), ou comment rebondir à cinquante ans. Ensuite, Qui c’est les plus forts (ce mardi à 9h16), une comédie sociale potable (2014, reprise le 6, à 9h18). Vous pouvez toujours enregistrer ou regarder en différé sur les sites des différentes chaînes, en vous inscrivant, si natif ou résident du pays de diffusion.

     

                                                  Marilyn Monroe

    Je me suis toujours demandé pourquoi une telle présence du grand sur le petit écran les lundis. Pour nous donner du courage en début de semaine ? Pour concurrencer les lundis du cinéma à prix réduit dans les salles ? Ou inversement, parce que le lundi, c’est moins cher en ville ? Je n’ai pas trouvé  qui a lancé le lundi bon marché dans les salles. Je sais juste que la Fête du cinéma (trois jours d’avant-première pour un nickel) est née en 1985, quelques années après les lundis bradés.

    Le chômage du grand écran m’oblige à scruter les grilles TV, en bon réfractaire à la vidéo à la demande. M’abonner à une plateforme maintenant me paraîtrait une infâme trahison. Donc, je continue le programme du jour et le passé remonte à la surface.

     

                            Tony Rome est dangereux

    Arte, 22h20, Tony Rome est dangereux (1967), le premier d’un triptyque (La femme en ciment, Le détective), avec Frank Sinatra en limier ironique, tombeur de jolies filles. Le cinéma américain présente à la même époque un autre fameux détective, Paul Newman. En noir et blanc dans Détective privé (1966, avec la fatale Lauren Bacall) et La toile d’araignée (1975, avec sa femme Joanne Woodward). Je me souviens très bien de ces films assez noirs, aux intrigues complexes, dénouées par des acteurs célèbres.

     

                                                      Claude Nollier

    Pas nécessairement le meilleur pour la fin,mais une réhabilitation intéressante, Justice est faite (TV5 Monde, 21h05), d’André Cayatte, le premier de ses quatre longs-métrages sur l’appareil judiciaire, sortis entre 1950 et 1955. Je me rappelle très bien de Avant le déluge (1954), procès de cinq adolescents, dont la jeune Marina Vlady, victime et vengeresse. Le cinéaste, obsédé par l’injustice, précède de peu la Nouvelle vague, qui éreintera («grotesque de fausseté»)  un cinéma délibérément démonstratif et malgré tout, très interpellant. En forçant le trait, Cayatte souligne l’arbitraire de la justice. En 1967,il tourne avec J.Brel Les risques du métier et le très controversé Mourir d'aimer (1971).

     

    Avant le déluge

    La revue Positif a rendu des honneurs mérités au cinéaste de prétoire, en lui consacrant six pages  en octobre 2019 (n°704), dont une interview de feu Bertrand Tavernier, qui qualifie son aîné de vrai metteur en scène.

    J’ai toujours aimé les films de prétoire et alentours. J’en cite trois contemporains qui m’ont plu : L'hermine (2015), Une intime conviction(2019) et La fille au bracelet (2020). Tiens, trois films français, n'en déplaise à l'attorney general.

    Une intime conviction pose un vrai cas de conscience, inspiré du procès Viguier où l’avocat Dupond-Moretti défend un époux accusé d’avoir tué sa femme. Rien de plus cinégénique qu’une cour d’assises bien mise en scène et magistralement interprétée.

     

                                                   La Fille au Bracelet - Photo 2

     

                    Et n'oubliez pas, La preuve scientifique de l'existence de Dieu, demain et le 12 avril

     


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                                     Bienvenue en Suisse: Léa Fazer                  

     

    Les salles de cinéma françaises ont un horizon timide. Elles espèrent rouvrir à la mi-mai, sous conditions.  Selon des sources bien informées, la reprise aurait lieu en trois phases : une jauge à 35% des places occupées pendant quatre semaines, puis à 50% et le plein au début juillet.

    On veut y croire. Le nombre de films disponibles ne cesse d’augmenter. Plus de 400 longs-métrages attendent leur hébergeur. La chronologie des sorties constitue un véritable casse-tête pour les distributeurs. Ceux-ci investissent 10 à 15% du budget des films. L’offre pléthorique va obérer les entrées en salle. Les grosses productions s’apprêtent à coloniser les écrans, ne laissant que des miettes au cinéma d’auteur et aux petites productions. L’art et essai en sera peut-être réduit à se vendre aux plateformes de vidéo à la demande, sans grand espoir toutefois ; le genre ne plaît guère au cinéma en ligne. Je suggère que les chaînes de télévision prennent le relais, Arte en tête évidemment. Son audience continue à progresser.

     

                                          Stéphanie Chuat et Véronique Reymond  • Réalisatrices de Petite SoeurStéphanie Chuat et Véronique Reymond

    Des listes de titres circulent ça et là. Je ne m’y fie pas trop. Je pointe quelques envies. Petite sœur me fait de l’œil. Les deux réalisatrices, complices depuis l’enfance, viennent de rafler cinq récompenses au Prix annuel du cinéma suisse. J’avais déjà vu la bande-annonce de cette belle histoire d’amour fraternel. Je suis un grand fan de Marthe Keller (prix du meilleur second rôle), qui joue la mère de Lisa.

    Lisa (Nina Hoss) est la jumelle de Sven (Lars Eidinger). Elle vit en Suisse, il est à Berlin. Sven a un cancer, il veut encore jouer Hamlet. Lisa a deux enfants et un mari. Elle met sa vie en jeu pour aider son grand frère (deux minutes de différence à la naissance) à remonter sur les planches.

     

                                              "Un acteur désiré est un acteur qui se sent vivant."

    Le film était en compétition au dernier festival de Berlin, un distributeur a déjà  acquis les droits. Le cinéma helvétique est méconnu. Ma mémoire sort facilement les noms de Claude Goretta, Alain Tanner, Daniel Schmid et Godard évidemment. Ça c’est la vieille garde. Je ne vois qu’un nom chez les jeunes, Ursula Meier, qui a d’ailleurs assisté Tanner. Elle a tourné un premier film, Home (2008) avec Isabelle Huppert  et Olivier Gourmet. Son deuxième, L'enfant d'en haut (2012) a obtenu un Ours d’argent à Berlin.

     

    Bruno Ganz lors des Golden Camera Awards, à Berlin, le 1er février 2014. Bruno Ganz            Description de cette image, également commentée ci-aprèsJ-L. Bideau

    Côté acteurs, je sors B runo Ganz, Vincent Perez, Jean-Luc Bideau, Jean-François Balmer et… Michel Simon. J’ignorais que ces deux derniers étaient suisses.Chez les actrices, j’ai Marthe Keller bien sûr, dont la renommée débuta à la télé avec le feuilleton La demoiselle d’Avignon (1972). Et aussi, comment l’oublier, Ursula Andress, la première fille à James (Bond) et Madeleine Robinson, grande actrice « française » des années 50, naturalisée suisse. J'allais ignorer Liselotte Pulver, couronnée cette année d'un Prix d'honneur du cinéma suisse à 91 ans.Elle fut une jeune première dans les années 60.

     

     

    Ehrenpreis 2021: Lilo Pulver  Lilo Pulver           Petite sœur : Photo Marthe Keller Marthe Keller

    Enfin, dernier fleuron mémorable, le festival de Locarno, qui a lieu  partiellement à ciel ouvert chaque été depuis 1946.  Son émule, le festival de Zurich fondé en 2005, commence à se tailler une  réputation,

    La Suisse, c’est aussi des réalisateurs de langue allemande et italienne. Ils collectionnent les grands succès du cinéma suisse. La production nationale ne draine toutefois que 14% des entrées. L’an dernier, Les enfants du Platzspitz, de Pierre Monnard (Suisse alémanique) a totalisé 320.000 spectateurs, soit la moitié des recettes des films helvétiques très en vogue en 2020, année amputée de deux tiers de sa fréquentation courante.

                                               Une scène du film "Les enfants du Platzspitz".  [Ascot Elite Entertainment Group]

    Les artistes helvétiques ont généralement le sens de l’autodérision. En 2004, Léa Fazer signe un Bienvenue en Suisse hilarant, avec Vincent Perez en régional de l’étape. La jeune réalisatrice se tourne ensuite vers la télévision avec le récent téléfilm Nadia et un épisode de L’homme d’honneur (à l'écran actuellement).

     

        La Salamandre                    https://spoutnik.info/wp-content/uploads/2018/09/Jonas_affiche.jpg          Hécate

    Dans les années 70, le cinéma suisse s’inscrit dans la mouvance de mai 68. Il critique les patrons, la société policée, le conformisme. Aujourd’hui, la tendance demeure à l’autocritique d’un pays berceau de la Croix-Rouge et hôte de nombreuses organisations internationales. Le nouveau cinéma suisse secoue le cocotier des biens pensants et exhume les anciens militants. Il garde le cachet d'une sensibilité pudique.

    La preuve scientifique de l'existence de Dieu est un bel exemple de nostalgie combative. Le film de Frédéric Baillif est sorti le 16 juillet dernier, en Suisse et puis c’est tout. Le cinéma national s’exporte peu. TV5 monde le rediffuse mardi 6 avril à 14h00 et lundi 12 avril à 23h10. Les cinq militants pacifistes de 1968 y jouent leur propre rôle, entourés de Jean-Luc Bideau, d’Irène Jacob (magnifique dans La double vie de Véronique) et du rappeur Malaka.

                                          Le quintet reprend vie cinquante après avoir été emprisonné pour objection de conscience. Trois hommes et deux femmes prônent le service civil au lieu du sacro-saint  service militaire. Un demi-siècle après, ils militent contre l’exportation d’armes fabriquées en Suisse avant une votation cruciale. Un des cinq tourne un documentaire sur leur passé de militants. L’occasion de faire le point sur ce qui a été, n’est plus et peut encore advenir. La filiation est frappante avec Jonas qui aura 20 (ou 25?) ans en l'an 2000 (1976) du bon vieux Alain Tanner.

    Le montage alterne documents d’époque et fiction. Le film secoue, émeut, stimule. Les sommets enneigés subissent l’érosion. Mais la lave continue à bouillonner en profondeur, songe le peintre paysagiste, à l’écart du monde. Chapeau aux mamys et papys ; sapristi la vie  la vie finit par reprendre le dessus. Ce n’est qu’un début, continuons le combat.

     

                                             La preuve scientifique de l'existence de Dieu

     

         J'ajoute Bettina Oberli sur la liste des jeunes talents suisses. Son deuxième film, My Wonderful Wanda, suit les ravages causés par une infirmière polonaise dans une famille bourgeoise. En allemand, comme Petite sœur.                      


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    Bande-annonce Voyage à travers le cinéma français

     

    Un de mes réalisateurs préférés a rejoint les étoiles. J’ai vu une vingtaine de Bertrand Tavernier, à commencer par L’horloger de Saint-Paul (1974) et hier, à la télé, - raté sur grand écran – La  princesse de Montpensier (2010). France Télévisions et même C8 reprogramment quatre films ces dimanche et lundi soir après Le juge et l’assassin jeudi le jour de sa mort.

                        Ce lundi : Coup de torchon et L'horloger de Saint-Paul sur France 5 et C8.

    En 2015, le résident de Sainte Maxime souffrait déjà de la pancréatite qui l’a emporté. Thierry Frémaux se rappelle de leur rencontre peu avant une première opération.

    « Il a l’air préoccupé, on le serait à moins, et il parvient à le cacher tant il est toujours joyeux et énergique. Mais je sens une inquiétude, palpable – peut-être parce que c’est la mienne aussi. J’accompagne Bertrand depuis si longtemps, je l’ai connu dans tant de situations que je le vois comme un grand rocher insensible aux houles et aux tempêtes. La maladie a surgi dans l’existence de ce viveur qui n’a jamais connu de ralentissement depuis que Melville et Sautet sont allés plaider sa cause près de ses parents afin qu’ils le laissent entrer dans le cinéma. » (Sélection Officielle, p.83, Grasset).

                                                        Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier à la cérémonie d'ouverture du 8ème festival Lumière de Lyon, le 8 octobre 2016. © Dominique Jacovides/Bestimage

    Bertrand Tavernier était cinéaste, cinéphile, militant, père de Nils et Tiffany. Il a tourné et écrit avec ses enfants, gagnés par le virus paternel. Le fils joue et réalise, la fille est romancière. Tiffany apparaît dès l’enfance dans les films de papa ; celui-ci l’emmène sur les tournages après le départ de sa première femme. Tiffany s’en souvient dans un livre touchant. Un autre de ses écrits débouchera sur Holy Lola (2004 retraçant l’adoption d’un enfant cambodgien. Avec Nils, il tourne un documentaire sur une cité à Montreuil.

    Bertrand Tavernier a toujours eu un œil sur la jeune génération. Il engage Marie Gillain débutante dans L'appât (1995), Ours d’or à Berlin.Il dirige un quatuor éblouissant dans La princesse de Montpensier , emmené par Mélanie Thierry, qui envoûte Grégoire Leprince-Ringuet, Gaspard Ulliel et Raphaël Personnaz , sans oublier le vétéran Lambert Wilson. Les dialogues ciselés de ce grand film historique ont édités chez Flammarion, augmentés d’un avant-propos du réalisateur et du texte de la nouvelle de Madame de La Fayette.

              L'appât

    Le cinéaste lyonnais a toujours réuni de grands acteurs autour de lui, tels Noiret, Rochefort, Galabru et une fois l’inoubliable Romy Schneider dans La mort en direct (1980), prémonitoire sur  les dérives de la télé réalité. Bertrand Tavernier n’avait plus tourné depuis 2012, avec Quai d’Orsay, tiré d’une bande dessinée  éponyme. Il s’était encore attelé en 2016 à un Voyage à travers le cinéma français. Le cinéaste le cède à l’historien, comme ce fut le cas en compilant deux ouvrages de référence sur le cinéma américain et un troisième d’interviews de grands noms d'Hollywood et Sundance.

     

                                           https://fr.web.img2.acsta.net/r_1920_1080/medias/nmedia/18/65/14/26/19051704.jpg            Autour de minuit                  

    J’ai revu récemment Dans la brume électrique (2009), tourné en Louisiane juste après l’ouragan Katrina. Ce grand amoureux du cinéma US raconte le tournage et ses impressions de voyage  dans un livre passionnant. Il a rarement tourné outre-Atlantique, mais des auteurs américains l'ont inspiré. Il a exprimé sa passion pour le blues dans le magnifique Around Midnight (1986), hommage à trois grands saxophonistes de jazz, sur une bande originale de Herbie Hancock.

     

     

    Une semaine de vacances

                                          Autour de minuit, Une semaine de vacances, La vie et rien d’autre, Dans la brume électrique et La princesse de Montpensier sont des souvenirs vivaces dans ma cinémathèque personnelle. J’admire surtout un grand amoureux du cinéma, enthousiaste impénitent et fidèle au cinéma d’auteur auquel il prédisait un bel avenir.

    Désormais, il n’y a plus guère que Costa-Gavras pour incarner une lignée de cinéastes engagés et talentueux.

                                   Mélanie Thierry La princesse de Montpensier

     

     

     

     


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