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    Nuits magiques : Affiche

    Verbeux et trop long, Nuits magiques mérite néanmoins l’indulgence. Pour son charme suranné, mélange d’hommage aux années fastes du cinéma italien et d’insouciance juvénile. Trois aspirants scénaristes se souviendront longtemps de folles virées romaines à la recherche de la consécration parmi les vieilles gloires de Cinecittà.                                    

    Il n’y a plus d’argent pour le cinéma d’auteur mais on continue d’y croire entre deux scénarios de séries télé écrits à la chaîne. L’envie de faire rêver est toujours vive alors que la situation sociale se dégrade. Mais qui voudrait financer un film sur la misère du petit peuple? Alors en route pour la fête, la course aux illusions, les plans sur la comète. Qu’importe le flacon, pourvu qu’il y ait l’ivresse.

     

                                                       Nuits magiques : Photo

    L’anxieuse, l’érudit et le hâbleur forment un trio attachant, flottant sur leurs espoirs et leurs angoisses. La réalité les rattrape au tournant d’une nuit rythmée par la coupe du monde de football, l’Italie jouant pour la finale contre l’Argentine. L’angoisse du gardien du but au moment du penalty. Les tifosi retiennent leur souffle tandis que les trois amis s’essoufflent à courir derrière leurs chimères : tourner avec Fellini, séduire une star française ou gagner de l’argent en écrivant au kilomètre. Paolo Virzi, dont j'ai vu cinq films, rend ses personnages sympathiques.

    La verve du sud submerge la réserve du spectateur du nord, seul dans la salle. Une fin empreinte de nostalgie ralentit enfin le tempo effréné d’un récit, qui parfois soûle. Je quitte la salle sur une note attendrie en me disant que Nuits magiques aura du mal à trouver son public (sortie en France le 14 août prochain).


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                                                                         Sibyl : Affiche

     

    Sibyl oscille. Romancière puis psychanalyste, à nouveau romancière puisant l’essence de son nouveau livre dans une patiente  prise au vol. La fiction emballe la réalité. Au moins avec la fiction, Sibyl maîtrise le jeu, c’est elle qui décide du sens de sa vie et du destin de ses personnages. Pour se trouver, elle explose l’éthique, la morale, son couple.  Elle croise des êtres qui résonnent avec ses tourments : chagrin rentré, errance affective, indécision vertigineuse.

    C’est chargé, trop. Et terriblement actuel. Personne ne se soucie de l’autre, ni le respecte. Il s’agit juste de suivre ses pulsions afin de combler ses failles, vaille que vaille. Cette ligne de conduite en zigzag  tourneboule les corps et les cœurs.

     

                                Sibyl : Photo Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel, Sandra Hüller

    « Je veux rester libre de faire ce que je veux, je ne veux pas de cet enfant. Je préfère qu’il (l’enfant à naître ou pas) souffre de mon égoïsme plutôt que de mon sacrifice », dit l’actrice principale qui couche avec l’acteur principal, par ailleurs compagnon attitré de la réalisatrice du film en cours de tournage  à deux coudées du Stromboli.Tu parles d’une situation éruptive !

    Et ce n’est qu’un début. Je laisse la suite aux amateurs de perversité primaire et aux inconditionnels de Virginie Efira. Sibyl empile les états d’âme tels ceux d’un psychisme déboussolé. Si vous êtes paumé, rassurez-vous, le superviseur de la psy vous aide à démêler l'écheveau.

    L’appareil psychique est un tissu d’énigmes qu’il faut déchiffrer et dont il faut déjouer les pièges. (Dictionnaire  amoureux de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco, p.420) 

    Sibyl : Photo Virginie Efira

                                                                                                                       Je me lasse vite à recenser les comportements invraisemblables des protagonistes. Justine Triet rajoute une couche à ma fatigue en exposant ses fantasmes sexuels dans plusieurs séquences dispensables. J’ai l’impression qu’après Victoria, elle peut demander n’importe quoi à V.Efira, y compris de vivre à l'écran une scène torride avec son compagnon à la ville. Je déteste être pris en voyeur malgré moi. La cinéaste et sa muse ont le même âge et partagent probablement les doutes du mitan de vie. J’ai été agacé dès le premier quart d’heure. L’amoralité et l’égocentrisme des personnages m’ont sidéré. Le film m’a glissé des yeux. Personne ne pipait mot à la sortie de la salle. Un silence qui en dit long, je ne sais pas quoi.

    Il paraît que Rocketman est très bien. Je vous offre Your Song en guise de compensation pour cette projection énervante.


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    Quel fourre-tout !                                                              

    Venise n'est pas en Italie

    c’est dans le désordre

    Un voyage pétri de bonnes intentions

    Le constat de l’impossible mixité des classes sociales

    Une famille  excentrique à contre-courant

                                                         Venise n'est pas en Italie : Photo Benoît Poelvoorde, Eugène Marcuse, Helie Thonnat, Valérie Bonneton

     

    Venise sous une belle lumière d’été

    Le premier amour d’un adolescent  romantique

    Un couple amoureux comme au premier jour

    Quelques situations drôles.

    Un bon moment pour mon épouse,

    à qui ce voyage avec papa, maman et leurs deux enfants a rappelé des souvenirs de périples mémorables sur les routes espagnoles. Elle n’a pas regretté les commentaires répétés à haute voix proférés par une couple septuagénaire assis à côté d’elle, qui prenait l’histoire au premier degré. Un film résonne toujours peu ou prou avec le trajet personnel du spectateur (refrain connu). La pureté des sentiments d'Émile pour la belle harpiste l'a touchée également.

    Pour ma part, comme leur  jeune fils, j’ai eu la honte de ces parents caricaturaux. Il n’était pas nécessaire de tant forcer le trait, surtout avec l'ami Benoît (Poelvoorde).

    - C’était exprès.

    - Même !

     

    Venise n'est pas en Italie : Photo Helie Thonnat, Luna Lou

    Ivan Calbérac a transposé lui-même son roman vendu à 120.000 exemplaires.

    Avant de devenir un récit en images, Venise n'est pas en Italie a été aussi une pièce de théâtre.

    Pour le cinéma, le cinéaste romancier a étoffé les personnages des parents. Peut-être qu'il n'aurait pas dû ou alors je suis devenu très mauvais public. En tout cas, il a trouvé la recette du succès. La salle était pleine à 16h00.

    P.S. Je ne veux plus entendre la chanson A.I.E. (A Mwana).

     

     


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    Une fois par an, je vois un film de baston pure sur un grand écran. Pas n'importe lequel.Je me souvenais vaguement du premier John Wick en 2014. J'ai voulu voir ce que donnait le troisième épisode. J'aime bien Keanu Reeves, celui de Entre deux rives et Point Break. Et puis, la critique et les spectateurs se rejoignent dans un même éloge depuis le début de la franchise. Même Le monde, journal ô combien austère, a apprécié la dernière livraison.

    John Wick Parabellum : Affiche

    En fait, les scènes de bagarre m'intéressent peu. Je reconnais que celles de John Wick Parabellum (si uis pacem, para bellum; si tu veux la paix, prépare la guerre) sont chorégraphiées avec classe, serties dans une mise en images inventive et secouante. Le désert, un palace new-yorkais, Casablanca et un salon des glaces soignent l'exotisme. Contrat rempli pour les amateurs. Pour les autres, que lire en filigrane, c'est-à-dire dans les scènes entre le barouf. Pas grand chose, tellement la psychologie des personnages est simpliste. De ce rien, une évidence, les tueurs en complet veston sont plus coriaces que les déguenillés.

                           Néanmoins, une phrase soulève un sourcil de curiosité.

    "Je veux vivre pour continuer à me souvenir d'elle", dit l'indestructible JW.

                                                          John Wick Parabellum : Photo Keanu Reeves

    Tiens, tiens, tiendrais-je une clef sur la motivation de Keanu Reeves à endosser la carrure d'un exécuteur. L'acteur a perdu sa fille en 1999 puis sa femme un an plus tard. Depuis lors, il mène une vie discrète, assez recluse. Il aurait ce point commun avec le héros dépressif, de garder la mémoire vive des défuntes. Vous ne me suivez pas, d'accord. J'avance une autre hypothèse.Peut-être est-ce la nostalgie de Matrix, à nouveau seul contre beaucoup, qui pousse le ténébreux quinquagénaire à reprendre un rôle similaire.D'ailleurs Laurence Fishburne, Morpheus dans Matrix, fait une courte apparition et l'adjudicatrice a des traits de Trinity. De là à dire que John Wick est un clone du film culte, il y a un pas infranchissable. Les Wick ne visent que le divertissement pur, saupoudré d'une dose létale de violence. L'humour pointe parfois le bout du nez, on sent bien que n'est pas le genre de la maison. À envisager pour le quatrième volet déjà programmé en 2021. Sans moi, cette fois.

     

       On ne vit que deux fois, 

       la première quand on naît,

       la seconde quand on est face à la mort.      (Dicton japonais)

     

                                       John Wick Parabellum : Photo Keanu Reeves

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Sunset : Affiche Je me résous difficilement à taire mes impressions sur un film, même si je ne l’ai pas aimé.

    J’écris donc quelques mots sur Sunset.Difficile d'ignorer un cinéaste qui rejette le cinéma formaté. Je n’ai pas vu le premier de  László Nemes, Le fils de Saul, salué pour son inventivité artistique,le personnage principal étant suivi en caméra subjective, de dos, à hauteur d’épaules. C’était il y a quatre ans déjà. Pour Sunset, les critiques sont mitigés, le public réservé mais je me fie à mon instinct. Je n'aurais pas dû.

     

    Sunset : Photo

    Le jeune réalisateur hongrois reprend le procédé entre de brèves séquences en format large. Lorsque le champ s’élargit, nous voyons le Budapest de 1913, reconstitué sur les lieux mêmes en décors naturels. À cette époque, la capitale magyare rivalise avec Vienne, l’aristocratie et la plèbe se toisent de loin. L’empire austro-hongrois vacille à la veille de la grande guerre que l’on pressent tout en la déniant.

    La chair de la reconstitution topographique maintient l’intérêt ainsi qu’une bande sonore, mélange de sons superposés (quatre mois et demi de mixage) où dominent les murmures inintelligibles des nantis et des pauvres, qu’Iris n’entend pas, oscillant entre deux mondes, à la recherche de son frère et d’elle-même.La fille de chapeliers connus sur la place essaie de renouer les fils d’un destin rompu lors de l’incendie qui tua ses parents et son avenir. Iris veut reprendre pied, ne sait sur lequel danser, étrangement protégée et préservée, ignorante alors que tous savent sur son frère, sur la vénalité  du nouveau propriétaire de la chapellerie et sur le bain de sang inévitable.

     

                                       Sunset : Photo Juli Jakab

    Cette quête éperdue aurait dû m’emporter, elle m’a laissé de glace. Nemes suit seul ses obsessions, multiplie allégories, métaphores et symbolisme. Son monde intérieur submerge la pellicule (d’une belle gamme chromatique) et noie le spectateur sous la subjectivité hermétique d’un auteur tourmenté. Je suis largué. Ne subsistent que le guet de la belle image, le spectacle d’une civilisation sourde aux grondements d’un peuple avide de bouleversements.

    Trois films en neufs jours, si peu de plaisir. Gloria Bell m’a plu et ému. Almodovar m’a déçu. En fait, c’est quatre films, car j’ai vu Duelles par devoir patriotique.  Je n’en ai rien dit, je ne voyais rien à dire et tellement à redire. Le cinéma patine sur mes rétines. La littérature m’ouvre plus grand les yeux. Surtout, quand la phrase est courte, dense et évocatrice. Je retourne à la lecture de La beauté des jours, choisi juste avant Sunset.

     

                                              Je vous livre quelques lignes de la première page :

     

    …Comme toutes les fins de journée, après le travail, elle buvait un thé en regardant passer les trains, des TER lents qui venaient de Lyon. Rien que des habitués dans les wagons. À force, les visages lui étaient familiers.

     De l’intérieur des wagons, on devait la regarder aussi, saison après saison, une femme dans son jardin, sa maison devait faire envie, surtout maintenant, au printemps, un tel un pavillon fleuri …

    …Jeanne attendait le 18h01…

     

                                   Quel train prendre aujourd’hui... Train-train ou méli-mélo?


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