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                Étrange, vous êtes de plus en plus nombreux à lire ce qui a été écrit et n'est plus écrit.

                                       Récompense : Le jeu, à voir tous téléphones éteints.

     

     


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                                                         Les Bienheureux : Affiche

    Cela tombe mal, mais c’est ainsi, Les Bienheureux, ultime film narré dans Cinémoithèque, n’ont rien d’heureux. Sofia Djama dresse un état des lieux déprimant de la société algérienne en l’an 2008, après une guerre civile qui a envoyé cent mille personnes ad patres. La jeune réalisatrice vit à Alger, de même que le couple cheville de ce  portrait choral mêlant plusieurs générations.  

    -Des choses que tu ne vois pas maintenant te paraîtront insupportables plus tard. Alors, pars mon fils, dit la mère amère au moment de fêter ses vingt ans de mariage avec Samir, médecin, survivant des purges, on ne sait au prix de quelle compromission. Le père ancre ses espoirs dans la terre natale, il refuse que Fahim parte terminer ses études en France. C’est un des points de discorde qui déchire un couple moribond.

    -Si j’avais de l’énergie, je te quitterais, lâche Amal d’une voix lasse à son époux, au bout de leur soirée de fête ratée. Amal se lève et rentre chez elle. Samir la regarde s’éloigner, effaré.

                Les Bienheureux : Photo Sami Bouajila                       Les Bienheureux : Photo Nadia Kaci

    Il y a ceux qui sont restés, ceux qui sont partis, ceux qui regrettent d’être restés après les « événements ». Feriel, l’amie de Fahim masque une laide cicatrice sur la gorge derrière un foulard qui n’enserre jamais sa chevelure. Elle se veut libre comme le vent, attitude affichée dans des endroits confinés, avec des amis sûrs. Feriel a perdu sa mère, s’occupe de son père. L’Algérie demeure patriarcale, religieuse et corrompue. Les velléités d’opposition à un modèle fermé sont étouffées dans l’œuf. Les ponts semblent rompus entre les adultes et les futurs acteurs de la société civile, partagés entre résignation, provocation ou exil.

                                                   Les Bienheureux : Photo Lyna Khoudri

    Nous étions allés en voyage de noces en Algérie, mon épouse et moi en 1978. Ce fut un périple agité et passionnant,au contact d’une population accueillante ou méfiante selon les régions. Partout, nous ressentions l’hostilité à l’égard de l’ancien colon. Les visages se détendaient lorsque nous déclinions notre nationalité belge et non française. Le pays est magnifique, peu tourné vers le tourisme. Quarante ans après, dans une salle de cinéma plutôt déserte, j’espérais reconnaître Alger la Blanche au gré des lieux fréquentés par les protagonistes aux quatre coins de la capitale musulmane. Peine perdue. Subsiste le souvenir d’un dépaysement total  et du bonheur qui nous animait d’entamer notre vie commune. Amal et Samir tanguent tandis que nous tenons toujours le cap, navigation facilitée par un environnement éminemment confortable comparé au microcosme de la petite bourgeoisie algérienne. Les bienheureux ne sont pas ceux que l’on pense.

                                        Les Bienheureux : Photo Nadia Kaci, Sami Bouajila

    J’ai eu beaucoup de plaisir à « tenir » mon blog  durant quatre années. Au départ, je voulais assurer le lancement d’un livre à venir, sur les vertus thérapeutiques du cinéma. Il y eut finalement deux ouvrages, la thérapie évoluant en ciné-narration. J’ai fini de sonder ce que m’ a apporté le cinéma et ce qu’il peut m’apporter encore. Mon identité s’est enrichie de fragments de films racontés, d’impressions, de rencontres avec des spectateurs, sur le vif ou organisées. L'envie paradoxale d’écrire des narrations de films s'est diluée, mais je vous invite à continuer à raconter vos toiles aimées, en petit ou grand comité. C’est tellement gai de parler ensemble de ce qui nous anime.

    J’avais prévu de consacrer le dernier article de Cinémoithèque aux mémoires de Costa-Gavras, Va où il est impossible d’aller, 528 pages, Le Seuil, 2018. J'ai changé d'avis. Je voulais un film pour clore l'écriture en ligne, un 4 juin, au 404ième article, à la  24millième visite. Un mot tout de même sur un artiste que j'ai adopté dès son premier film. J’ai vu seize des dix-huit longs-métrages de ce cinéaste humaniste et président de la Cinémathèque française, dont la deuxième naissance a lieu à Paris, le 5 octobre 1955. Il a alors vingt-deux ans, quelques dollars en poche et  la détermination chevillée au corps de réaliser ses rêves les plus fous. Il pense écrire, il bifurque vers le cinéma, « une autre écriture, plus directe, plus frappante, plus continue », qui lui convenait mieux.

     

                                                            Costa-Gavras écrit sur le tard (85 ans) son autobiographie truffée de souvenirs resurgis en pagaille au fil de l’écriture.

    « On est là, seul, le stylo à la main. Puis les choses commencent à naître sur le papier, elles deviennent des visages, des paysages, c’est fascinant. Une relation avec soi-même s’établit. » (Entretien dans Positif, n°688, juin 2018).

    Va où il est impossible d’aller est une phrase empruntée à l’écrivain grec Nikos Kazantzakis, à comprendre dans le sens de « va où on ne t’attend pas, n’hésite pas à y aller. »

     

                                                                        Allez-y !  Soyez bien et heureux.

     

     

                                                                                                                                                       Au revoir, merci de votre assiduité.

     


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                                          Sans un bruit : Photo Millicent Simmonds, Noah Jupe

    Le bruit tue. Sauf les petits bruits noyés dans des plus gros. Le père rassure son fils en dessous d’une cascade géante. La règle est simple : pas un mot, pas un pas plus sonore que l’autre. Au moindre craquement de branche, une créature maléfique surgit de nulle part et agresse le bruiteur. Sans un bruit, ( A Quiet Place, 9 mai en Belgique, à venir en France le 20 juin) captive toujours les foules après sept semaines aux États-Unis et trois en Belgique. L’épouvante muette paralyse le public américain ; il en oublie de manger ses flocons de maïs et de commenter le film à voix haute. C’est dire l’emprise de l’épouvante distillée au compte-goutte sur les sens du spectateur avide du genre. Genre que je fréquente une fois l'an, me réservant la crème du frisson.

                                                    Sans un bruit : Photo Emily Blunt, Millicent Simmonds

    L’atout maître de cette série B réside dans l’identification possible à une famille attachante,  résolue à survivre après une catastrophe terrible dont nous ne saurons rien, sinon par des coupures de presse éparses. Les parents et leurs trois enfants ne croisent jamais personne. Les seuls signes de présence humaine sont les feux lointains allumés au soir, visibles du sommet d’un silo, témoins de survivants débrouillards comme Lee et  Evelyn. Chaque parent à un rôle clairement défini. Le père protège, la mère câline des enfants apeurés, surtout le garçon. La fille aînée, sourde-muette (dans la vie aussi), rue dans les brancards. Elle en a marre de marcher à pieds nus sur des bandes de sable, délimitant le périmètre (large) de sécurité. Le sable étouffe les sons, il s’agit de le renouveler régulièrement.

                                                            Sans un bruit : Photo John Krasinski, Noah Jupe

    Malgré l’ambiance tendue, l’espoir demeure sous la forme d’une naissance proche. Evelyn est confiante, elle a une foi inconditionnelle dans les ressources de son mari. Lee cherche les points faibles de la bête cannibale. Il  améliore constamment le système d’alarme de leur camp retranché. John Krasinski interprète lui-même le film qu’il réalise ainsi que sa femme, Emily Blunt  d'un cran impressionnant. Il montre peu, suggère beaucoup, recale les effets faciles. La réalisation hésite au début à nous plonger dans le silence complet, plaçant une musique superflue pour meubler les blancs. Une fois gagné à l’idée d’une chronique muette, le spectateur oublie la musique. D’ailleurs, elle disparaît après un slow émouvant des amoureux sur Harvest Moon, de Neil Young.

    Petits artifices, grands effets, l’épouvante comme je l’aime, axée sur nos peurs anticipatives et notre sympathie pour cette famille du Middle West.  Réussi à 100%. Je n’en dis pas davantage, afin de préserver un dispositif ingénieux. Déconseillé aux personnes aux nerfs fragiles. J’étais seul dans la salle. Une séance commencée une heure plus tard l’après-midi projetait dans le vide. L’épouvante draine apparemment un public vespéral, voire nocturne. En tout cas, j’ai dormi sur mes deux oreilles. Il est vrai que j’avais commencé à lire Éloge de l’immobilité, Jérôme Lèbre, livre qui s’imposait après avoir tâté d’un monde sans un bruit.

                                                           Sans un bruit : Photo Emily Blunt, John Krasinski

    L’impression que « tout » va trop vite aujourd’hui fait naître un désir immense de ralentissement et de repos, mais nous ne savons pas où ni comment le déployer ou le satisfaire. (p.99, Desclée De Brouwer)

    Au cinéma, par exemple, à 16h15 PM.

    Prochain et dernier ou avant-dernier rendez-vous de Cinémoitheque, après la vision des Bienheureux, sorti deouis le 9 mai et qui arrive seulement à moi,de toute façon, longtemps après la France (17.12.2017).


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                                Couverture du livre Le Cinéma en héritage par Jean-Claude Missiaen         

     

    Sans un bruit se dérobe à mes yeux  (9 mai en Belgique, 20 juin en France). Mal placé dans mes occupations quotidiennes, ce contretemps modifie la chronologie d’une fin de blog programmée. Place d’abord aux impressions de lecture après avoir accepté Le cinéma en héritage, de Jean-Claude Missiaen, chez Archimbaud éditeur.

    Le septième Art a dévoré la vie de l’auteur depuis sa plus tendre enfance, entamée en 1939. Jean-Claude Missiaen a été l’attaché de presse de grands cinéastes. Sur le conseil de Claude Sautet, il a tâté de la réalisation, signant une trilogie policière de bonne facture dans les années quatre-vingts. Il a aussi publié des monographies appréciées, notamment sur Anthony Mann et Howard Hawks, réalisateurs révérés et côtoyés. Son entregent combiné à une culture cinéphile impressionnante a dégèle les cinéastes les plus rétifs à la confidence.

    En 1972, alors employé par le distributeur américain Les Artistes Associés, Jean-Claude Missiaen téléphone à Frederico Fellini dont Roma est sélectionné hors compétition à Cannes. Extraits de leur conversation :

    J-C.M. - Si je désire vous rencontrer, c’est évidemment pour nourrir le dossier de presse, mais c’est surtout pour vous questionner à propos du Flash Gordon d’Alex Raymond.

    F.F. – Flash Gordon… mais pourquoi ?

    J-C.M. –Je sais que vous avez dessiné quelques planches pour ce comic américain peu après son interdiction en Italie…

    F.F. – Je vous attends la semaine prochaine dans une trattoria près de la piazza di Venezia. Nous déjeunerons ensemble.

     

                             Cyd Charisse Picture    

    L’échange avait piqué la curiosité du Maestro. À l’époque, les distributeurs ne lésinaient pas sur les déplacements. Les voyages à Hollywood sont courants, les réalisateurs sont toujours bien disposés à l’égard d’un interlocuteur cultivé, polyglotte, poli et timide devant des stars comme Jean Gabin, Cyd Charisse ou Burt Lancaster. Ce dernier est devenu un ami fidèle au fil de rencontres à l’opéra de Vienne, à Cannes, Deauville, Malibu, Rome et finalement à Paris, hôtel Lancaster. Jean-Claude Missiaen bâtit son réseau au Bulletin de Cannes et à Cinémonde, revue de cinéma. Il orchestre une entrevue avec Dustin Hoffman et Martin Scorsese. Puis, réussit à monter un entretien privé entre FrançoisTruffaut et l'auteur de Taxi Driver.

    Le culte du grand écran naît des séances dominicales avec le père divorcé. En 1946, Le petit a sept ans. Il admire Errol Flynn en Robin des Bois sur l’écran géant du Gaumont Palace, la plus grande salle d’Europe avec ses six mille places et ses deux balcons. Sa mère est ouvreuse à Bobino, théâtre de variétés où il sera subjugué par Yves Montand. Le chanteur acteur devient également un ami en 1982. Il glisse deux mille dollars dans la poche de Missiaen afin qu’il puisse prolonger son séjour à Broadway. Il n’acceptera jamais d’être  remboursé.

                                     

    Le cinéma en Héritage accumule récits,amitiés, anecdotes. L'auteur intarissable note au passage la tendance du cinéma à la concentration (société unique pour la distribution des films Universal et Paramount, disparition des salles de quartier, réduction des studios de Saint-Maurice de 46 à 19 plateaux), rappelle qu’en 1967 le festival de Cannes cristallisait l’essentiel de son aura sur six cent mètres, entre l’hôtel Martinez et l’hôtel Majestic. Il n’y avait ni gardes du corps, ni service de sécurité omniprésent, ni badges spécifiques à l’entrée des palaces.  

    Le livre en impose. Son format A4 incite à tourner doucement les pages, agrémentées d’un portfolio central de 128 pages, reproduisant deux cent quarante et un clichés issus de collections privées. Nous sommes transportés à une époque révolue de stars, de westerns endiablés et d’amitiés nouées sur le coin d’une table ou d’un troquet.

                                                                          Nous visitons aussi quelques grands studios, Pinewood pour n’en citer qu’un, où se tournent les premiers James Bond. Sean Connery reprend le rôle après l’échec du sixième de la série avec le fade Lazenby. Il obtient le cachet fabuleux en 1971 de 1 million deux cent mille dollars, un pourcentage sur les bénéfices et la mise en chantier d’un futur  film de son choix.

    Je vous parle de potins glanés ici et là. Ce n’est pas l’essentiel de cet ouvrage historique. Le sel provient de la narration d’approches et de conversations avec une collection de grandes figures du cinéma, telles Sergio Leone, Woddy Allen, Claude Sautet, Joseph Losey, Philippe Noiret, Romy Schneider, Elia Kazan, Jerry Lewis… Ces personnalités, mises en valeur par l’agent de presse dévoué et ingénieux, illustrent la variété et la richesse d’un monde relaté avec la verve du cœur.

     

     


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                                         Everybody knows : Photo Penélope Cruz

    Asghar Fahradi détourne le genre policier au bénéfice d’une enquête familiale portant sur une vingtaine d’années, ancrée dans le présent d’une noce joyeuse et lumineuse, assombrie par un drame. C’est en quelques mots, l’intrigue d’un film bien fait (9 mai), bien éclairé, bien joué, trop long et curieusement dénué d’intensité émotionnelle. Cet émoi ténu découle peut-être de la communication indirecte du réalisateur iranien avec ses interprètes et son équipe ibériques. Chef opérateur, décors et costumes ont été confiés à des espagnols, Farhadi donnait ses directives via un interprète. Les acteurs ont donc mis beaucoup d’eux-mêmes dans leur personnage, ce qui explique l’hystérie (dérangeante pour ma compagne) lorsque Laura découvre la disparition de sa fille. La mère éplorée délègue à Paco, un ancien amour de jeunesse, la responsabilité de la gestion de crise. Penélope Cruz et Javier Bardem, mariés à la ville, gardent leurs distances à l’écran, mais chacun a intégré qu’un lien fort unit toujours Paco et Laura, du fait que les deux stars vivent ensemble dans la vie civile.

                                                      Everybody knows : Photo Javier Bardem, Penélope Cruz  

    Présenté en ouverture du Festival de Cannes, Tout le monde sait – Todos los saben en espagnol- pourquoi diable un titre en anglais, Everybody Knows ne décrochera probablement aucune distinction ce soir, si les jurés réagissent comme la plupart des spectateurs que j’ai consultés, contents d’avoir vu un bon film pour l’oublier aussitôt. Je mise sur un palmarès très politique, en phase avec l’actualité, féministe et soucieux des minorités opprimées, qu’elles soient migrantes ou ouvrières. Gageons que Cate Blanchett, présidente du Jury, veillera au grain engagé.

    Je continue la digression. J’ai commencé à lire Le dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, établi par Gilles Jacob, ex-patron de la Croisette cinéphile. Un trésor d’anecdotes, de souvenirs et d’hommages au cinéma et à ses ambassadeurs. Quarante ans de tapis rouge défilent sous nos yeux, à raison de deux cinquante entrées tenues avec élégance. Lien avec Cannes 2018, où les Américains étaient réduits à la portion congrue, la notice Hollywood décrit les relations houleuses entre la Californie et la Méditerranée.

    « Le problème entre Cannes et Hollywood, c’est qu’on ne parle pas la même langue. Je me réfère ici non pas à l’anglais mais à la langue des affaires. Quelle est donc cette divergence de vues ? Cannes : nous aimons vos films et vos stars (qui lustrent les marches du palais, c’est moi qui souligne). Hollywood : qu’est-ce que nous irions bien faire au Festival, surtout en compétition ? »

     

                                       Everybody knows : Photo Javier Bardem, Penélope Cruz

                                                                                                                                    Maintenant, chacun sait que j’ai peu à dire sur Tout le monde sait. Si, tout de même. Les secrets de famille et les haines foncières sapent en sourdine l’existence. Fahradi excelle à démonter les rouages grippés de la mécanique familiale. Personne ne sort indemne de septante-deux heures de suspense. De révélation en rancœur avouée, de suspicion en don de soi, le récit d’une explosion pressentie capte sans entrain. Le réalisateur cosmopolite reprend ici le thème de son premier film tourné en Iran. C’est sur ses terres qu’Asghar Farhadi me paraît le plus inspiré. Une séparation et Le client l’emportent largement sur les tournages à l’étranger, même précédés de longs séjours dans les pays hôtes.   


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