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    El Reino : Affiche   

    L’Espagne vote anticipativement le 28 avril pour renouveler la chambre. En décembre dernier, le parti d’extrême droite Vox s’est hissé sur les travées du parlement régional andalou. Les Espagnols testent des alternatives au système traditionnel huilé depuis des décennies. Après Podemos, issu du mouvement des Indignés en 2014, l’électeur adoube un parti aux relents franquistes. La vision d'El Reino a probablement conforté les Espagnols dans le rejet d’un système corrompu jusqu’à la moelle.  

    « Le pouvoir protège le pouvoir », c’est bien connu. Qui protège encore Manuel Lopez Vidal ? Pas grand monde. Rodrigo Sorogoyen suit  la descente aux enfers d’un cacique  mouillé dans des magouilles indignes d’un représentant du peuple. Manuel n’est pas du sérail, il est le fusible idéal cramé sur le compteur du parti. Il n’a pas fait d'études, mais il croit tenir tout le monde. Gros péché d’orgueil.

    Le vice-président régional va se débattre comme un beau diable pour se sortir du pétrin en y enfonçant ses ex-amis politiques.  Quelle énergie, quelle tension, noyées dans un flux de manipulations croisées. On a du mal à suivre une logorrhée proportionnelle à l’urgence. La justice sur les talons, le politicien véreux abat ses cartes rageusement, avec ses tripes, oubliant de penser et de réfléchir.

                                                El Reino : Photo

    D’ailleurs, pourquoi faites-vous de la politique?, lance la cheffe à la tête des magouilleurs déconfits. La question reste en l’air, les réponses embarrassées sont minables.Ces hommes marchent au pognon et au pouvoir frelaté. Le parti entend se racheter un belle conduite, son nouveau secrétaire général provient de la magistrature. L'heure du grand nettoyage a sonné.

    Le film plébiscité en Espagne déroule le point de vue d’un sale type (pas plus qu’un autre), c’est son principal intérêt. On n’éprouve nulle empathie à l’égard du meneur d’une clique méprisable, mais on a envie de savoir jusqu’où la bête traquée peut aller pour sauver sa peau et de voir quels moyens les chasseurs déploient pour terrasser la brebis galeuse.

    Plutôt démoralisant.

                                                  El Reino : Photo

     


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    Le pire et le meilleur résident en l’homme. Les oiseaux de passage montrent le pire. Pourtant, cette histoire tournée en quasi légende, commence par une fascinante danse d’accouplement, tout en voile rouge gonflé par les vents du désert aride de Colombie. Le prétendant d’un clan moins huppé que les indiens Wayuu conquiert haut la main de Zaïda en réunissant la dote insensée requise pour évincer ce berger de condition modeste.

                                                  Les Oiseaux de passage : Photo José Acosta, Natalia Reyes

    La matriarche s’incline à contrecœur, convaincue que cette union déplaira aux esprits. Ursula fait parler les rêves et connaît la symbolique des oiseaux de mauvais augure. Nous sommes en 1961, la déliquescence des traditions Wayuu a commencé. En vingt ans, les codes moraux sont réduits à néant par le trafic de « l’herbe sauvage », vendue par tonnes aux gringos. Le gendre maudit a montré la voie en souillant la terre sacrée, initiant un premier convoi de marijuana pour payer la dot de Zaïda. Ursula suit le mouvement, au détriment de ses valeurs. L’argent facile corrompt et rompt le contact avec les esprits.

    Les rêves, preuves de l’existence de l’âme, ne parlent plus. La violence détruit la parole donnée. Place au western, colt à la ceinture, avec ou sans holster. On assiste à la naissance d’une stature mafieuse, sanguinaire et cupide. C’est ainsi que naquirent les cartels de la drogue. Les chefs de clans ont en commun un souci de protection de leur progéniture qui les mènera à la tragédie.

                                        Les Oiseaux de passage : Photo Carmiña Martínez

    Le respect, c’est l’honneur. Et l’honneur, c’est la parole. La rivalité entre clans ravage ce mantra. L’approche ethnologique cède le pas au classique film de narcotrafiquants, augmenté d’une touche de cosmogonie,qui confère aux oiseaux de passage un caractère sidérant. Les coutumes Wayuu appartiennent à un monde impénétrable, mélange de réalisme magique et  d’animisme.

    La singularité d'un voyage insolite dans un passé pas si lointain, mené par deux artistes du cru, vous tient jusqu’au bout de cette chronique de mort annoncée. J’ai mis du temps à émerger d’une tension latente qui vous saisit dès les premières images. J’imagine aujourd’hui l’angoisse des forces de l’ordre face à ceux qui sont devenus des criminels sans foi, ni loi.  

    Un chantre conte la légende, ouvre et clôt le récit. Il raconte avant de perdre la mémoire, avant que le sable n’efface les traces de ce malheur. La perte de la mémoire, c’est la perte des rites et traditions qui fondent l’identité d’un peuple. Serions-nous des oiseaux de passage… 

                                 Les Oiseaux de passage : Photo


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                                                             Sofia est avocate bien cotée, Paul est musicien au chômage. Ils forment un couple mixte recomposé. Sofia est franco-arabe bien intégrée. Elle s’est extirpée de la banlieue pour faire des études. Elle partage des principes bien ancrés avec Paul qui, hormis ses convictions, ne croit en rien.

    Le couple quitte Paris en revendant un appartement cher et vilain acquis pour moitié prix quelques années plus tôt. Premier coup de canif au credo communiste anti-spéculation. Sofia a toujours rêvé d’habiter la maison qu’elle lorgnait à Bagnolet du haut de la tour HLM où elle vivait à l’étroit avec sa famille.

                                             La Lutte des classes : Photo Edouard Baer, Leïla Bekhti

    Le couple inscrit donc Coco, le cadet, à l’école laïque du quartier. Coco est le seul « blanc » de la classe, incroyant et « gosse de riche ». Les grands principes de Paul et Sofia sont mis à l’épreuve. Coco peine à faire son trou. Il souffre, a des comportements bizarres. Paul vient le chercher à l’école, seul père dans une nuée de mères plus ou moins voilées. Bizarrement, l’homme au blouson de cuir élimé ne fraye avec personne. Des préjugés latents pointent le bout du nez. La banlieue, c'est dur !

    L’école Jean Jaurès craque de partout. Manque de moyens, violence, professeurs coincés entre indulgence et fermeté. Bref, si on réinscrivait Coco dans le privé catho. Tant pis pour les valeurs républicaines, l’avenir du fiston prime. Rebelle un peu, mais point trop n’en faut.

                                                        La Lutte des classes : Photo Leïla Bekhti

    Humour et fantaisie démontent les aprioris réciproques. La lutte des classes pointe légèrement du doigt la difficulté à sortir des positions figées propres à sa classe sociale et à sa culture familiale. La mixité, c’est possible, si chacun y met du sien. Cette comédie sociale met le cœur à l’ouvrage, c’est pour ça qu’on l’aime, en plus d'une fin étourdissante.

     

     


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    Du grave au léger, du dégoût à la détente.

    Vu l’un après l’autre, Grâce à Dieu et Mon inconnue.

    Cinéma documenté puis comédie romantique.

    J’inverse la chronologie. 

    La joie d'abord.

     

    Mon inconnue : Affiche

    Et si j’étais calé dans une réalité rétrécie? D’auteur à succès à professeur de lettres génial, démarié d’une pianiste virtuose. Un ami formidable (quel tandem!) croit à mon passage dans un espace temps remanié. Reconquête de la belle ou retour au passé rompu. Reconstituer l’amour foudroyé par la routine.

                                                    Mon inconnue : Photo Benjamin Lavernhe, François Civil

    Le réalisateur adresse plusieurs messages au générique final qui défile trop vite. Je capte une phrase à peu près dans ces termes pour que nous puissions continuer à faire du cinéma et avoir une vie de famille.

    Concilier carrière et famille, un dilemme éculé ici joliment emballé. De vraies séquences comiques et de belles envolées sentimentales. Un final lyrique laisse sur une fin dans la ligne d’un conte philosophique sur la pointe des touches. Plus romance que comédie, et ça passe, grâce au jeu enlevé d’acteurs convaincus de vivre une belle histoire. Une délicieuse surprise. Mon inconnue emplit les yeux de flocons de neige

     

                                                          Mon inconnue : Photo Joséphine Japy

     

     

    Quelques heures avant, je savais à quoi m’attendre, Grâce à Dieu.

     

    J’admire votre courage de parler et d’affronter le regard des autres. Moi, je n’ai pas pu.

    Ni croyance, ni foi, il est question de devoir et de morale.  

    Ne pas confondre orientation sexuelle et perversion criminelle.

     

                                        Grâce à Dieu : Photo Josiane Balasko, Swann Arlaud

    Vingt ou trente ans après les camps scouts et les leçons de catéchisme, les nœuds se délient. Nuages dans la tête, engrammes dans le corps, enfouissement sous un  détachement de façade. Ils ont tous été victimes d’abus sexuels perpétrés par le père Preynat. Les ravages du religieux pédophile ont  frappé  toutes classes sociales confondues :  bourgeois aisé, athée militant ou ouvrier paumé.

    Confronté à ses « petits » devenus grands, le guide spirituel reconnaît son penchant délétère pour les très jeunes garçons. Il en avait même averti sa hiérarchie. Celle-ci a fermé les yeux, de même que la plupart des parents des milieux cathos lyonnais.

    Les biens pensants ne pansent rien.

    Sidérante cécité de l’Église, coupable déni d’une institution se croyant au-dessus des lois. D’ailleurs, n’est-ce pas une affaire à régler à l’intérieur du clergé.

    Non ! Une association est créée. La parole libérée porte l’innommable sur la place publique. Les témoignages affluent. La police enquête. La justice met en examen. Les familles baissent la tête, essayent de compenser rattraper leur manque de soutien à leur progéniture meurtrie. La parole secoue au-delà des victimes.

     

    Grâce à Dieu : Photo Denis Ménochet, Melvil Poupaud

                                                                                    En revivant leur tourment dans leur chair, les victimes mesurent                                                                                  l'ampleur des dégâts psychiques, aidés, plus ou moins, par leur entourage.

    « Parler, dit ce père de cinq enfants, pour que si cela vous arrivait, vous n’ayez plus peur de parler

    Ni pathos, ni réquisitoire, les faits parlent d’eux-mêmes. Du cinéma vérité au service de la justice des hommes, scandalisée face à une Église désespérément muette.

     

                                                           Grâce à Dieu : Photo

     


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                                                         Désenchantement, désamour, déception.

    Les éternels chantent à nouveau la nostalgie d'une époque révolue, celle du code d'honneur et de la solidarité du charbon. Une couple se cherche au long de dix-sept années cruciales dans le développement de la Chine. Le barrage des trois gorges inonde une ville à mi-hauteur, 175 mètres exactement. La population du bas est déplacée, celle du haut monte les  longues marches.

     

                                        Les Éternels (Ash is purest white) : Photo Liao Fan, Zhao Tao

    Où se situe la ligne de flottaison d'un amour fauché dans la fleur de l'âge ? Le couple réduit le champ de l'histoire en marche. Jia Zhang-Ke focalise son regard sur deux âmes désaccordées; il n'élargit pas son regard comme dans le magnifique Au-delà des montagnes. Le mari n'a aucun charisme aux côtés d'une femme prête à tout pour cimenter une romance bancale.

    Zia Zhang-Ké mûrit longuement son scénario avant de le coucher sur papier. Une fois écrit, seuls le chef-opérateur et le compositeur de la musique en ont connaissance. Sa femme qu'il met souvent en scène découvre l'intrigue sur le plateau. Cette fois, il  a manqué d'inspiration. Le voyage derrière la grande muraille est toujours exotique, surtout en train, mais le trajet manque de piment.

     

                                            Les Éternels (Ash is purest white) : Photo Zhao Tao

     

     

     


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