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    Nous avons suivi la chasse aux œufs de deux de nos petits-enfants en direct grâce à la caméra du téléphone de leur maman dont les images s’affichaient sur l’appareil de mon épouse. Là, je dis merci à la technologie. Cultiver le lien envers et contre tout. Nous échangeons lettres et cartes postales (papier) également. Comme dans le temps, le plaisir de lever la boîte aux lettres.

    Les enfants gambadaient allègrement dans un jardin citadin, orné des bricolages de l’aînée (six ans), qui avait tressé, découpé, colorié, un véritable panthéon aux grandes voyageuses. Donc, Rome a autorisé les cloches à sortir du confinement, ce qui a réjoui le troisième de nos petits-enfants, le gourmand de la bande des six.

                                                                           Afficher les détails de l’image associée

                                               Chez lui, les cloches ont été frileuses, elles avaient déposé leur cargaison dans les assiettes du petit déjeuner. L’inventaire nous a été présenté via Skype en fin d’après-midi via la vidéoconférence. Merci (bis) à la technologie. Le rituel a été respecté, confirmation de l’ancrage dans la vie au jour le jour, de l’intensité du moment présent.

     

    Les enfants que je vois forts et confiants sont ceux qui ont grandi en faisant ce qu’on toujours fait les enfants : participer aux tâches ménagères, nourrir les animaux, aider dans le jardin, apprendre à acquérir des compétences pratiques…. Ce qui confère une sensation de pouvoir et de confiance en soi face au monde.  ( Starhawk, éco-féministe).

                                                         Un chrétien orthodoxe tient une palme devant les portes fermées de l’église du Saint-Sépulcre, le 12 avril à Jérusalem.

    En ces temps de grand trouble, le retour des valeurs traditionnelles. Le pape a occupé la une des journaux radio, ce qui n’était plus le cas depuis des lustres le jour de Pâques. Était-ce pour l’image insolite d’un pontife esseulé dans son église ou le besoin de spiritualité, d’élévation au-dessus des pensées confinées dans le désespoir ? Athées et croyants trancheront.

    J’ai rationné l’écoute des informations. Le télescopage des pubs fait sourire. Entraide et Fraternité appelle aux dons, habituellement récoltés dans les lieux du culte, hier clos. Suit la pub d’une grande surface, promotion de la viande d’agneau à un prix sacrifié.    

     

     

    Je préfère fabriquer mon information personnelle en établissant mes statistiques de mortalité et de diffusion de la pandémie dans le monde. Le pays le plus touché, en nombre de personnes infectées (nombre dépendant de la stratégie de dépistage) rapporté au chiffre de population,

    c’est la Suisse avec un taux de 0.29%, puis l’Italie, (0.26%) et la Belgique avec 0.24%.

    Les moins touchés, la Suède (0.10%) et l’Allemagne (0.15%).

    En pourcentage de décès comparé au nombre de personnes infectées, L’Italie (12.72%),  la Belgique (12.14%)  et l’Espagne (10.31%) affichent le pire.

    Les États-Unis (3.96%) et la Suisse (4.35%) ont les taux les plus bas.

    En fait, c'est la Grèce qui s'en tire le mieux avec 2170 cas  (0.2% de la population). Ils ont anticipé en annulant tous les carnavals en février et fermé les commerces le 10 mars sans avoir le moindre cas.

    La Belgique estime que le « bon » mode de calcul de la mortalité consiste à comparer nombre de cas et personnes décédées en hôpital, ce qui diminue le pourcentage de moitié. Chacun habille la statistique à sa façon. Le virus n’a pas attaqué partout en même temps; je veux simplement nuancer la formulation « le pays le plus touché. »Au-delà des chiffres, j’imagine (si peu) la détresse profonde de régions saturées par la pandémie.

     

     

     

                                                                                                        La vache : Photo Fatsah Bouyahmed

    Le soleil aspire vers l’extérieur. Les écrans sont en veille. Juste La vache, odyssée impayable d’un paysan algérien, promenant Jacqueline, une belle Tarentaise à cornes, de son bled au salon de l’agriculture à Paris. Joie de vivre, bonté innée, soutien spontané, réchauffent le cœur ankylosé.

     

                                                  L'Armée des Ombres : Affiche

                                                                Et ce soir, L'armée des ombres (FR3, 21h05), ou comment résister à l’oppresseur, avec cran, détermination et dignité. Du cinéma sobre, dense, porté par une distribution exceptionnelle (Signoret, Ventura, Meurisse, Cassel, Barbier, Crauchet, Reggiani). Un des meilleurs films sur la résistance française.   

    La chanson du jour m’est soufflée par un ami, musicien et peintre. Son trio a improvisé sur Bluesette, de Toots Thielemans. À défaut de leur composition, je vous propose la version originale.

     

               Confinez le mieux possible !


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    Ça fuse et ça diffuse de partout. Un besoin d'écrit. Je réagis à quelques informations et idées glanées ici et las.

    Je suis indigné, à l’annonce d’un premier procès en correctionnelle pour non respect des mesures de confinement. Un quidam a refusé d’obtempérer, s’est même « rebellé ». Il encourt trois mois de prison. Le procès pour l’exemple, par excellence. D’autres audiences similaires sont déjà prévues. Le parquet de Namur a même établi une procédure d’urgence. La justice reprend de la vitesse, passant de lente à expéditive, sans transition (d'actualité).

                                                       Statue de justice Banque d'images - 40656979

                                                         

      Relire Foucault, cité dans Le 1, à propos des mesures édictées pour se protéger de la peste.

    D’abord un quadrillage spatial : fermeture, bien entendu, de la ville et du « terroir », interdiction d’en sortir sous peine de vie, mise à mort de tous les animaux errants ; découpage de la ville en quartiers distincts, où on établit le pouvoir d’un intendant. Chaque rue est placée sous l’autorité d’un syndic ; il la surveille ; s’il la quittait, il serait puni de mort. Le jour désigné, on ordonne à chacun de se renfermer dans sa maison : défense d’en sortir sous peine de la vie.

     

     *Attention aux dérives, notamment en matière de vie privée. Plusieurs pays examinent la possibilité de traquer le virus en traçant les téléphones intelligents. Sachez que l’article 8 du règlement général de protections des données (européen) prévoit une exception à son application : les situations d’épidémie. Ouf ! L’adhésion à la télésurveillance serait volontaire ; le traçage serait temporaire et assorti de toutes les garanties voulues. N’empêche, la porte est ouverte à tous les abus. Pour en citer un : qui traite les données recueillies et que deviennent-elles après la période de traçage ?

    Les technologies numériques de communication sont très utiles mais elles sont vulnérables aussi. Témoin le piratage de l’application de visioconférence Zoom, dont l’usage a explosé avec le confinement. Les usagers disposent désormais d’une fonction Security qui évite l’intrusion d’images pornographiques  ou de menaces durant une soutenance de thèse ou un office religieux.

     

    Image                                     

                                                                                      *Il y a des bonnes nouvelles. L’Europe parle d’une même voix pour sauver l’économie. Un accord  incluant 500 milliards d’euros disponibles immédiatement et un fonds de relance à venir (+ les 750 milliards déjà lâchés par la BCE). Sauver qui ? Les grosses, les petites, les moyennes entreprises ?  Les patrons ? Les travailleurs ? C’est le moment, c’est l’instant, c’est urgentissime d’imposer des critères écologiques et sociaux à l'octroi du soutien financier de l'État.

    Un ami économiste cite Bruno Latour dans son journal du confinement. Il pense l'après et commence un questionnaire prospectif en posant deux questions simples  

    - Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas ?

    - Quelles sont les activités maintenant suspendues dont vous souhaiteriez qu’elles se développent ?   

         (Document complet : file:///C:/Users/USER/AppData/Local/Temp/bruno%20latour%20AOC-2.pdf)

    Ce serait formidable si nos gouvernants associaient la population à l’avènement d’un monde nouveau au lieu de reproduire l’ancien énergivore, inégalitaire, inhumain. Un bel exercice de démocratie directe. Nous avons notre mot à dire sur l’affectation des deniers publics, issus de nos impôts. Allons chers élus, de l’audace, de la hauteur, des perspectives. C’est ça ou rendre l’âme, l’esprit, le souffle, au cosmos rigolard.

     Merci Patron! : Affiche

    Hier, France 3 diffusait Merci patron, documentaire en forme de satire sociale, qui brocarde les agissements douteux d’un grand capitaine d’entreprise, Bernard Arnault, pilote de LVMH, le géant du luxe et de l'opulence. Le film de François Ruffin avait fait 300.000 entrées en France.      

    Dans la même foulée, quitte à remplir les grilles, aux côtés des comiques et des machines à sous, programmons des films à thème économique et social. Je suggère, sortis d’un trait de ma mémoire,

    Que les gros salaires lèvent le doigt   1982

    Sauf le respect que je vous dois    (2005)

    De bon matin (2011) 

    Ressources humaines   (1999)  

     

    Violence des échanges en milieu tempéré : Affiche Cylia Malki, Jean-Marc Moutout

    Violence des échanges en milieu tempéré   (2004) 

    The Company Men  (2011)  

    Margin Call  (2012)  

    La méthode  (2006)  

    Les Portes de la gloire : Affiche Benoît Poelvoorde, Christian Merret-Palmair

    Les portes de la gloire     (2001)

    Le couperet  (2005)     

    99 Homes  (2014)  

    Le capital (2012) 

     Ce que veulent les femmes     (2001)  Pour rire un peu

     

    **** La chanson du jour, atterrie en cours de vol. Elle provient de notre fille.  Moi qui cherchais un brin d’optimisme à cueillir sur le champ confiné de la morosité, je suis comblé. Et en plus ça marche. 

    Chantez, chantons, je chante ! Très bon pour les cellules du bonheur. Cliquez sur Zoupitizoup !

     

     

     

     

     

     


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    7h07. J’enfourche ma bécane. Mercredi, c’est le jour bihebdomadaire des journaux. Le coup de pédale est haché, je pousse du gros. Je me calme. Il n’y pas le feu au lac. Doucement, style coulé, à l’écoute des oiseaux en verve sous un soleil résolument printanier.

    Je descends à folle allure vers la Meuse. Le fleuve est calme. Le soleil nimbe les eaux lisses. Une dame âgée déambule sur le chemin de halage. Je lui fais signe. Elle répond de plusieurs gestes de la main, un mince sourire sur ses lèvres pincées.                

                                                     Meuse river in Huy, Belgium Banque d'images - 103500518

    Aucune voiture. Je cède le passage à un bus vide. Ah non, il y a un passager. Une personne à bord, c’est la moyenne des quatre transports en commun croisés en chemin. Première halte chez le libraire. Personne. Madame me dit que son neveu est très content de la suppression probable des examens; il est en classe terminale d’humanités. J’achète le dernier numéro (765) des Cahiers du cinéma de l’actuelle rédaction. Celle-ci a démissionné en bloc, refusant d’être dirigée par des financiers.

    Je continue vers le boulanger. Un petit croissant pour égayer les jours de réclusion volontaire. La radio marche à tue-tête. Le journaliste annonce la fin du jogging en journée à Paris. Je dis, histoire de dire quelque chose,

    - C’est bien pour vous ça, vous pourrez courir après votre journée.

    - Ah non, c’est à Paris…

    Je laisse tomber … la conversation.

                                               Panier de viennoiseries

    Les voitures sortent de leur tanière. Que des grosses cylindrées. L’une d’entre elles, d’un coup d’accélérateur rageur, dépasse les deux véhicules qui la précédent. Son conducteur est probablement en retard ou sur les nerfs confinés.

    En remontant vers ma base, je pense au déconfinement qui pointe le bout du museau. Les politiques sortent du bois, dans la presse écrite, à la radio. Un dirigeant libéral fusille les partisans du ralentissement économique.

    "La décroissance, c'est ce que nous vivons aujourd'hui... Résultat : récession et perte de richesse"

    «Il faut aider les banques à soutenir les entreprises », clame un dirigeant socialiste (belge).

    Chronique d’une mort annoncée : la transition écologique va passer à la trappe. Sébastien Bolher, explique clairement dans Le bug humain, pourquoi notre cerveau répugne à changer notre façon d’être et nous pousse à détruire la planète. En gros, parce que le cerveau ne conjugue qu’un temps : le présent.

    Le Bug humain      «Notre cerveau entrevoit l’avenir par bribes, mais il le perd de vue

                                                    dès qu’une perspective immédiatement alléchante se présente. » La capacité de changer dépend aussi de la confiance  en l’avenir. Nous préférons la récompense immédiate à une meilleure vie (incertaine) plus tard. C’est ce qu’on appelle la dévalorisation temporelle.

    Le retour à la normale (quelle normale ?) sera progressif. Les plus de 65 ans pourraient demeurer à domicile, trois, voire quatre mois. Aïe ! J’arrête de gamberger. Je me concentre sur mon deux-roues. Mon dérailleur déraille en montée.

    7h49, fin de la récré cycliste. Quarante deux minutes, je suis dans les temps recommandés, en-deçà de l’heure de sortie préconisée, à proximité de mon domicile, en ayant fait des achats utiles, gazettes et croissants. Non ?

    Et maintenant, (tiens ce sera peut-être la chanson du jour), que vais-je faire ?

                                                                                   Le Collier rouge : Photo François Cluzet

    Écrire ce que vous êtes en train de lire. Dire un mot de cinéma réduit au petit écran. Cela dit en passant, les salles seraient les dernières à rouvrir, classées en foyers de contagion. J’ai vu Le collier rouge, bon petit film sur les séquelles de la grande guerre. François Cluzet est parfait en officier, juge militaire, ayant à statuer sur un cas d’insulte à la nation proférée par un caporal médaillé un 14 juillet 1919. Le chien de l’accusé est sensationnel, l’histoire gentillette, les héros sont  fatigués. 

               Habemus Papam : affiche

    La courte durée du film me permet de revoir la fin d’Habemus Papam. L’élu par ses pairs (Saint-Père) cale au moment de saluer la foule au balcon. Il disparaît. Trop de responsabilité. Le cardinal Melville se fond dans la foule romaine. Sa psychanalyste attribue  cette dérobade à un manque de sécurité affective dans l’enfance.

    Constater que mon enfance difficile n’existait pas seulement dans mon imaginaire, cela devenait concret : une réalité dont j’avais à tenir compte mais qui ne m’empêchait plus d’avancer. (Lars Mytting, les seize arbres de la Somme)

    Je fourrage dans ma collection de la revue Positif. Les exemplaires sont empilés sur tranche dans une de nos bibliothèques. Septembre 2011.

                                                                                               

    En couverture, une photo de Melancholia, film de dépression et de fin du monde. En page 38, la critique du film de Nanni Moretti. Je cherche un éclairage sur le tournoi de volley-ball organisé afin de tuer le temps en attendant le retour de l’élu du conclave. Pas un mot sur la joute sportive, sauf à souligner l’incongruité de cardinaux tapant dans la balle sous les fenêtres papales.

    J’ai aussi enregistré Chair de poule (2016) en prévision de jours meilleurs, lorsque les petits-enfants reviendront séjourner chez nous. Je compte conserver l’enregistrement jusqu’à maturité des jeunes spectateurs. J’ai un doute sur l’impact potentiel de ce mélange de comédie et de frisson, adapté d’une série de livres à succès. Hésitation déplacée, puisque j'apprends que le film est recommandé à partir de six ans. Je dirais plutôt 7-8 ans. S’ils ont vu Harry Potter, évidemment, la question ne se pose pas… 

                Chair de Poule - Le film : Affiche

    Pensons aux lendemains qui chantent. Je laisse le dernier mot à l’équipe sortante des Cahiers du cinéma, un texte étonnant chez des critiques généralement considérés comme des intellos :

    Toutes les puissances du cinéma peuvent et doivent se déplier à partir de ce cœur qu’est l’amour. Ce sont des cercles successifs d’amour qui font qu’on aime un film. Le sentiment mis sur tout, l’attention à tout, à chaque détail, à la dialectique de l’ensemble, un tel amour du travail que certains en meurent à la tâche (Kubrick). L’art d’aimer ce qu’on fait et avec qui on le fait et pour qui on le fait. »

    Remplacez cinéma et travail par monde, ça garde du sens.

    Pensons aux lendemains qui chantent avec Sofiane Pamart, dans un registre inattendu (à écouter en boucle, effet assuré).

     

                                                                       Osons l’incertitude.

     


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    Certain commencent à penser l’après.

    Je pense au présent.

    Je lis un livre de Joyce Carol Oates, L’homme sans ombre. Une jeune neuropsychologue suit un patient devenu incapable de mémoriser de nouvelles informations plus de septante secondes. Sa vie se conjugue au présent éphémère. Subsiste des bribes de son passé.

                                                    L'homme sans ombre par Oates

        Quels souvenirs garderons-nous de cette période de réclusion volontaire ? Quelles habitudes nouvelles conserverons-nous ?

                                                    À chacun son album singulier de souvenirs.

    Pour les habitudes, le phénomène de la culture de salon pointe le bout du nez au détriment de la culture de sortie.

    Les Français regardent la télévision en moyenne 1h30 de plus par jour depuis la mi-mars. La Belgique ne fournit pas de chiffres, mais on peut supposer la même tendance. Ce sont surtout les 15-24 ans qui dopent l’audience. Les familles se recomposent autour du petit écran, adoré ensemble.

    Les abonnements aux plateformes payantes de films flambent. L’offre augmente. Disney + débarque en France le 7 avril. La date de lancement est maintenue, évidemment. Au programme 500 longs-métrages, 300 séries et 25 nouveautés.

                                                         Famille regarder la télévision sur le canapé à la maison Banque d'images - 99534219

    Chez nous, l’opérateur majeur de télécoms lance une 5G « light » dans trente communes, sans la moindre concertation. Plusieurs communes dénoncent ce coup de force, inquiètes de la pollution éléctromagnétique générée par le bombardement intensif d’ondes nocives. C’est très énervant d’entendre la phrase ritournelle dans les médias acquis aux bienfaits de la 5G : à ce jour aucune étude ne prouve la nocivité de cette technologie. Et j’ajoute : aucune étude ne prouve non plus son innocuité, tandis que les conclusions attestant des effets néfastes sur la santé s’accumulent.

    Proximus, l’opérateur indélicat, mise sur la soif de bande passante, décuplée en confinement, en vue de séduire un public désireux de télécharger des contenus (séries, films, documents) à grande vitesse. Toujours plus vite, toujours plus nocif.

    Culture de salon encouragée par l’excellente initiative de nombreux musées d’ouvrir leurs portes virtuelles. Le Louvre, fermé très tôt, connaît une belle fréquentation en ligne.

    Autre initiative bienvenue, les éditions du Seuil proposent  un livre par jour en accès libre.

    L’assignation à domicile inspire les pires et les meilleures initiatives. À nous de faire le tri, d’imaginer le bonheur futur de prendre le livre en mains, de visiter physiquement le musée balisé sur Internet ou de regagner la salle de cinéma, lieu irremplaçable d’aventures grandeur nature.

                                             

    Ah si j’avais pu voir 3h10 pour Yuma sur grand écran… Un western de 2007, ni passéiste, ni stéréotypé. Deux personnages forts, antinomiques, incarnent le désintéressement et la cupidité. Entre les deux, un adolescent cherche son héros : le père ou le voleur. Puissant.

    En guise de grands espaces, je vous propose d'écouter  Mozart, le concerto pour clarinette  en  A major, K. 622, l’adagio, à savourer en vous remémorant les images de Out of Africa.

       Out of Africa - Souvenirs d'Afrique : Photo          

     

                                                                                                 Out of Africa - Souvenirs d'Afrique : Photo Meryl Streep, Robert Redford


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    Jeudi 2 avril. Au fur et à mesure du confinement, j’ai acquis la notion du jour de la semaine en cours. Le flou a disparu. De nouveaux repères s’impriment dans le corps et l’esprit.

    Trop de jardinage, courbatures. Trop d’écran, douleurs dans la nuque.

    Mercredi, le jour de la descente à bicyclette chez le marchand de journaux. J’achète un livre, cadeau d’anniversaire à un ami. Je lui porte. Il est dans sa pièce télé. Il pianote sur son clavier posé sur les genoux. Nous nous parlons  à travers la fenêtre. Il a l’air fatigué. À bientôt !

                                                    La vie continue. Les journaux ont livré leur poisson d’avril comme si de rien n’était.

                                                    Les poissons d’avril parus dans les médias ce dimanche (vidéo)

    Construction d’un stade national de foot pour 2021 pour l’Euro, grâce à 30.000 travailleurs venus du Népal. La Belgique aura son match.

    Francophones et Flamands se déchirent sur le report du poisson d’avril. La question a été débattue au Conseil national de sécurité…

    La tradition survit tandis que la grille des chaînes TV évolue selon le public disponible entre ses quatre murs et jardin (option). Une  série grand public déloge les enquêtes morbides l’après-midi. Une famille formidable réunit une plus large audience, tout bon pour la publicité, en quête de créneaux rentables en période de disette. L’objectif est de limiter les pertes.

    Deux compagnies aériennes essaient également de se refaire. Elles proposent tous leurs vols à moins de quarante euros si vous réservez dès maintenant vos vacances de septembre. Mieux, l’offre vaut aussi pour les vols entre octobre et février prochains. Il est vrai que le prix du pétrole est tellement bas. Pour qu’il remonte, prédit un expert proche des producteurs d’or noir, il faut que les gens reprennent l’avion, recommencent à circuler et à travailler. Ben voyons...

     

    Dragons: Par delà les rives

    La vie continue disais-je. Skype avec enfants et petits-enfants, avec un ami confiné en Suisse. Deux de nos petits-enfants regardent régulièrement le dessin animé Dragon. Ils avaient découvert la créature lors d’un séjour chez nous. Sœur et frère y ont pris goût. Avec un reproche bien senti de l’aînée : « tu sais ce qu’on a vu chez toi,  c’est à partir de sept ans et demi. » Elle a une petite année de moins. Les parents accompagnent. Nos autres petits-enfants suivent Divergente, dont j’avais vu le  3 en 2016. Je viens de voir le premier à la télé.

                                          L'Enquête - The International : Photo Clive Owen, Naomi Watts Naomi et Clive

    Je picore à petites poussées répétée sur le clavier de la télécommande. Vingt dernières minutes d’un film inconnu, Dans la tourmente, un polar social, avec Mathilde Seigner, Clovis Cornillac, Yvan Attal, Céline Sallette. Je lis d’assez bonnes critiques ce matin. (Disponible en VOD, en boucle sur la chaîne Action). Ensuite, L'enquête, déjà vu (The International), que je revois avec délectation. Un duo d’enquêteurs téméraires traque une multinationale de la finance, impliquée  dans le trafic d’armes et le blanchiment d’argent. Le duo Naomi Watts/ Clive Owen est crédible. Armin Mueller-Stahl est impeccable en consultant sécurité de la banque (toujours sur Action, disponible en VOD).

                                                              Villa Médicis

    La communication à distance  était aux abonnés absents hier. J’ai donc regardé L'indomptée sur le site d’Arte (jusqu’au 30 avril). La réalisatrice puise dans le  souvenir d’un séjour personne à la villa Médicis, propriété de la France à Rome, dédiée aux artistes soucieux de se perfectionner un an loin de leurs bases. Un an hors du temps, dans une communauté restreinte, à côtoyer les sculptures monumentales, à flâner dans des jardins luxuriants, à attendre l’inspiration parmi les fantômes des pensionnaires de cette villa somptueuse, ouverte aux créateurs depuis 1666. J’ai apprécié les ambiances oniriques et découvert une jeune actrice belge volcanique, Jenna Thiam.

                                                L'Indomptée : Photo Jenna Thiam

    Un titre de journal interroge : y aura-t-il pénurie de séries à la rentrée ? Déjà que la sortie de 5.000 nouveautés en librairie a été reportée, nous n’aurions plus de quoi nous accrocher au petit écran (TV ou PC) ? Je me sens peu concerné.  Gamin puis ado, je suivais quelques héros . Le saint avec Roger Moore, Chapeau Melon et bottes de cuir,  Le prisonnier, toujours le lundi soir.

    Plus récent ( encore que...), Borgen, In Treatment et Homeland (trois saisons). Top of the Lake aussi, sur Arte, de Jane Campion. Black Mirror, un peu. Ces deux dernières séries figurent parmi les vingt-cinq suites des années 2010, recensées dans un excellent dossier de La septième obsession  (n°27). Je n’ai vu aucun épisode des vingt-trois autres. Honte sur moi puisque, paraît-il, l’audience des séries augmente alors que le cinéma à la télé régresse (Netflix 167 millions d'abonnés, Prime Video 150 millions, en attendant Disney + Europe, déjà 24 millions de fidèles aux USA). 

    La Septième Obsession N°27

    La jeune revue impute ce succès à l’étalement de l’intrigue sur une dizaine d’heures ;  les scénaristes travaillent sur une multitude points de vue. Les séries sont percutantes car elles doivent séduire rapidement le spectateur et le tenir en haleine. Enfin, les séries ont investi  le champ politique (House of Cards, par ex.) et mettent notre démocratie sur la sellette. Elles déboulonnent aussi les magnats de la presse, comme dans le passionnant  The Loudest Voice, sur le fondateur de Fox News, porte-voix de Trump et de l'Amérique conservatrice ( vu en streaming, sur le conseil d’un ami féru du genre).

    Les Narcisse             

                                          Une constante, que ce soit au cinéma ou en feuilletons, il y a toujours des personnalités narcissiques, grandioses, vulnérables ou perverses, selon la terminologie médicale. Trump est un narcissique grandiose, qui l’eût cru. Les pervers sont les plus vicieux, stratèges et calculateurs,  prédateurs dénués de la moindre empathie envers autrui.  J’ai puisé ces caractéristiques dans une ouvrage très bien documenté et ancré dans l’actualité de Marie-France Hirigoyen, Les Narcisse (Pocket 17737). L’auteure cite notamment deux psychologues américains ; ils comparent  l’origine du narcissisme à un tabouret à quatre pieds.

    1/ Une origine développementale liées à une éducation permissive où chacun apprend à prendre sa place sans se soucier des autres

    2/ La culture de la célébrité instantanée

    3/ Internet et les réseaux sociaux

    4/ La consommation et l’argent facile pouvant amener à croire que tous les rêves  peuvent devenir réalité.

     

    Voilà de quoi animer vos discussions confinées.

    La chanson du jour : une promesse d’heures meilleures Over The Rainbow (bis).

     

    Sous moi, dans la terre, ça poussait. Soleil, eau et terreau, un processus aussi infini que le décompte des étoiles.

                         (Les seize arbres de la Somme,Lars Mytting, Babel 1649) Les seize arbres de la Somme par Mytting

     

     

     


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