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                 Brève impovisation, prétexte à un court-métrage, variante dans la valse d'étoiles.

                                                              (Choisissez vos acteurs pour Johnny, Mylène et Sartan)

     

     Photo Début ... commencement Johnny déchiquette à grands coups de mâchoire son jambon beurre du petit matin.                      Devant lui sur la tablette en dessous de laquelle il case vaille que vaille ses immenses guibolles, le dernier Sport Magazine, ouvert pleines pages sur le transfert de Neymar au Paris St Germain.

    Sûr, cogite Johnny en philosophe réaliste, quand on a de la tune, ça glisse facile. De la tune, il n’en a pas des flots. Caissier de parking, de huit heures à huit heures, les heures tournent, mais pas la planche à billets. Alors, il se ménage des petites compensations. Le sandwich d’entame, plus le sport en photos, c’est confort. Surtout après neuf heures. Le peuple laborieux a rangé sa monture dans l’ancien entrepôt transformé en dortoir quatre roues et les bagnoles entrent en léthargie pour 120 ou 180 minutes. Deux, trois heures de paix impériale. Quand la sarabande reprend, Johnny aura filé un tiers de sa journée.                           

    Son casse-croûte englouti, son magazine épluché sous toutes les reliures, il s’adonne à son sport favori : la torsion du cou pour happer un coin de ciel et surtout le balcon d’en face au deuxième. Invariablement, chaque jour que gardien de parking purge, elle apparaît droite, élancée, blonde, le regard dardé au-delà de la cime des bâtisses bourgeoises de la rue Vinca. Mains sur la balustrade, elle défie le monde de son buste cambré. Johnny, subjugué, frise le torticolis, les yeux rivés à cette icône immuable, bénédiction de son début de journée. 422 jours à l’idéaliser, à lui imaginer un nom, à lui parler dans sa tête.

                                                      http://www.lessensdecapucine.com/charlemagne25/uploads/2012/08/Balcon-Juliette-1024x678.jpg

    - Mylène, le m’appelle Mylène, soliloque la blonde du deuxième. Depuis le temps que tu me dévores des yeux mon petit Johnny, je peux bien te souffler mon nom. Moi je connais le tien, je le lis sur le ticket que tu me tends trois fois par semaine. Drôle que tu ne reconnaisses pas ta déesse, Johnny boy. Pourtant, je ne change pas grand-chose : une perruque noire, des lunettes à double foyer, et jamais un œil sur toi, guichetier à perpétuité. Tu ne m’intéresses pas, rêveur de onze heures, tu n’es qu’un incitant à me détacher plus encore de cette terre sans goût. 422, les jours, je les enfile comme toi, quatre, deux, deux fois que j’aspire l’air à larges poumons, à la même heure, en face du parking de la rue Vinca, gardé par Johnny sans ambitions, avec Mylène sans nom dans les yeux en altitude. Avant, je ne te voyais pas, trop concentrée à engorger l’oxygène nécessaire à ma survie. Et puis, ce jour où j’ai baissé la tête pour estimer, si jamais je devais… si c'était assez haut pour être définitif. Maintenant Johnny, tu es dans ma vie, juste assez pour que je ne saute pas. Tu ignores que je te lorgne brièvement, à la dérobée, chaque matin que le Destin m’accorde. Et nous en resterons là, mon cher, champion du merguez carottes. Ça aussi, je le vois, ton paquet ficelé d’aluminium, quand je m’exile de bon matin, noire, myope et indifférente. Le jour où tu me reconnaîtras, belle gueule, je quitterai le balcon et je réintégrerai le commun des mortels. Nos deux sorts sont couplés par ma seule volonté, c’est insensé, aussi fou que de parader au balcon à l’aube de jours meilleurs.

    La diva de Vinca regagne ses appartements. Johnny redresse le torse, replie le cou étiré à l’extrême pour capter l’altière inconnue.

    De grâce, de grâce, monsieur le promoteur,
    De grâce, de grâce, préservez cette grâce
    De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
    Ne coupez pas mes fleurs

    Les paroles assourdies percent la cage de verre. Johnny fait coulisser la vitre pour encaisser les trois euros glissés dans la sébile blindée. La chanson gagne vingt décibels. A la longue, Johnny la connaît par cœur. Mr Sartan adore Dutronc.

    • Comment ça va Johnny, aujourd’hui ?
    • Pas aujourd’huis, au jour de porte, sourit Johnny, adepte farouche du calembour. Ça roule, cahin, caha.
    • La belle blonde a déjà pris l’air ?
    • Trop tôt, Mr Sartan, beaucoup trop tôt. A onze heures tapantes ! Avant l'heure, c'est pas l'heure.
    • Tant pis, Johnny, je ne la verrai pas, la journée m’attend, à demain.
    • A demain.

                                                             Bâtiments et villes zombies - Le blog de immobilier ...

    Le conducteur de la Saab noire 940 pousse le volume du lecteur de CD à treize. Le minimum audible pour saisir la poésie pudiquement articulée de l’ami Jacques, compagnon inséparable du petit matin. L’homme d’affaires savoure le démarrage en douceur avec Paris s’éveille, puis Monsieur le promoteur et enfin Les bons et les méchants, trois mélodies câlines. La suite importait moins, seul le tiercé initial lançait idéalement la journée. Les moindres recoins du quartier du Hasard –Johnny aimerait, Paris/hasard- étaient imprimés dans ses neurones. Môrn portait bien son ennui provincial. Sartan avait longtemps vécu à Paris. Dès que la ville dortoir le déprimait, il s’échappait en souvenirs, escapade salutaire vers Paris où il avait grandi et prospéré. Il n’aurait jamais déménagé s’il n’y avait eu Mylène et son spleen.

                                                       Photo de Kirsten Dunst - Melancholia : Photo Kirsten Dunst ...

    Sa fille se décomposait dans la ville lumière, perdue ennui plus longs que les jours. Il lui avait prescrit une cure de langueur monotone et de Johnny au rez-de-chaussée. Le gardien du parking était un cadeau des lieux. Une intuition étonnante chez lui  avait ancré la certitude que Mylène et Johnny, ça pouvait coller. L’attirance des contraires. Il avait donc garé son magnifique coupé dans le parking miteux de cette impasse. Il espérait sceller en pointillé les destinées de la blonde et du grand brun.

    Mylène atone avait consenti au transfert vers Môrn. Une année à vivre au ralenti, à ne frayer avec personne. Mais d’emblée, il avait noté sa sortie rituelle à onze heures, qu’il pleuve ou qu’il vente. Et invariablement, la plongée vers la cahute de Johnny, comme si l’horizon était inaccessible et la vie au pied du mur.

    Surtout, ne rien précipiter, ne rien provoquer, laisser le temps des commencements. Sartan monta le volume à quinze.                                                  

                                     De grâce, de grâce, monsieur le promoteur,
                                          De grâce, de grâce, préservez cette grâce
                                          De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
                                          Ne coupez pas mes fleurs

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    Mon fils m’avait montré la bande-annonce sur sa tablette la semaine précédant la sortie du Bonhomme de neige. Appétissant !

                                                                Le bonhomme de neige de Tomas Alfredson - Cine974

    La lecture de la fiche technique a encore renforcé l’envie : Martin Scorsese en co-producteur, Michael Fassbender dans la peau de l’inspecteur Larry Hole, Rebecca Ferguson (Premier contact , La fille du train), un tournage éprouvant sur les cimes norvégiennes…

    J’avais lu aussi quelques-unes des onze enquêtes du flic borderline créé par Jo Nesbø en 1997. Larry Hole m’avait séduit, personnage écorché vif, luttant contre une culpabilité pathologique et l’alcool anesthésique. Son interprète le décrit parfaitement.

    "Harry est un solitaire, il se moque de ce que les autres pensent de lui. Il est obsessif, d’où sa faiblesse pour l’alcool. Mais il boit pour exorciser les horreurs auxquelles il est confronté dans son travail. On sait qu’il est responsable de la mort d’un collègue alors qu’il conduisait en état d’ébriété. Il traîne cette culpabilité avec lui. C’est de là qu’il tire aussi son inclination pour la boisson : il boit pour oublier et s’autodétruire. Il est très vulnérable."

                                                         Pourquoi Le Bonhomme de Neige est un film raté | News ...

    Bref, j’étais partant dès la sortie ce 15 novembre. Patatras ! La critique unanime exécute Tomas Alfredson, tant en Belgique qu’en France où le film ne sort que le 29 novembre, retardé de deux mois.

    Que faire ? Surtout que Numéro une m’attire également. Vous n’allez pas le croire, j’ai postposé mon rendez-vous avec la chef d’une multinationale et j’ai pris un billet pour la Scandinavie, décidé à trancher moi-même sur la qualité de la neige du bonhomme, adaptation du septième volet des enquêtes de Larry Hole, volume qui a placé l’auteur norvégien sur orbite internationale. Comprenne qui pourra ! Les voies du spectateur mordu de polars psychologiques sont impénétrables. Je me rassure en me disant que les programmeurs du Caméo se trompent rarement. Je revois la bande-annonce, mes bonnes sensations sont confirmées. La longueur inhabituelle (2’25’’) aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Et si c’était un montage habile des meilleurs moments du film ?

    J’ai la réponse à ma question après un premier quart d’heure prometteur axé sur un drame et sur la dégaine d’Harry quasiment au fond du trou, passant ses nuits sur un banc ou sur le canapé de la brigade criminelle. Ce gars-là est en train de revenir dans le monde des vivants.

    Être équilibré, c’est pouvoir être déséquilibré sans tomber. (Pascal Chabot, Exister, résister, p.189).

    Le Bonhomme de neige : Photos et affiches - AlloCiné Le lecteur de Nesbø appréciera un soupçon d’ambiance conforme aux livres. Grosse différence, les séquences sont un peu trop éclairées. C'est joli mais ça déforce la tension qui se dissipe très vite. Place à la traque d’un tueur en série, à une intrigue secondaire portée vaillamment par l’adjointe d’Harry, la seule à densifier son personnage. Le montage alterné respecte la trame des romans, mais finit par agacer à l’écran. Les indices menant au tueur, disséminés dans un monceau de pages, apparaissent ici grossièrement au spectateur.

    Je serai moins sévère que les critiques professionnels qui attendaient énormément de cette affiche d’enfer. Je dirais qu'une mise en scène paresseuse a déteint sur les acteurs. Ce bonhomme de neige pâlot ternit la bonne réputation des polars venus du froid. J’ai demandé  à voir le jeu; j’ai vu et j’ai perdu. Félicitations au monteur de la bande-annonce.

     

     

     

     


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                                                     L'Atelier : Photo Marina Foïs, Matthieu Lucci

    L’ancien animateur d’atelier d’écriture que je suis a savouré jusqu’à la dernière goutte le suc de L'atelier (8 novembre). La consigne de l’été sur les hauteurs de La Ciotat est ambitieuse : écrire un roman policier ancré dans le passé de la ville natale de sept adolescents sélectionnés parmi des candidats en délicatesse avec l’école. Olivia, écrivaine confirmée, se frotte à une jeunesse résignée, persuadée d’être sur les rails d’une vie dénuée d’intérêt, classe sociale oblige. Le groupe reflète la France actuelle. Il y a un noir, une beur de la troisième génération, un musulman, un franco-hispanique, une antillaise et deux français de souche.

    Malika est particulièrement motivée. Elle entend honorer la mémoire de son grand-père, ancien travailleur des chantiers navals tombés en faillite après avoir connu des heures florissantes. Ses comparses d’écriture flottent entre fiction totale ou polar mâtiné d’histoire locale. Antoine s’ingénie à contrer les idées passéistes. Il propose de situer l’action dans le port de plaisance des nouveaux riches. Sa personnalité ambigüe intrigue Olivia. Elle tente de cerner un caractère à la fois indécis et déterminé, en tout cas une plume prometteuse. En fait, les motivations de l’animatrice sont troubles également. Occupée à terminer un  nouveau livre, elle peine à étoffer son personnage principal. Antoine pourrait lui fournir la substance recherchée au cours d’un entretien particulier.

                                                                    

    « Pourquoi vous me posez toutes ces questions sur moi, ma vie n’a rien d’intéressant. Vous êtes curieuse parce que je vous fais peur. »

    Laurent Cantet inscrit cette relation équivoque dans un portrait de groupe dont il est friand. Les jeunes acteurs non professionnels sont criants de spontanéité. Ils exposent les doutes et les espoirs d’une génération, qui au fond, dispose des ressources pour lâcher les clichés réducteurs. L’écriture collective les pousse à réfléchir sur un projet commun. Le groupe quitte l’immédiateté des textos et des réseaux sociaux. Il expérimente la durée au fil de pages qui prennent corps au long de  discussions animées, parfois violentes, véritables joutes pour Olivia, vachement testée par ses émules. L’atelier est à la fois description du processus d’écriture et tableau d’une jeunesse déboussolée. Publier un livre constitue une rupture majeure avec l’image négative qu’elle a d’elle-même. La publication produit un passeport vers une nouvelle identité, fruit  d’une réflexion sur soi, éprouvante quête de son être réel.   

                                                    L'Atelier : Photo Marina Foïs, Matthieu Lucci

    Le groupe force Olivia à redéfinir la littérature comparée à la réalité. L’écriture est-elle réel imaginé, représenté ou doit-elle exprimer le ressenti, l’expérience vécue ? Se mettre dans la tête d’un assassin suffit-il à rendre palpable son état d’esprit ? La visite des anciens chantiers navals suffit-elle à relier les jeunes à l’histoire ouvrière (dix ans d’occupation du site) qu’ils ont vécue au mieux par procuration ?

    Antoine répond non à la plupart des questions. Il dénigre un livre d’Olivia.

    « Ce ne sont que des beaux mots. Vous ne pouvez pas savoir ce qu’il y a dans la tête d’un criminel si vous n’avez pas tué vous-même !  Vos mots compliqués, c’est du vent, c’est une langue de bourge !

    L’écriture pose les balises d’une meilleure connaissance de soi. Le groupe réajuste les egos. Le vivre ensemble génère un pas vers d’autres cultures. La vie, un atelier en mouvement !

     

     Au revoir là-haut : Affiche Plusieurs lecteurs du livre de Pierre Lemaître m’ont demandé si j’avais vu le film.                                   Oui, mais je n’ai pas lu Au revoir, là-haut (25 octobre). Les lecteurs sont contents de l’adaptation qui monte en épingle une péripétie secondaire dans le roman. La version cinématographique satisfait aussi l’auteur. Le film m’a donné une vague envie de lire le livre.  Pour ma part, j’aurais aimé que la réalisation assume complètement un picaresque esquissé. Le mélange hétéroclite de burlesque, de fantasmagorie et d’émotion m’a assis entre deux sièges, inconfort vécu légèrement grâce à quelques tendres séquences.

    Petit paysan (18 octobre) arrivé tard en Belgique m’a déprimé, fiction documentaire sur la résistance d’un petit exploitant face au machinisme."Je n'ai jamais rien fait d'autre, je ne sais faire que ça". Poignant ! Nul avenir pour l'artisan, cul et chemise avec sa

    trentaine de bêtes, affairé à leur parler et à les cajoler. Photo 2 Petit paysan - Film 2017 de Hubert Charuel

    Nous avons peu échangé avec nos amis à la fin de la projection.La conversation a viré de bord  rapidement. Nous voulions éviter de tirer le triste bilan d’une paysannerie mécanisée, endettée et désespérée. Il reste à fonder nos espoirs sur les groupements de paysans-artisans, promesse de renouveau comme jonquille au printemps, soutenue par des consommateurs motivés.

     

     

     


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                                  Mise à Mort du Cerf Sacré : Affiche

    À la fin de Mise à mort du cerf sacré (1er novembre), je me suis demandé ce qui m’avait poussé une fois encore à voir un film qui je le pressentais, allait me déplaire. J’étais pourtant prévenu. J’avais regardé la veille le début de The Lobster sur le petit écran. J’ai tenu une petite demi-heure. Yorgos Lanthimos provoque le spectateur jusqu’à l’immerger dans un malaise irrépressible. Son cinéma est glacial et glaçant, regard clinique sur une famille lisse et impersonnelle, engoncée sous le vernis de la réussite clinquante. Le fils d’un patient mort entre les mains du père chirurgien ensorcèle les deux enfants du couple. Le bistouri coupable est sommé d’exécuter un membre de la famille pour lever le sort. La loi du talion orchestre un récit morbide. La blancheur uniforme des décors et des lieux accentue la froideur ambiante.

    Une citation de Charles Juliet monte en ligne :

    Un artiste qui ajoute à ce que notre société a de plus déliquescent, est comparable au médecin qui, au lieu de soigner un malade, s’emploie à aggraver sa maladie.

    Mise à Mort du Cerf Sacré : Photo Colin Farrell, Nicole Kidman

    J’aimerais voir le talent indéniable du réalisateur grec se déployer dans une vision plus nuancée de l’être humain. Ce sujet tordu ne provoque que dégoût et rejet. Et s’il fallait ranger la Mise à mort dans une catégorie, ce serait celle des films repoussoirs stériles. Cette dissection de l’inhumanité abaisse la vibration vitale globale. Remuer avec délice les bas instincts ajoute à la déprime générale.

    Ça sert à quoi, tout ça ?
    Ça sert à quoi, tout ça ?
    Ne me demandez pas de vous suivre.
    Ça sert à quoi, tout ça ?
    Ça sert à quoi, tout ça ?
    Il nous reste si peu à vivre,  

    chante Maxime Le Forestier.

    Je décide de baisser mes exigences d’éclectisme cinéphile et de suivre mon bon plaisir. Donc, je bouderai A Beautiful Day de Lynne Ramsay, qui avoue une tendance marquée à sonder la part obscure de l’homme. J’avais détesté We Need To Talk About Kevin, portrait d’un sociopathe en rupture de ban avec sa mère. Comme Lanthimos, Lynne Ramsay recueille les faveurs de la presse spécialisée. La critique cherche le sensationnel, la nouveauté, la mise à nu des penchants les plus abjects. Sans moi ! Marre de ces films qui gèlent le cœur et atrophie l’empathie envers l’Autre.

    Ciné  Story Spécial Angoisse                                                        Le cinéma a toujours eu un faible pour les monstres et la monstruosité humaine. La revue Ciné Story dresse un inventaire exhaustif des toiles de l’angoisse dans un numéro spécial. La peur sur grand écran a généré des chefs d’œuvre, en résonance avec notre anxiété innée. Voir ses peurs exposées en miroir désamorce l’angoisse latente qui nous mine à notre insu, amplifiée par les bruits chaotiques du monde. Il est temps de distinguer les films édifiants des films consternants et de restituer aux premiers l’attention gaspillée avec les seconds. Mon attention se porte prochainement sur L'atelier et Le petit paysan.

     

     

     

     


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    Plus qu'une place pour l' Atelier Dépassement de soi et ancrage identitaire le mardi 14 novembre

     

                                                Frankie Et Alice

    Frankie donne son truc à une nouvelle stripteaseuse d’une boîte de Los Angeles.

    « Je me regarde de l’extérieur, je me laisse envahir par la musique, comme si je n’étais même pas là. »

    Quelques jours plus tard après une crise de fureur agressive, Frankie est admise dans une clinique psychiatrique. Son médecin référent lui demande :

    Vous sentez-vous à l’extérieur de vous-même ?  Vous vous voyez agir de loin ? 

    - Non, répond Frankie, pas du tout.

                                                             Frankie & Alice : Photo Halle Berry

    Nous sommes en 1973, au début d’une longue relation thérapeutique (d’après une histoire vraie) entre Frankie, ses personnalités multiples et le psychiatre qui l’accompagnera jusqu’en 2001. Frankie & Alice (2010-13) n’est jamais sorti en Europe, il a tenu un mois aux États-Unis, après avoir dormi trois ans dans les tiroirs des producteurs, dont Halle Berry (fille d’un médecin et d’une infirmière psychiatrique), époustouflante dans le rôle d’une femme souffrant de trouble dissociatif de l’identité. Comme d’habitude, j’ai trouvé mon bonheur sur l’étal d’un revendeur de DVD au marché du samedi.

    J’ai vécu un moment captivant à démêler l’écheveau des êtres qui cohabitent chez Frankie, de plus en plus désorientée.

    « Je n’ai rien de commun avec cette fille sinon de partager le même corps. Nous verrons si ça dure longtemps parce que j’en ai assez de la défendre et de la supporter. »

    Frankie perd le contrôle dès qu’un souvenir la replonge dans un traumatisme ancien (1957). Elle ne sait plus qui elle est et ne se souvient pas de ses crises. L’hypnose parvient à établir le profil des deux personnes qui animent Frankie tour à tour. Soumise à des évaluations régulières, la patiente affiche un quotient intellectuel différent selon l’identité endossée, allant du génie à l’individu moyen.

    Frankie & Alice : Photo Halle Berry, Stellan Skarsgård Le docteur Oz sort des pratiques battues. Fini, les évaluations, les tests.  

    Il mise sur l’empathie et sur l’acceptation positive inconditionnelle, deux des piliers de l’approche centrée sur la personne chère à Carl Rogers. Il pratique même un peu la pré-thérapie sans le savoir, une approche que je viens de découvrir en lisant un ouvrage paru chez Chronique sociale.La pré-thérapie est utilisée avec les personnes aux capacités de contact altérées. L’objectif de cette thérapeutique récente (1992) est de rétablir trois types de contact : avec la réalité, avec les émotions et avec la communication. Le thérapeute dispose de cinq portes d’entrée. Il peut :

    *Évoquer la situation : vous êtes dans le réfectoire, occupé à manger. Vous avez regardé votre voisin.

    *Évoquer l’expression du visage : Vous souriez, vous avez l’air en colère.

    *Refléter l’attitude corporelle : le thérapeute peut se balancer comme son interlocuteur ou il reflète l’attitude par la parole : le corps de Pierre se balance.

    *Répéter mot à mot.

    *Réitérer un propos ancien : reprise immédiate d 'un contact antérieur.

    Ce réseau de contact à des niveaux différents donne l’occasion de s’exprimer et d’entrer en relation à la personne psychotique. La méthode l'amène à reprendre pied dans la réalité; c'est une passerelle vers la possibilité d’un travail suivi.

    Le docteur Oz mise sur une relation de confiance et de sympathie avec Frankie. Le psychiatre atypique et solitaire lâche ses chères études. L'appel au secours de Frankie l'émeut. Il mobilise ses ressources et son imagination afin de percer le mystère de cette femme insaisissable.

    Frankie & Alice : Photo « Je suis vaste, je contiens des multitudes », a dit un poète. 

    Nous avons tous différentes personnalités à l’intérieur de nous, explique le médecin au cours d’une de ces longues conversations avec Frankie. « La difficulté pour vous, c’est d’accepter ces différents aspects de soi, de les faire coexister, de parvenir à vous unifier

    Les approches humanistes des troubles psychiques passionnent le praticien narratif que je suis. Une bonne relation avec la personne consultante jette les bases de l’évolution visée en thérapie. Je suis aux anges lorsque le cinéma montre les arcanes du travail thérapeutique comme dans Jimmy P. psychothérapie d’un indien des plaines, par exemple, où la relation entre un ethnopsychiatre et son patient est curative. Encore une histoire basée sur des faits réels, portée par des acteurs excellents et concernés. Ce parfum d’authenticité donne un format accru à la texture de nos projections.

    Frankie & AliceFrankie & Alice (DVD Universal Pictures France, 830 316 4)

     

     


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