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    François Foucault, le fils du célèbre écrivain, est professeur de lettres dans le meilleur lycée de France. Il défend une grande théorie sur la pédagogie dans les établissements difficiles : il faut y affecter des enseignants blanchis sous le harnais au lieu de débutants promis à l’échec. Chiche, dit une séduisante attachée de cabinet au ministère de l’Éducation nationale. Le brillant latiniste se retrouve en banlieue à introduire Les misérables, en racontant  Victor Hugo comme un fait divers. Et ça marche ! François patauge longtemps dans le moule du prof pédant et cinglant avant de baisser la garde et de se mettre au diapason de sa classe de quatrième secondaire. Ils sont  certes turbulents et frondeurs, mais bons dans le fond. Surtout si on organise un goûter en classe à la fin d’un trimestre.

                                                                     Les Grands Esprits : Affiche

    À moule, moule et  demi. Les grands collèges bourgeois forment naturellement des élites. Les écoles de  banlieue produisent logiquement des ratés. Et si c’était dans la tête ? François teste les idées préconçues en appelant les anagrammes à la rescousse. Il distribue une liste de mots. Le jeu consiste à former des anagrammes avec chaque mot. « Qui trouve, lève le doigt ! » Une partie de la classe réagit. La même moitié recompose le deuxième mot. Les élèves à la traîne sèchent encore. Troisième mot, rebelote.

    « C’est pas possible, votre truc, ça ne marche pas. On est nul ou quoi ? »

    « Du calme, du calme, rassure le professeur espiègle. Il y avait deux listes, une facile, l’autre avec des anagrammes impossibles. Le troisième mot était commun, mais certains avaient déjà baissé les bras, découragés et confortés dans la croyance qu’ils sont des incapables. J’ai fait cela pour vous montrer l’effet d’un fausse opinion sur soi-même. »

    Cette expérience, basée sur des données scientifiques, trace la voie de l’estime de soi, en soulignant le poids des fausses croyances. Bien vu, monsieur le professeur. De bons exposés sur Les misérables, une histoire si proche de la leur, conforte la confiance nouvelle des élèves. Une visite au château de Versailles élargit encore l’horizon des cités HLM et crée du lien avec François, occupé à revoir

    sa pédagogie de A à Z.  Les Grands Esprits : Photo Le premier film d'Olivier Ayache-Vidal sonne juste.

    Il a tourné Les grands esprits  (13 septembre)  après s’être immergé deux ans dans un lycée professionnel de la Seine Saint-Denis. Son ambition est modeste. Le réalisateur se contente de montrer une pédagogie adaptée aux ressources d’élèves voués culturellement à l’insuccès. Son professeur modèle casse les préjugés, tant les siens et  que ceux des élèves vis-à-vis d’eux-mêmes) ; il ouvre ainsi un dialogue propice à l’apprentissage basé sur la confiance. Il suffit de comparer la distribution des dissertations corrigées à Henri IV  (truculente et cynique) et celle au Clos St Lazare pour mesurer l’évolution de François. Le prof importé va même jusqu’à éplucher le règlement du conseil de discipline afin d’atténuer une sanction excessive. L’année finit en chanson. La chorale chante Si maman, si devant un parterre de parents et d’enseignants ravis et un brin mélancoliques.

    Tous mes amis sont partis
    Mon cœur a déménagé
    Mes vacances c'est toujours Paris
    Mes projets c'est continuer
    Mes amours c'est inventer …   (France Gall et Michel Berger)

                                        Les Grands Esprits : Photo

    On a envie d’accompagner le chœur au contraire de l’enseignante nonagénaire spectatrice avec nous. La grossièreté des élèves ne mérite, selon elle, aucune indulgence. « Je n’aurais pas sa patience; il est bien trop gentil, il ne punit même pas une tricherie.» Il est vrai que les classes ont bien changé depuis 1982, date à laquelle ce professeur exigeant et impliqué a pris sa retraite. Mais je suis certain qu’elle aurait adapté ses méthodes, si nécessaire, comme François. Les grands esprits sont faits pour se rencontrer.

     

    Paris ciné-narre

    Plus que trois dodos avant le samedi 23 septembre où j'aurai le plaisir de parler des ciné-clubs sur le pouce, de la ciné-narration et de mon prochain livre en prélude au spectacle  Les couples légendaires, au bar du théâtre Clavel, à partir de 17h30.  Ensuite, la lectrice enthousiaste de mon ouvrage précédent donne un concert cinéphile à 19h. Karine Abitbol a choisi la scène pour exprimer son amour du cinéma. Elle chante, raconte et dialogue avec son pianiste. Rendez-vous est pris !

     


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    Ciné-narration parisienne

    C'est donc samedi 23 septembre prochain que j'aurai le plaisir de parler des ciné-clubs sur le pouce, de la ciné-narration et de mon prochain livre en prélude au spectacle  Les couples légendaires, au bar du théâtre Clavel, à partir de 17h30.  Ensuite, une  fervente lectrice de mon ouvrage précédent donne un concert cinéphile à 19h. Karine Abitbol a choisi la scène pour exprimer son amour du cinéma. Elle chante, raconte et dialogue avec son pianiste. Rendez-vous est pris !

     

     

     Seven Sisters : Affiche

    Je devais en avoir le cœur net. La critique belge a littéralement descendu les Seven Sisters tandis que la France était plutôt indulgente. À voir les chiffres de fréquentation, je veux croire que la presse spécialisée a encore du poids. Noomi Rapace cartonne en tête du box-office de l’Hexagone, à près d’un million d’entrées en deux semaines. Chez nous, les sept clones glissent à la treizième place. Comme j’ai un petit faible pour l’actrice polymorphe suédoise, aussi à l’aise dans les films d’action –Conspiracy- que dans une partition dramatique –Beyond-, j’ai enfourché mon vélo et me suis rendu dans un multisalles pour me forger ma propre opinion. Je voulais également étayer une hypothèse dont je vous parle que j’expose ci-dessous. J’ai donc sacrifié à mes principes en m’asseyant  dans une salle pop-corn et en  acceptant l’aversion doublée. Vous le valez bien.

                                                 Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

    Et ça valait le déplacement, hormis un final cucul la praline. Le décor est planté d’emblée. La terre est surpeuplée. Le réchauffement climatique provoque des mouvements de population. L’espèce est en voie d’extinction si l’homme continue, non pas à polluer, mais à enfanter sans retenue. Le bureau des quotas des naissances veille à la graine. Chaque famille a droit à l’enfant unique. L’excédent est cryogéné (congelé) en attendant des jours meilleurs. Un grand-père refuse la loi inique. Il cache les sept bébés de sa fille morte en couches. Il leur donne à chacune le nom d’un jour de la semaine. Lorsque les sept sœurs ont l’âge de raison, elles écoutent leur papy donner la clef de leur survie.

    « Vous sortirez tour à tour un jour par semaine, celui correspondant à votre prénom. Vous partagerez une seule identité, celle de Karen Settman. Vous allez former une équipe terrible, sept cerveaux valent mieux qu’une seule tête. » La sœur de sortie raconte sa journée le soir aux six terrées dans leur appartement-refuge, mélange de technologie et de vestiges de l’ancien temps. Le subterfuge tient trente ans.

    Seven Sisters : Photo Lara Decaro, Willem Dafoe La situation me prend directement aux tripes.  

                                                          J’applaudis l'intelligence collective liguée contre la dictature bête et horrible. Les tempéraments se cognent et se complètent de Lundi à Dimanche. Je m’attache à l’équipe, moins aux individus. Le spectateur n’a pas l’heur de se familiariser avec l’une ou l’autre, pris dans le tourbillon frénétique de scènes d’action lorgnant sur Atomic Blonde. La rage de survivre à la traque permanente m’impressionne. Elles se battent avec l’énergie du désespoir, la plus fragile compensant sa faiblesse physique par une connaissance hors pair des outils digitaux. Quelques scènes sont très dures ( accès interdit au moins de douze ans).

    J’assimile leur résistance au diktat à l’opposition que je manifeste autant que possible à la numérisation intégrale de la société. Je pense aussi à cet ami qui milite dans les médias en faveur de la dénatalité sur une planète incapable d’assurer le bonheur universel. Bref le film me parle, me mobilise au-delà de son étiquette de film anodin. J’en viens à supputer les raisons de son succès en France, nation plus connectée encore que la Belgique. La démultiplication des personnalités portant une même identité a dû plaire à la jeune génération à l’affût d’un profil aimable sur les réseaux sociaux.  Une des sœurs, lassée de cette vie souterraine profère ces terribles paroles ; je ne sais plus ce que je crois, je ne sais plus qui je suis.

                                             Seven Sisters : Photo Noomi Rapace

    Comment naviguer dans le monde des data ?  Comment distinguer le vrai du faux ? Que garder, que laisser ? Le philosophe Pascal Chabot rappelle dans un essai clairvoyant que « c’est à nous qu’il revient de décider qui nous voulons être. C’est à nous d’élire, entre les dimensions qui nous composent, celles qui comptent le plus… » « …  Chacun recèle en lui-même de nombreux personnages, qui cohabitent comme ils peuvent et parfois s’affrontent dans des conflits intimes qui déchirent la personne… » Les sept sœurs (sortie le 30 août) forment un tout, réunies sur la main qu’elles composent au nom de la solidarité. Esprit d’équipe, entraide, amour fraternel, trois valeurs remises au goût du jour, au détour d’un film en apparence insignifiant. Ce sens singulier né de ma posture de spectateur engagé, intentionné, a peut-être résonné à l’identique en France, chez un public sensible au message se nichant entre des séquences de baston convenues. Nous ne saurons jamais ce que pense le public américain, les sœurs sont sorties directement en vidéo à la demande.

    En tout cas, deux personnes interrogées à la sortie, n’ont vu qu’un film d’action, « bien trop lent au début (temps d’exposition du contexte et mise en situation des septuplées). On a eu peur de s’ennuyer, après ça allait fort, heureusement.» C’est le moment de redire que chaque séance est unique, conditionnée par l’humeur du moment, le thème du film, l’implication du spectateur dans l’histoire montrée, plus ou moins proche de la réalité.

     

     

     


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    Quelle belle rentrée cinéma hier soir à huit spectateurs réunis dans un Ciné-club sur le pouce autour du formidable Ôtez-moi d'un doute (6 septembre).

    - Çà c’était un film réel, s’exclame une participante. La vie telle qu’elle est ! »

    Ôtez-moi D'un Doute : Affiche La tablée était enthousiaste, heureuse d’avoir ri, d’avoir été émue et finalement d’avoir vécu un excellent moment. Le début de l’échange a porté sur la préférence entre les deux pères, Erwan se découvrant un père biologique sur le tard. Personne n’avait de chouchou, excepté mon vis-à-vis qui appréciait le côté bohême et anarchiste de Joseph, le nouveau père d’Erwan. Le vieil homme est en effet original. Il affuble ses chiens de noms de dictateur qu’il fait marcher au pas. Le dernier en date s’appelle Pinochet. « C’est un bâtard, confie Joseph à Erwan, dans une file au supermarché, il a une peur maladive d’être abandonné.» Ces propos font mouche chez le fils biologique sur la  piste de son géniteur.

    Cet humour bien placé a séduit les membres du ciné-club. Ils soulignent le bonheur d’alterner rires et émoi, ce dernier parfois profond lorsque l’émotion surgit par surprise, le sourire à peine déplissé. Notamment dans cette scène, où la fille d’Erwan, se retrouve seule dans un couloir de maternité après avoir perdu les eaux. Juliette ne connaît pas non plus le  père de son enfant. Erwan presse sa fille de vingt-trois ans de quérir le papa, « c’est vital pour l’enfant à venir, il doit savoir d’où il vient.» Erwan est d’autant plus motivé qu’il a hésité à rencontrer son père inconnu. Lui-même a quitté un boulot gratifiant pour s’occuper de sa fille à la mort de sa femme.

                                                               Otez-moi d'un doute - Photo 2

    Maintenant, Erwan creuse les plages, sonde les carrières et arpente les prés à la recherche des bombes laissées sur les champs de bataille. Magnifique métaphore de l’homme qui fouille le passé et déterre des secrets explosifs. Et on peut dire que ça pète de tous les côtés dans la vie assez rangée du grand au cœur tendre. Voilà qu’il rencontre Anna, médecin rentre dedans (au propre et au figuré). Le courant passe bien,  mais pas de bol, Anna est la demi-sœur d’Erwan.

    - Tous les personnages sont attachants. Ils sont tous regardés avec bienveillance et tendresse.

    - Ils jouent tous juste. François Damiens est incroyable de retenue, comme il exprime bien ses émotions du dedans.

                                                           Ôtez-moi D'un Doute : Photo André Wilms, François Damiens

    Une question sur les scènes marquantes nous amène à parler des accolades, bienvenues lorsque les mots manquent. Il y en a plusieurs, entre un fils et son père, entre un père et sa fille.

    - Le contact physique est plus facile entre une mère et son fils qu’entre un père et sa fille, non ?

    Du coup, une épouse rappelle à son mari, une longue étreinte entre lui et son fils. Le père avait oublié… Un autre témoignage raconte les retrouvailles d’un ami perdu de longue vue. « Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre à un enterrement.»

    Silence.

    - Je vais conseiller à ma mère d’aller voir le film. Cela m’a fait repenser à la place du père.

    - C’est vrai, la réalisatrice met les pères (les hommes) à l’honneur alors que d’habitude, ce sont les femmes qui ont le beau rôle.

                                                                 Ôtez-moi D'un Doute : Photo Alice de Lencquesaing, François Damiens

    Chacun souligne la pudeur de la réalisatrice et son souci du détail symbolique, visible fugacement à l’arrière-plan, comme le nom du bateau du père (1) d’Erwan : Brave cœur.Carine Tardieu place aussi un personnage lunaire dans le tableau de la famille. Didier compose un stagiaire démineur  détonnant, faisant penser à Pierre Richard à ses débuts. Des sujets graves sont abordés avec légèreté, sur une partition musicale très pensée. Concerto pour mandoline de Vivaldi, Ma fille, de Serge Reggiani, Papageno de Mozart et la composition originale d’Éric Slabiak scandent délicatement  les  tournants de vie d’un récit pétri d’affection.

    - Alors, comment cataloguer ce film humaniste, qui fait tant de bien ?

    -Non, ce n’est pas une comédie. Les relations avec le père sont poignantes.

    -Une comédie dramatique ?

    -Non, ce n’est pas dramatique, grâce  à l’humour.

                                                           Ôtez-moi D'un Doute : Photo Estéban

    Qu’importe la classification Une certitude, c’était une belle soirée. Aucun doute : Ôtez-moi d’un doute est promis à un grand succès de foule. On en redemande.

     

    Suggestion

    Une lectrice enthousiaste de mon ouvrage précédent donne un concert cinéphile le 23 septembre prochain, à 19h.. Karine Abitbol a choisi la scène pour exprimer son amour du cinéma. Elle chante, raconte et dialogue avec son pianiste. À son invite, j’aurai le plaisir de parler des ciné-clubs sur le pouce, de la ciné-narration et de mon prochain livre en prélude à son spectacle  Les couples légendaires, au bar du théâtre Clavel, à partir de 17h30.  


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  • La rentrée bat son plein. Le temps presse à nouveau. Plus une minute à soi, ou presque. Enfin, s'asseoir, le sentiment de l'horaire accompli. Prendre un livre, mettre un disque ou sortir, resto ou cinéma. Accompagné de l'être cher ou d'amis fidèles, gourmets ou cinéphiles. Et pourquoi pas, coupler bonne chère et belles images. Vivre une belle histoire, bien calé dans un fauteuil confortable. Et puis, en parler autour d'un bon repas ou si la nuit tombe, autour d'un comptoir accueillant. La ciné-narration peut commencer. C'est une activité que je vous invite à pratiquer en ce début septembre. Voir et parler d'un film en toute décontraction ménage une belle échappée au quotidien prenant. Je parle amplement de ce nouveau loisir dans un prochain livre à paraître aux Éditions Chronique sociale dans un bon mois. Je vous en livre deux bonnes feuilles selon l'expression habituelle des rentrées littéraires. La rentrée des ouvrages de sciences sociales en octobre sera aussi dense que la fournée romanesque, paraît-il. Temps mieux. Vivre mieux selon des temps choisis prélevés en conscience.

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    Plusieurs mèches attisent la ciné-narration :

     

    - L’envie de parler.

    - La résonance avec le noyau vibratoire du film, constitué de l’histoire (imaginée ou vécue) du réalisateur, racontée par les acteurs et  portée par l’équipe de tournage.

    - Le sentiment d’avoir vécu une coupure temporelle, un moment d’exception.

    - La posture d’un spectateur attentif à ses réactions, conscient des effets du film.

    - Des compagnons spectateurs prêts à rebondir sur les différents récits de film, sur le film, en dehors du film.

    - Des visions contradictoires du film.

    - Le désir de réaffirmer des valeurs personnelles montrées à l’écran.

    - L’acceptation d’effleurer des zones troubles de son identité narrative ; les évoquer si affinités avec la   communauté cinéphile du jour.

    - L’ouverture d’esprit.

    - Le souci de revaloriser le plaisir du vivre ensemble à l’envers d’un monde replié sur lui-même.

    - La volonté de lancer des ponts vers la jeune génération familiale.

                                                http://www.webeustache.com/wp-content/uploads/2015/03/keaton1.jpg

    Une ciné-narration naît d’un entretemps d’exception, organisé ou impromptu, dans le sillage vibratoire d’une séance de cinéma ;  elle consiste à échanger des impressions et des réactions sur une histoire mise en images, au sein d’une communauté cinéphile organisée ou occasionnelle. La ciné-narration s’appuie sur une dynamique entre partenaires ouverts à la nouveauté. Ceux-ci combinent l’histoire du film, leur vision du film et un regard neuf sur leur histoire personnelle, créant de cette façon un récit original et stimulant, qui résonne avec leurs valeurs et leurs aspirations, secrètes ou affichées. La ciné-narration enrichit l’identité narrative du ciné-narrateur en revisitant des émotions, des souvenirs et des croyances.

    La ciné-narration ouvre des perspectives insoupçonnées. Les ciné-narrateurs découvrent l’impact surprenant d’un film au fur et à mesure de leurs récits. Des personnes semblent parfois troublées et songeuses après une prise de parole. Elles aimeraient étoffer cette part d’elles-mêmes apparue ou réapparue au détour d’une histoire éloquente.

    (Extrait de La ciné-narration, une façon d'être.)

                                      Je vous souhaite d'étoffer joyeusement votre identité ciné-narrative

     

     


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  •                                                     Derniers préparatifs avant l'ouverture de la 74e édition de la Mostra de Venise, le 29 août 2017. (Photo : AFP)

    En cette journée de grisaille, un tantinet tristounette, un parfum de reprise flottant dans l’air lesté des premières feuilles mortes, j’ai envie de vous parler du festival de Venise, lancé en grandes pompes hier. La Mostra a de nouveau la cote d’amour après plusieurs années frileuses dans l’ombre de Cannes et de Berlin, voire de Toronto, valeur montante à la bourse des galas cinématographiques. Venise existe depuis l’avènement du cinéma parlant. Ses fondateurs voulaient un événement populaire, susceptible de drainer le grand public vers les salles obscures. Pour sa 74ième édition, La lagune arbore haut les couleurs américaines, offrant une vitrine internationale au cinéma d’auteur du grand continent, en vue de la sélection aux Oscars. Plusieurs stars fouleront le tapis rouge du Lido, entre autres Julianne Moore, Jennifer Lawrence, Michelle Pfeiffer, Matt Damon. L’actrice Annette Bening préside le Jury. Elle aura le plaisir de remettre un Lion d'or à Jane Fonda, 79 ans et Robert Redford, 81 ans, pour leur carrière. Le couple mythique viendra en personne recevoir la distinction sous les regards embués de la foule massée à la vision de Nos âmes la nuit, tiré du roman éponyme de Kent Haruf.

                                       

    Jane et Robert retrouvent les plateaux ensemble cinquante ans après Pieds nus dans le parc. Hélas, seuls les abonnés à la chaîne payante productrice du film auront le privilège de voir ce duo légendaire. Le scénario cannois se reproduit, deux films en compétition n’étaient pas visibles en salles. Ils n’ont d’ailleurs pas été couronnés et Cannes a juré que l’on ne l’y reprendrait plus à épouser l’air du temps, voué à la disparition des cinémas grand écran. Certains couvent l’idée de ne conserver qu’un parc réduit de salles dédiées aux films à grand spectacle et à gros budget, confiant le « reste » à l’écran télé ou au home cinéma promu comme le nec plus ultra pour cinéphiles soi-disant branchés. Je redoute le jour où la chronologie des médias sera inversée, la date de la disponibilité en vidéo à la demande marquant le début de l’aire de diffusion. Non, mais ! (Oui, peut-être). La salle demeure le seul et unique endroit capable de restituer la vibration originale du Septième Art.

    Cela dit, revenons  au couple glamour reconstitué dans Nos âmes la nuit. Addie et Louis, voisins solitaires, essaient une dernière fois de vivre une romance digne de leur grand âge. Place à la quiétude apaisée après la folie de Corie et Paul, mariés tempétueux,

     Pieds nus dans le parcPieds nus dans le parc - CinéLounge Jane Fonda et Robert Redford exorcisent  le temps écoulé en rapprochant une complicité distante qui les vit militer contre la guerre du Vietnam et contre la destruction de l’environnement. Les deux grands acteurs espèrent peut-être revivre un peu de la jeunesse de leurs débuts. Ou bien comblent-t-ils le manque de n’avoir plus jamais tourné ensemble depuis 1967. Quel dommage vraiment de priver le plus grand nombre de ces retrouvailles émouvantes !

    Catherine Deneuve et Gérard Depardieu aiment se retrouver régulièrement. Ils se donnent à nouveau la réplique dans Bonne pomme, après Potiche, Les temps qui changent et Le dernier métro. Ils sont un peu plus jeunes (73 et 68 ans que leurs égaux américains. Ils rejouent les amoureux à l’écran, une fois encore dans une comédie. Jouer léger, c’est alléger le poids de l’âge en se fiant à la connivence établie lors des rôles précédents. Quelle que soit la raison de remettre le couvert, il y a le bonheur de passer un bon moment entre amis.

                                                             

    La jeune génération suit parfois les anciens. Emma Stone et Ryan Gosling ont déjà tourné trois fois en duo, Jennifer Lawrence et Bradley Cooper deux fois en un an. Bérénice Béjo a renoncé (provisoirement ?) à Jean Dujardin. Elle n’a  pas trop apprécié d’avoir vécu la promotion de The Artist derrière la carrure de son partenaire. Cela ne l’a pas empêché de décrocher le César de la meilleure actrice, honneur refusé au Jean très médiatisé.

    L’automne prochain, je continuerai à aller au cinéma en duo, solo ou en groupes. L’arrière-saison promet après un été convenable, mais pas emballant. J’épingle quelques toiles  à venir : Barbara, Ôtez-moi d'un doute (6 septembre); Blade Runner 2049 (4 octobre); Detroit (11 octobre);  Suburbicon (6 décembre) ; Downsizing (18 janvier).

     

    Barbara : Affiche                          Otez-moi D'un Doute : Affiche                    The ‘Blade Runner 2049’ Trailer Is Here To Keep Order ...   

     

    Bienvenue à Suburbicon : Affiche              Detroit : Affiche                       Downsizing : Affiche

     

    D’ici-là, belles journées d’été !

     

     


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