•  

     

      Green Book : Sur les routes du sud : Photo Mahershala Ali    Green Book : Sur les routes du sud : Photo Viggo Mortensen

     

    Il est xénophobe, grossier, lourd, cogne dur.

    Il est noir, raffiné, élancé, pianiste virtuose.

    Le premier a besoin d’argent. Le deuxième cherche un chauffeur costaud.

    - Pensez-vous que votre femme acceptera de vous laisser partir huit semaines ? 

    - Pars, dit Dolorès à son Tony. Mais tu m’écriras des lettres.

    - Des lettres, proteste-t-il avec une moue dépitée… je ne sais pas écrire.

    - Tu promets ?

    - Okay !

                                           Green Book : Sur les routes du sud : Photo Mahershala Ali

    C'est parti pour une tournée dans le sud profond, là où de riches blancs invitent un "negro" à ravir leurs pavillons dans leurs salons cossus, sans renier leur gènes ségrégationnistes. Les toilettes, c'est dehors, dans un cabanon style Case de l'oncle Tom.

    Tony a beau être raciste, il a des principes. "Comment pouvez-vous accepter cela ?".

    Cette question, il la pose aux deux musiciens (violoncelle et contrebasse) qui accompagnent le Docteur Shirley, également titulaire d'un diplôme de psychologie, d'un master en art de la liturgie, deux fois appelé à prester à la Maison blanche (nous sommes en 1962, les Kennedy sont à la barre).

    - Le génie ne suffit pas. Il faut aussi du courage pour conquérir le cœur des gens. Il aurait pu jouer dans le Nord et gagner trois fois plus.

                                           Green Book : Sur les routes du sud : Photo Mahershala Ali, Viggo Mortensen

    La musique adoucit les mœurs. La cohabitation dans la Thunderbird bleue sape les préjugés mutuels.Tony est ce qu'il est, sait qui il est : un italo-américain du Bronx, qui a des fins de mois difficiles, qui aime sa femme et sa famille. Doc Shirley est moins sûr de lui, c'est peu de le dire. Haï des blancs, incompris des siens au service de mêmes blancs, le musicien noie sa  triste solitude chaque soir dans une bouteille de whisky.

    Et l'improbable de survenir au fil des kilomètres, des hôtels miteux assignés aux gens de couleur (voyagez sans doléances, slogan du Green Book), des lettres écrites sous la dictée romantique du patron, décidé à dégrossir son associé, un baratineur de première.

    "Vous pouvez mieux que ça, Tony."

    C'est dit avant la première image : Inspiré d'une histoire vraie, en l'occurrence co-écrite par le fils de Tony Vallelonga. Une histoire pareille, on en redemande, légère et profonde, amusante et grave, revigorante, dans le ton juste d'une bonté réapprise.

    - La violence est mauvaise,Tony. C'est avec dignité qu'il faut se battre.

    - Oui, dit mon épouse, mais parfois, la violence est nécessaire. Il embauche d'ailleurs Tony pour ses capacités physiques.

      Vaste question approfondie dans l'ambiance chaleureuse d'un estaminet bien connu sur la place.

     

                                 À voir toutes affaires cessantes, bonheur indicible à la clé  # #  # #

     

                                            Green Book : Sur les routes du sud : Photo Mahershala Ali, Viggo Mortensen

     

     

     

     

     


    2 commentaires
  •  

     

    L'Ordre des médecins : Photo Jérémie Renier Dans les soubassements de l'hôpital, il sonde son impuissance.

    Programmé pour guérir, le médecin peine à admettre la limite de son art ou la résignation de ses patients, surtout s'il s'agit de sa mère.

    Soigner encore et toujours,  quitte à tarir les larmes qui montent. Et puis un jour, le ressort craque.

    L'ordre des médecins émeut à bas bruit, sobre dans son cheminement vers l'humanité assumée. La complicité fraternelle, l'amour patient et le repos de l'esprit, autant de médications à prescrire sans modération.

     

                                                     J'aime beaucoup Marthe Keller et Jérémie Renier.

    L'Ordre des médecins : Photo Marthe Keller   L'Ordre des médecins : Photo Jérémie Renier


    votre commentaire
  •  

     

    Edmond : Affiche

     

    Il y a mis tout ce qu'il n'a pas.

    En prose, écrire, il ne sait pas.

    Les mots jaillissent en mouvement,

    sur le pavé, au café, la nuit, balancement

    entre tourment et talent.

    Un visage l'inspire,

    sa femme soupire,

    mais d'amour il ne s'agit,

    seulement d'inspiration au défi.                                                          Edmond Rostand en habit vert 01.jpg

    Porté par l'estime d'une poignée,

    pousse un chef d'œuvre bien né.

    Edmond sort de lui-même

    ses rêves qu'il aime

    et les fait aimer du public

    sans le moindre hic.

    Solidarité de la troupe,

    émulation du groupe,

    le spectacle éclot, divine surprise

    ainsi que les larmes éprises

    d'allégresse galvanisent.

    Rideau!

    De la scène à la rue,

    de la rue à la scène,

    réalité et imaginaire se confondent

    dans la beauté féconde.

                                       Edmond : Photo

     

    Cette démarche personnelle vers la clarification,

    ce besoin d'aligner son identité en mouvement

    sur une réalité extérieure,

    constituent les fondements même

    du processus d'inspiration.                                            Florence Lautréadou, Cet élan qui change nos vies, p.180

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    "Est-ce que tu vas enfin parler?"

    L'avocat de la défense a traversé le prétoire au beau milieu d'une plaidoirie cruciale pour l'accusé d'avoir tué sa femme. L'homme se tasse imperceptiblement. Le défenseur fixe son client. Les deux bras posés sur la table cernent le regard vide, la moue inexpressive. L'homme ne bronche pas.

     

                                         Une intime conviction : Photo Laurent Lucas

    Cette attitude figée énerve l'opinion publique depuis dix ans. Elle tient son coupable. La presse a été chauffée à blanc dans la forge de la rumeur. 

    "Si tu viens avec une nouvelle hypothèse, elle doit être solide, car elle doit être plus forte que celle validée par l'opinion publique", explique le défenseur à une collaboratrice bénévole persuadée mordicus de l'innocence de Viguier.

     

                                        Une intime conviction : Photo Marina Foïs, Olivier Gourmet

    Les enquêteurs sont convaincus également : "c'est lui", malgré l'absence de preuves et d'éléments matériels.

    L'avocat Dupond-Moretti tempête : justice n'est pas rendue sur des hypothèses, sur l'imagination des jurés. Il plaide l'honneur d'une cour qui ne s'en laisse pas conter, qui pèse soigneusement le sort d'un homme renvoyé soit à ses trois enfants, soit aux affres de la geôle.

     

    Une intime conviction : Photo Olivier Gourmet

                                                                                             Olivier Gourmet impressionne, brillant, humain, convaincant dans la peau d'un des plaideurs les plus médiatiques de France. Le premier film d'Antoine Raimbault passionne de bout en bout, galvanisé par la prestation hors pair d'un acteur pénétré de l'importance de la cause.

    Une intime conviction a gagné ma voix.

    Oui, une justice équitable se doit de garder les pieds sur terre.

    Oui, jurés et juges doivent rester sourds à la vindicte populaire qui réclame une tête, surtout si elle ne lui plaît pas.

    Oui, plébiscitez Une intime conviction, en âme et conscience, vous ne le regretterez pas.

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

    La mule nous embarque sur la route des crépuscules grandioses.

    Des trajets linéaires masquent les détours intérieurs vers une repentance tardive.

    Le mari volatile voit la mort s'emparer  du corps sifflant de son ex-femme.

                                La Mule : Photo Clint Eastwood

    Effaré, il réalise qu'il n' a plus le temps de recoller les morceaux d'une existence rompue à force d'avoir voulu briller en société à défaut de patiner ses liens familiaux. Le temps ne se rattrape pas, il ne s'achète pas.

    Le sillon des grands espaces donne l'illusion éphémère d'un nouveau départ. C'est l'heure de cultiver l'obsession de la transmission de valeurs malmenées au pays de la libre entreprise : la famille avant le travail, apprendre à changer une roue à son fils, chérir sa bien-aimée.

    Clint Eastwood nargue la mort en continuant à tourner, à jouer, à  maugréer. Il est six ans plus âgé que Robert Redford. Ce dernier avait juré de ne plus remettre les pieds sur un plateau.

                                           The Old Man & The Gun : Photo Robert Redford

    Il y a repiqué à quatre-vingt deux ans. La bande-annonce de The Old Man & The Gun projetée avant La Mule m'a donné envie de refaire un bout de chemin avec le beau blond au visage aussi parcheminé que le vieux cow-boy.

    À choisir, je préfère la dégaine européenne de Robert à la silhouette yankee de Clint. Les deux puisent l'inspiration dans des événements réels : l'histoire d'hommes en fin de vie qui refusent de renoncer à leur passion.

     

     

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique