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    7h07. J’enfourche ma bécane. Mercredi, c’est le jour bihebdomadaire des journaux. Le coup de pédale est haché, je pousse du gros. Je me calme. Il n’y pas le feu au lac. Doucement, style coulé, à l’écoute des oiseaux en verve sous un soleil résolument printanier.

    Je descends à folle allure vers la Meuse. Le fleuve est calme. Le soleil nimbe les eaux lisses. Une dame âgée déambule sur le chemin de halage. Je lui fais signe. Elle répond de plusieurs gestes de la main, un mince sourire sur ses lèvres pincées.                

                                                     Meuse river in Huy, Belgium Banque d'images - 103500518

    Aucune voiture. Je cède le passage à un bus vide. Ah non, il y a un passager. Une personne à bord, c’est la moyenne des quatre transports en commun croisés en chemin. Première halte chez le libraire. Personne. Madame me dit que son neveu est très content de la suppression probable des examens; il est en classe terminale d’humanités. J’achète le dernier numéro (765) des Cahiers du cinéma de l’actuelle rédaction. Celle-ci a démissionné en bloc, refusant d’être dirigée par des financiers.

    Je continue vers le boulanger. Un petit croissant pour égayer les jours de réclusion volontaire. La radio marche à tue-tête. Le journaliste annonce la fin du jogging en journée à Paris. Je dis, histoire de dire quelque chose,

    - C’est bien pour vous ça, vous pourrez courir après votre journée.

    - Ah non, c’est à Paris…

    Je laisse tomber … la conversation.

                                               Panier de viennoiseries

    Les voitures sortent de leur tanière. Que des grosses cylindrées. L’une d’entre elles, d’un coup d’accélérateur rageur, dépasse les deux véhicules qui la précédent. Son conducteur est probablement en retard ou sur les nerfs confinés.

    En remontant vers ma base, je pense au déconfinement qui pointe le bout du museau. Les politiques sortent du bois, dans la presse écrite, à la radio. Un dirigeant libéral fusille les partisans du ralentissement économique.

    "La décroissance, c'est ce que nous vivons aujourd'hui... Résultat : récession et perte de richesse"

    «Il faut aider les banques à soutenir les entreprises », clame un dirigeant socialiste (belge).

    Chronique d’une mort annoncée : la transition écologique va passer à la trappe. Sébastien Bolher, explique clairement dans Le bug humain, pourquoi notre cerveau répugne à changer notre façon d’être et nous pousse à détruire la planète. En gros, parce que le cerveau ne conjugue qu’un temps : le présent.

    Le Bug humain      «Notre cerveau entrevoit l’avenir par bribes, mais il le perd de vue

                                                    dès qu’une perspective immédiatement alléchante se présente. » La capacité de changer dépend aussi de la confiance  en l’avenir. Nous préférons la récompense immédiate à une meilleure vie (incertaine) plus tard. C’est ce qu’on appelle la dévalorisation temporelle.

    Le retour à la normale (quelle normale ?) sera progressif. Les plus de 65 ans pourraient demeurer à domicile, trois, voire quatre mois. Aïe ! J’arrête de gamberger. Je me concentre sur mon deux-roues. Mon dérailleur déraille en montée.

    7h49, fin de la récré cycliste. Quarante deux minutes, je suis dans les temps recommandés, en-deçà de l’heure de sortie préconisée, à proximité de mon domicile, en ayant fait des achats utiles, gazettes et croissants. Non ?

    Et maintenant, (tiens ce sera peut-être la chanson du jour), que vais-je faire ?

                                                                                   Le Collier rouge : Photo François Cluzet

    Écrire ce que vous êtes en train de lire. Dire un mot de cinéma réduit au petit écran. Cela dit en passant, les salles seraient les dernières à rouvrir, classées en foyers de contagion. J’ai vu Le collier rouge, bon petit film sur les séquelles de la grande guerre. François Cluzet est parfait en officier, juge militaire, ayant à statuer sur un cas d’insulte à la nation proférée par un caporal médaillé un 14 juillet 1919. Le chien de l’accusé est sensationnel, l’histoire gentillette, les héros sont  fatigués. 

               Habemus Papam : affiche

    La courte durée du film me permet de revoir la fin d’Habemus Papam. L’élu par ses pairs (Saint-Père) cale au moment de saluer la foule au balcon. Il disparaît. Trop de responsabilité. Le cardinal Melville se fond dans la foule romaine. Sa psychanalyste attribue  cette dérobade à un manque de sécurité affective dans l’enfance.

    Constater que mon enfance difficile n’existait pas seulement dans mon imaginaire, cela devenait concret : une réalité dont j’avais à tenir compte mais qui ne m’empêchait plus d’avancer. (Lars Mytting, les seize arbres de la Somme)

    Je fourrage dans ma collection de la revue Positif. Les exemplaires sont empilés sur tranche dans une de nos bibliothèques. Septembre 2011.

                                                                                               

    En couverture, une photo de Melancholia, film de dépression et de fin du monde. En page 38, la critique du film de Nanni Moretti. Je cherche un éclairage sur le tournoi de volley-ball organisé afin de tuer le temps en attendant le retour de l’élu du conclave. Pas un mot sur la joute sportive, sauf à souligner l’incongruité de cardinaux tapant dans la balle sous les fenêtres papales.

    J’ai aussi enregistré Chair de poule (2016) en prévision de jours meilleurs, lorsque les petits-enfants reviendront séjourner chez nous. Je compte conserver l’enregistrement jusqu’à maturité des jeunes spectateurs. J’ai un doute sur l’impact potentiel de ce mélange de comédie et de frisson, adapté d’une série de livres à succès. Hésitation déplacée, puisque j'apprends que le film est recommandé à partir de six ans. Je dirais plutôt 7-8 ans. S’ils ont vu Harry Potter, évidemment, la question ne se pose pas… 

                Chair de Poule - Le film : Affiche

    Pensons aux lendemains qui chantent. Je laisse le dernier mot à l’équipe sortante des Cahiers du cinéma, un texte étonnant chez des critiques généralement considérés comme des intellos :

    Toutes les puissances du cinéma peuvent et doivent se déplier à partir de ce cœur qu’est l’amour. Ce sont des cercles successifs d’amour qui font qu’on aime un film. Le sentiment mis sur tout, l’attention à tout, à chaque détail, à la dialectique de l’ensemble, un tel amour du travail que certains en meurent à la tâche (Kubrick). L’art d’aimer ce qu’on fait et avec qui on le fait et pour qui on le fait. »

    Remplacez cinéma et travail par monde, ça garde du sens.

    Pensons aux lendemains qui chantent avec Sofiane Pamart, dans un registre inattendu (à écouter en boucle, effet assuré).

     

                                                                       Osons l’incertitude.

     


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    Certain commencent à penser l’après.

    Je pense au présent.

    Je lis un livre de Joyce Carol Oates, L’homme sans ombre. Une jeune neuropsychologue suit un patient devenu incapable de mémoriser de nouvelles informations plus de septante secondes. Sa vie se conjugue au présent éphémère. Subsiste des bribes de son passé.

                                                    L'homme sans ombre par Oates

        Quels souvenirs garderons-nous de cette période de réclusion volontaire ? Quelles habitudes nouvelles conserverons-nous ?

                                                    À chacun son album singulier de souvenirs.

    Pour les habitudes, le phénomène de la culture de salon pointe le bout du nez au détriment de la culture de sortie.

    Les Français regardent la télévision en moyenne 1h30 de plus par jour depuis la mi-mars. La Belgique ne fournit pas de chiffres, mais on peut supposer la même tendance. Ce sont surtout les 15-24 ans qui dopent l’audience. Les familles se recomposent autour du petit écran, adoré ensemble.

    Les abonnements aux plateformes payantes de films flambent. L’offre augmente. Disney + débarque en France le 7 avril. La date de lancement est maintenue, évidemment. Au programme 500 longs-métrages, 300 séries et 25 nouveautés.

                                                         Famille regarder la télévision sur le canapé à la maison Banque d'images - 99534219

    Chez nous, l’opérateur majeur de télécoms lance une 5G « light » dans trente communes, sans la moindre concertation. Plusieurs communes dénoncent ce coup de force, inquiètes de la pollution éléctromagnétique générée par le bombardement intensif d’ondes nocives. C’est très énervant d’entendre la phrase ritournelle dans les médias acquis aux bienfaits de la 5G : à ce jour aucune étude ne prouve la nocivité de cette technologie. Et j’ajoute : aucune étude ne prouve non plus son innocuité, tandis que les conclusions attestant des effets néfastes sur la santé s’accumulent.

    Proximus, l’opérateur indélicat, mise sur la soif de bande passante, décuplée en confinement, en vue de séduire un public désireux de télécharger des contenus (séries, films, documents) à grande vitesse. Toujours plus vite, toujours plus nocif.

    Culture de salon encouragée par l’excellente initiative de nombreux musées d’ouvrir leurs portes virtuelles. Le Louvre, fermé très tôt, connaît une belle fréquentation en ligne.

    Autre initiative bienvenue, les éditions du Seuil proposent  un livre par jour en accès libre.

    L’assignation à domicile inspire les pires et les meilleures initiatives. À nous de faire le tri, d’imaginer le bonheur futur de prendre le livre en mains, de visiter physiquement le musée balisé sur Internet ou de regagner la salle de cinéma, lieu irremplaçable d’aventures grandeur nature.

                                             

    Ah si j’avais pu voir 3h10 pour Yuma sur grand écran… Un western de 2007, ni passéiste, ni stéréotypé. Deux personnages forts, antinomiques, incarnent le désintéressement et la cupidité. Entre les deux, un adolescent cherche son héros : le père ou le voleur. Puissant.

    En guise de grands espaces, je vous propose d'écouter  Mozart, le concerto pour clarinette  en  A major, K. 622, l’adagio, à savourer en vous remémorant les images de Out of Africa.

       Out of Africa - Souvenirs d'Afrique : Photo          

     

                                                                                                 Out of Africa - Souvenirs d'Afrique : Photo Meryl Streep, Robert Redford


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    Jeudi 2 avril. Au fur et à mesure du confinement, j’ai acquis la notion du jour de la semaine en cours. Le flou a disparu. De nouveaux repères s’impriment dans le corps et l’esprit.

    Trop de jardinage, courbatures. Trop d’écran, douleurs dans la nuque.

    Mercredi, le jour de la descente à bicyclette chez le marchand de journaux. J’achète un livre, cadeau d’anniversaire à un ami. Je lui porte. Il est dans sa pièce télé. Il pianote sur son clavier posé sur les genoux. Nous nous parlons  à travers la fenêtre. Il a l’air fatigué. À bientôt !

                                                    La vie continue. Les journaux ont livré leur poisson d’avril comme si de rien n’était.

                                                    Les poissons d’avril parus dans les médias ce dimanche (vidéo)

    Construction d’un stade national de foot pour 2021 pour l’Euro, grâce à 30.000 travailleurs venus du Népal. La Belgique aura son match.

    Francophones et Flamands se déchirent sur le report du poisson d’avril. La question a été débattue au Conseil national de sécurité…

    La tradition survit tandis que la grille des chaînes TV évolue selon le public disponible entre ses quatre murs et jardin (option). Une  série grand public déloge les enquêtes morbides l’après-midi. Une famille formidable réunit une plus large audience, tout bon pour la publicité, en quête de créneaux rentables en période de disette. L’objectif est de limiter les pertes.

    Deux compagnies aériennes essaient également de se refaire. Elles proposent tous leurs vols à moins de quarante euros si vous réservez dès maintenant vos vacances de septembre. Mieux, l’offre vaut aussi pour les vols entre octobre et février prochains. Il est vrai que le prix du pétrole est tellement bas. Pour qu’il remonte, prédit un expert proche des producteurs d’or noir, il faut que les gens reprennent l’avion, recommencent à circuler et à travailler. Ben voyons...

     

    Dragons: Par delà les rives

    La vie continue disais-je. Skype avec enfants et petits-enfants, avec un ami confiné en Suisse. Deux de nos petits-enfants regardent régulièrement le dessin animé Dragon. Ils avaient découvert la créature lors d’un séjour chez nous. Sœur et frère y ont pris goût. Avec un reproche bien senti de l’aînée : « tu sais ce qu’on a vu chez toi,  c’est à partir de sept ans et demi. » Elle a une petite année de moins. Les parents accompagnent. Nos autres petits-enfants suivent Divergente, dont j’avais vu le  3 en 2016. Je viens de voir le premier à la télé.

                                          L'Enquête - The International : Photo Clive Owen, Naomi Watts Naomi et Clive

    Je picore à petites poussées répétée sur le clavier de la télécommande. Vingt dernières minutes d’un film inconnu, Dans la tourmente, un polar social, avec Mathilde Seigner, Clovis Cornillac, Yvan Attal, Céline Sallette. Je lis d’assez bonnes critiques ce matin. (Disponible en VOD, en boucle sur la chaîne Action). Ensuite, L'enquête, déjà vu (The International), que je revois avec délectation. Un duo d’enquêteurs téméraires traque une multinationale de la finance, impliquée  dans le trafic d’armes et le blanchiment d’argent. Le duo Naomi Watts/ Clive Owen est crédible. Armin Mueller-Stahl est impeccable en consultant sécurité de la banque (toujours sur Action, disponible en VOD).

                                                              Villa Médicis

    La communication à distance  était aux abonnés absents hier. J’ai donc regardé L'indomptée sur le site d’Arte (jusqu’au 30 avril). La réalisatrice puise dans le  souvenir d’un séjour personne à la villa Médicis, propriété de la France à Rome, dédiée aux artistes soucieux de se perfectionner un an loin de leurs bases. Un an hors du temps, dans une communauté restreinte, à côtoyer les sculptures monumentales, à flâner dans des jardins luxuriants, à attendre l’inspiration parmi les fantômes des pensionnaires de cette villa somptueuse, ouverte aux créateurs depuis 1666. J’ai apprécié les ambiances oniriques et découvert une jeune actrice belge volcanique, Jenna Thiam.

                                                L'Indomptée : Photo Jenna Thiam

    Un titre de journal interroge : y aura-t-il pénurie de séries à la rentrée ? Déjà que la sortie de 5.000 nouveautés en librairie a été reportée, nous n’aurions plus de quoi nous accrocher au petit écran (TV ou PC) ? Je me sens peu concerné.  Gamin puis ado, je suivais quelques héros . Le saint avec Roger Moore, Chapeau Melon et bottes de cuir,  Le prisonnier, toujours le lundi soir.

    Plus récent ( encore que...), Borgen, In Treatment et Homeland (trois saisons). Top of the Lake aussi, sur Arte, de Jane Campion. Black Mirror, un peu. Ces deux dernières séries figurent parmi les vingt-cinq suites des années 2010, recensées dans un excellent dossier de La septième obsession  (n°27). Je n’ai vu aucun épisode des vingt-trois autres. Honte sur moi puisque, paraît-il, l’audience des séries augmente alors que le cinéma à la télé régresse (Netflix 167 millions d'abonnés, Prime Video 150 millions, en attendant Disney + Europe, déjà 24 millions de fidèles aux USA). 

    La Septième Obsession N°27

    La jeune revue impute ce succès à l’étalement de l’intrigue sur une dizaine d’heures ;  les scénaristes travaillent sur une multitude points de vue. Les séries sont percutantes car elles doivent séduire rapidement le spectateur et le tenir en haleine. Enfin, les séries ont investi  le champ politique (House of Cards, par ex.) et mettent notre démocratie sur la sellette. Elles déboulonnent aussi les magnats de la presse, comme dans le passionnant  The Loudest Voice, sur le fondateur de Fox News, porte-voix de Trump et de l'Amérique conservatrice ( vu en streaming, sur le conseil d’un ami féru du genre).

    Les Narcisse             

                                          Une constante, que ce soit au cinéma ou en feuilletons, il y a toujours des personnalités narcissiques, grandioses, vulnérables ou perverses, selon la terminologie médicale. Trump est un narcissique grandiose, qui l’eût cru. Les pervers sont les plus vicieux, stratèges et calculateurs,  prédateurs dénués de la moindre empathie envers autrui.  J’ai puisé ces caractéristiques dans une ouvrage très bien documenté et ancré dans l’actualité de Marie-France Hirigoyen, Les Narcisse (Pocket 17737). L’auteure cite notamment deux psychologues américains ; ils comparent  l’origine du narcissisme à un tabouret à quatre pieds.

    1/ Une origine développementale liées à une éducation permissive où chacun apprend à prendre sa place sans se soucier des autres

    2/ La culture de la célébrité instantanée

    3/ Internet et les réseaux sociaux

    4/ La consommation et l’argent facile pouvant amener à croire que tous les rêves  peuvent devenir réalité.

     

    Voilà de quoi animer vos discussions confinées.

    La chanson du jour : une promesse d’heures meilleures Over The Rainbow (bis).

     

    Sous moi, dans la terre, ça poussait. Soleil, eau et terreau, un processus aussi infini que le décompte des étoiles.

                         (Les seize arbres de la Somme,Lars Mytting, Babel 1649) Les seize arbres de la Somme par Mytting

     

     

     


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    J’ai vu le dixième et dernier épisode de la série Jordskott, la forêt des disparus. J’ai appris entretemps qu’une deuxième saison avait vu le jour, après le succès de la première. Un flop. Normal. C’est trop noir, trop long, trop (é) tiré par les cheveux. J’ai regardé un épisode par jour, puis les quatre derniers sur deux jours. L’instinct maternel est montré à son paroxysme, dément, démesuré, meurtrier. C’est l’axe principal de cette mi-saga qui puise abondamment dans la mythologie suédoise.

                                                        Photo

    Je retiens aussi quelques thèmes, en écho de la pandémie actuelle.

     « Nous devons affronter une maladie jamais vue auparavant.» La nature blessée châtie l’homme : les esprits de la forêt meurtrie reprennent une vie pour une vie.

    La fin justifie les moyens. Les protecteurs des créatures de la forêt utilisent des méthodes peu recommandables de même que les âpres au gain. Nos dirigeants sont très soucieux de rassurer, d’assurer l’après. Les citoyens ont peur de la maladie, du chômage, de la faillite.  Les gouvernements s’apprêtent à inonder l’économie et l’hôpital sous une pluie de milliards.

    Bruno Cautrès, chercheur en sciences politiques observe que "La gestion de la peur est devenue une donnée presque permanente de l'action politique…

    … La légitimité du pouvoir, les mécanismes de sa légitimation, le consentement à l'autorité sont d'ailleurs parmi les domaines de l'analyse politique les plus essentiels ; ils concernent à un titre ou à un autre la gestion de la peur et de la crainte.  (JDD en ligne du 28 mars 2020)

     

                                                                                   Les débats s’annoncent houleux entre les partisans de l’orthodoxie budgétaire et les défenseurs de l'assouplissement des normes. L’échec  des négociations entre la grande distribution et ses employés sur les conditions de travail en période de pandémie prouve que chacun continue à défendre ses propres intérêts. Des arrêts de travail sont prévisibles dans les supermarchés en Belgique.  

    La CGT services publics en France a déposé un préavis de grève pour avril.

    Les ambulants attaquent l’État français sur sa décision de supprimer les marchés en plein air. Çà promet. Nous devrons attendre l’amortissement de la crise pour poser les jalons d’un changement de consommation et de production. C’est le moment de revoir La crise et La belle verte de Coline Serreau. L'industrie numérique profite des circonstances pour pousser ses pions : traçage des individus, récolte de données médicales via smartphone, sous couvert de santé publique. Confidentialité assurée. À vérifier.

     

    Les télés adaptent leurs programmes. Elles les saupoudrent d’humour et de légèreté. La trilogie La septième compagnie envahit les cases. De Funès a rejoint la troupe, Bébel, aussi. J’ai enregistré Nous irons tous au paradis. Et si je regardais plutôt Alexandre le bienheureux,  une valeur sûre, un message clair. Tiens, ce sont deux films d’Yves Robert. Des émissions de variété long format nous ramène aux années 70 ou aux années disco. Si on s’endort devant le poste, on appuie sur la touche enregistrer.

     

            Nous irons tous au paradis : affiche                    La belle verte : Affiche Coline Serreau                         Alexandre le Bienheureux : Affiche

     

    De toute façon, on a le temps de regarder après. Le silence a colonisé la voirie. Moins de bruits, place aux sensations et aux perceptions réanimées. La tension derrière le sourire de la boulangère, l’ambiance pesante d’un magasin désert, l’humour du maraîcher, l’envie de parler dans une file espacée. Le regard fuyant de certains, le bonjour joyeux de mines sereines.

    Le ralentissement gagne du terrain. Il était nécessaire, mais que c’est cher payé.

    « Le virus s'impose à une vitesse exactement proportionnée à l'intensité des échanges et circulations auxquels nous nous sommes désormais habitués. Le philosophe Laurent  Bibard ajoute : nos croyances les plus enracinées en les vertus et l'inévitabilité de la mondialisation sont battues en brèche » (JDD en ligne du 28 mars 2020).

    Il nous faudra digérer la potion ingurgitée de force. Des universités et des cinéastes recueillent le témoignage de volontaires. Gabriele Salvatores tourne un documentaire collectif  Viaggio in Italia, en coproduction avec la RAI, télévision de service public italienne. L’idée est de dresser un tableau polyphonique de l'expérience que nous sommes en train de vivre

    Forza Italia !

     

    La chanson du jour, en deux moutures,      Elton John - Elton John.jpg

     

    My gift is my song and this one's for you. (Mon cadeau est ma chanson et celle-ci est pour toi).

    une douce

    une entraînante .

    Choisissez ou alternez.

    Difficile de connaître la joie si on n’a pas éprouvé la tristesse

     

     

     


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    Écrire représente une demande de contact et un espoir de compréhension  (Nancy Huston)

     

                                                    Gros plan faible angle de vue d'un homme d'affaires dans un costume de signer un document avec un stylo-plume comme il ferme une affaire ou finalise un contrat ou d'un accord Banque d'images - 25651206

    Un papier tous les trois jours, tiendrais-je ? « Papier », jargon d’un ancien journaliste débutant en 1976.

    Des amis m’incitent à saisir mon clavier. Des notes économiques et démographiques sur la pandémie ; un journal baptisé « dérisoire », j’apprends énormément. Ainsi, au stade actuel de la pandémie, je sais qu’elle n’aura aucune incidence sur la démographie. Le journal inattendu de l'autre écrivain réveille des souvenirs de jeunesse. L’ensemble peuple mon stage d’ermite.

     

    Je serai court pour parler de longs –métrages, la vocation première (plus la seule) de ce blog. Hier soir, pléthore de films. J’ai enregistré La chambre bleue  que vous pouvez voir le 10 avril à 1 :45 L’adaptation d’un roman de Simenon méconnu, très sensuel, avec Mathieu Amalric derrière et devant la caméra. C’est court, très cru, monté en alternance. Le comédien-réalisateur a tourné avec sa compagne de l’époque le versant infidélité, trop dénudé. Qu’aurait pensé Simenon ?

    Ce que j'en pense, moi : rien de bon  (27 mars)

     

    Smilla

                                             J’ai commencé à regarder Smila (disponible en VOD) adapté du roman de Peter Hoeg, que je ne connaissais pas. Une distribution de choix (Julia Olmond, Vanessa Redgrave, Gabriel Byrne, Richard Harris), une héroïne métissée Inuit/Danoise, un réalisateur, Bille August palmé ( Cannes,1988, Pelle le conquérant) ont piqué ma curiosité. Le début est prometteur, le rythme lent. Je sens pointer un désastre écologique. Bien durant une heure et demi, dernière demi heure décevante. (27 mars)

    J’ai décidément un faible pour les auteurs scandinaves. J’ai vu la moitié de la série suédoise Jordskott, la forêt des disparus. La nature envoie un message. Les esprits de la forêt réclament une vie pour une vie. Ils enlèvent des enfants afin de dissuader l’homme de déboiser et de contaminer les eaux qui abreuvent les racines d’arbres séculaires. Plusieurs femmes incarnent différents visages de l’instinct maternel. Il y a du complot dans l’air. C’est lent comme Smila, intrigant tous deux. Visible sur Arte Tv jusqu’au 30 mai.

     

                                                                        Les Enquêtes du Département V : Miséricorde : Affiche

    J’allais oublier un troisième enregistrement nordique (sur le conseil de notre fils), la première enquête du Département V , Miséricorde, inspiré de la série (six volumes) de Jussi Adler-Olsen, parue en Livre de poche. Les quatre films sont disponibles en VOD. Ils sont déjà passés sur Canal Plus. La télé linéaire prend le relais. Je me souviens maintenant avoir vu Miséricorde en vision de presse en 2013. Du solide, des tripes, du politique. Visible sur ici

    Pourquoi tant de polars? Parce qu'on ne connaît pas la fin.

    Et puisque je parle de VOD, sachez que la  Fédération Wallonie-Bruxelles et le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel ont décidé d’accompagner les sorties de films belges sous forme virtuelle (e-cinema) pour permettre à un maximum de personnes de découvrir ces films chez soi.

     

                                                      https://audiovisuel.cfwb.be/fileadmin/_processed_/9/3/csm_Le-cinema-belge-a-la-maison_cc810e3515.jpg

    Le site lecinemabelgealamaison.be reprend les plateformes proposant les  films, et recense également  les plateformes (Auvio (RTBF), Proximus, Voo, Universciné ou Uncut) qui  proposent du cinéma belge.

     

    Voilà tout en ce huitième jour de confinement…Ai-je été court ? Long cours, pas trop longue j'espère, notre assignation à résidence. Heureusement, le soleil est toujours là; visionnez plutôt en fin de journée.

    Encore un mot : le cinéma nous manque beaucoup. Un coup de fil me renvoie quelques semaines en arrière. Une connaissance me parle de cinq séances vécues avant l’extinction des projecteurs. Les ayant vus aussi, nous avons comparé nos impressions. Il y a toujours quelque chose en nous de la magie des salles obscures.

    Et voici que se pointe Johnny… Place à la chanson. 

                        On a tous -
    Quelque chose en nous de Tennessee
    Cette volonté de prolonger la nuit
    Ce désir fou de vivre une autre vie
    Ce rêve en nous avec ses mots à lui

     

                                                                  Portez-vous bien.


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