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                                               Dune

     

                                                             Ampleur du désert.

    Réalisme des décors construits intégralement. Effets spéciaux en dernier ressort.

    Gris délavé, bleuté, anthracite.Tons sables, lumineux lorsque pointe l’espoir.

    Lignes épurées des astronefs. Mimétisme des ornithoptères (véhicules de la planète Caladan) avec le colibri.

    Tempête de sable à la traîne des vers géants. Yeux bleu métal des maîtres du désert.  

    Je n’ai jamais lu le cycle de Dune. Le roman m’indiffère. J’ai  juste un faible pour les Fremen, De l’adaptation tronquée de David Lynch en 1984, je me souvenais seulement de L’Élu, de la grande prêtresse, de l’épice et des vers réveillés par les rythmes cadencés.

     

                                   Dune: Javier Bardem,  Zendaya, Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson

    J’ai donc pu me concentrer sur l’image, la musique et mes réactions instantanées. J’ai l’impression d’avoir visité une cathédrale du cinéma, à contrecourant de la surenchère hollywoodienne. Denis Villeneuve a préparé Dune en se faisant la main sur Premier contact et Blade Runner 2049. Familier des grands plateaux, il maîtrise parfaitement son sujet. Sa vison de Dune est surtout picturale, fresque esthétique  que l’on contemple, admiratif, sans vraiment vibrer.  Cette atonie provient probablement du jeu assez plat des personnages principaux. Thimothée Chalamet flotte dans la carrure présumée de  L’Élu. Stellan Skarsgård tire son épingle du jeu, méconnaissable en baron maléfique.

     

                                       Dune: Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson

    J’ai donc regardé Dune comme un véritable retour à l’essence du cinéma, immersion réussie dans la science-fiction classique. J’irai voir la deuxième partie, promis, en souhaitant que les fans du roman plébiscitent les prémices de l'adaptation de Denis Villeneuve, condition indispensable pour que Warner Bros laisse à nouveau les coudées franches (et les moyens,140 millions d'euros au moins) à l’audacieux et talentueux cinéaste canadien.

    Faire rimer science-fiction et réalisme constitue un véritable tour de force. L’impact découle de la surprise des rares moments de gigantisme, notamment l’attaque contre les Atréides, flamboyante pyrotechnie graphique, vite ramenée aux combats en corps-à-corps. Le mieux est l'ennemi du bien, adage québecois.

     

                                           Dune

     

     

     

     

     


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                                                 Je me suis délecté de cette incursion gourmande dans le cercle très fermé de l’aviation civile. J’ai volé 2h10 sous haute tension, savouré la moindre turbulence, rivé à mon siège de bout en bout. C’est la première fois que je vois désosser une des deux boîtes noires d’un avion, caissons étanches et à l’épreuve des chocs, placés à l’arrière de l’appareil. Le CVR (Cockpit Voice Recorder) enregistre voix et bruits dans le poste de navigation.

    Je tends l’oreille avec Mathieu, employé de l’organisme chargé des enquêtes de sécurité (BEA). Le gars souffre d’hyperacousie, un handicap dans la vie, un avantage dans le boulot. Mathieu entend mieux que ses collègues. Ce qu’il perçoit au-delà du commun le pousse à interpréter des sons quasiment inaudibles. Il avance des hypothèses hardies sur les causes de l’écrasement du vol Dubaï-Paris, 300 victimes.

     

                                       Boîte noire: Pierre Niney

    Mathieu compte ses amis sur les doigts d’une moitié de  main. Son talent l’isole. Cet isolement renforce son aversion pour les contacts sociaux. Mais ça colle bien avec son chef. Celui-ci disparaît après la première journée d’enquête. Mathieu est livré à lui-même et à ses obsessions. J’aimerais voir les rouages de la boîte noire de son cerveau.

    Yann Gozlan a tourné au Bourget, Sa caméra plane navigue entre les locaux du Bureau d’enquêtes et d’analyses, les hangars de maintenance des coucous géants et le salon de l’aéronautique. On découvre un univers de technologie ultra sophistiquée, de contrôle électronique, serti à une piste d’enjeux industriels et financiers énormes. Nous sommes à mile heures de vol du film catastrophe à l'américaine.

                                  

    Un des attraits  - peu souligné dans la presse -, de Boîte noire, c’est de souligner  l’emprise de la technologie sur le pilotage. Certains rêvent déjà d’un avion sans pilote, confié à l’intelligence artificielle, Mais la technique est-elle infaillible ?

    En 2018,  deux  Boeing 737 Max ont piqué du nez en Indonésie et en Éthiopie à six mois d’intervalle, suite de la défaillance d’un système d’aide au pilotage. Des commandes ont été annulées, le Boeing incriminé a été privé d’espace aérien.

    Loin de moi l’idée de discréditer le transport aérien, une des activités les plus sécurisées et contrôlées, au monde. Seulement, l’évolution technologique de la société en général est tellement accélérée que l’on ne prend pas le temps de peser les avantages et les inconvénients des innovations digitales. Ce qui est à l’origine de l’accident du Dubaï-Paris (dans le film) illustre parfaitement cette course au progrès, source de profits juteux pour les GAFA.

     

                                            Boîte noire: Lou de Laâge

    Donc Boite noire a tout pour plaire, Pierre Niney inclus. L’acteur communique  sa tension externe et interne au spectateur. Il nous angoisse, il nous déroute. Mathieu transpire à grosses gouttes, soupçonne même sa femme. J’ai envie de lui souffler dans le creux de l’oreille : détends-toi, relax, take five. Mais est-il capable d’entendre ce conseil d’ami ?

     

     

     

     

     

     

     

     


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    Si je vais encore au cinéma ?

    Je vais y retourner après un entracte d'une bonne semaine. Dune s'impose. Un ami, fan du cycle le plus suivi au monde, l'a vu en avant-première : Envoûtant ! Pas hollywoodien pour un sou, le respect juste de l'œuvre de Frank Herbert.

                                              Afficher l'affiche en grand format   

    Je n'ai jamais lu le volume 1 de la saga, comme je n'avais pas lu Le seigneur des anneaux mais j'aime beaucoup Denis Villeneuve. La Warner a laissé les coudées franches au réalisateur canadien, qui s'était déjà risqué à une suite de Blade Runner. J'ai vu tous ses films. Son Dune a cartonné à la première séance de 14h00 à Paris, indicateur fidèle du succès ou de l'insuccès futur. Le public a continué d'affluer aux projections suivantes.

    Boîte noire prend la deuxième place du classement des primo-arrivants. Ce film-là, je l'ai vraiment dans mon collimateur. Je pressens la même qualité, une intensité pareille à celle du Chant du loup. Les personnages respectifs ont tous deux l'oreille absolue, détecteurs de bruits suspects dans un avion et dans un sous-marin.

     

                     Afficher l'affiche en grand format              Afficher l'affiche en grand format                    

    Ma chère et tendre a également pointé Délicieux, dans l'esprit du Festin de Babette, et Les amours d'Anaïs. D"accord pour le festin ; hésitation pour les désordres amoureux des trente à quarante ans. Je pense avoir bien pris l'air du temps sentimental avec Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait.

    Mieux vaut embarras de choix que pénurie. D'ici à la prochaine toile, d'abord terminer un roman-fleuve exceptionnel, très cinématographique, Lorsque le dernier arbre. J'y puise divertissement, dépaysement et belle littérature.

     

    Lorsque le dernier arbre par Christie

                                            Un livre offre tant de correspondances avec un arbre et ses    

                                            cernes, dit-elle : les strates du temps, préservées, à disposition.

     

     

    Vivian Maier par Réunion des musées nationaux

                                             Je feuillète aussi le catalogue de l'exposition Vivian Maier, au Musée du Luxembourg à Paris, du 15 septembre 2021 au 16 janvier 2022. Encore une belle histoire de cinéma. Une femme vit une existence discrète, effacée par ses proches. Elle saisit son bonheur en photographiant à tour d'objectifs le monde qui l'entoure. La photographe de rue ne sera jamais exposée de son vivant. Un collectionneur mettra la main fortuitement sur ses milliers de clichés et lui rendra des honneurs mérités. De très beaux textes éclairent son œuvre et sa vie. 

     

               Et puisque l'histoire de sa vie n'existe pas, c'est son œuvre qui prend sa place.

     

             Je vous laisse deviner qui prendra la tête du quarté affiché. Départ de la course à 18h00

     

    Dune attendra. Boîte noire a coiffé tout le monde au bout de la piste. Article samedi. Du très bon cinéma, sous tension, dans l'univers passionnant de l'aéronautique.

     

     

                                 Boîte noire: Pierre Niney, André Dussollier

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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                                                                         Afficher l'affiche en grand format Mon  année à New York

    Jo, Buba, deux petits noms affectueux que ses amoureux lui donnent. Ça l’agace, mais elle ne dit rien. Joanna ne pipe mot non plus lorsque Don décide pour deux de prendre l’appartement qu’ils visitent. Il y a un hic, il n’y a pas d’évier dans la cuisine. Qu’importe, dit son nouvel amoureux, "on fera la vaisselle dans la baignoire."

    Pourtant, la fraîche diplômée en littérature sait ce qu’elle veut : ÉCRIRE ! Deux de ses poèmes ont déjà été publié dans la Paris Review. Joanna est pétillante, nature, bien mise. Elle rayonne d’une passion contenue que la patronne de la plus ancienne agence littéraire de New York perçoit à la première entrevue.

     

    Mon année à New York: Margaret Qualley

          Margaret engage Joanna pour une tâche ingrate. Elle doit lire la montagne de courrier adressée à l’auteur maison, J.D. Salinger, et répondre de manière formatée. L’auteur de L'attrape-coeurs - un succès mondial - ne parle plus à ses admirateurs depuis 1963. Son agence entretient religieusement  une réputation d’écrivain reclus qui n’écrit plus. Nous sommes en 1995, l’ordinateur commence à trôner sur les bureaux, Margaret n’en veut pas, "cela ralentit le travail". Personne n’a encore conscience du grand bouleversement en gestation dans le milieu littéraire.

    Engagée comme l’assistante de Margaret (qui lui mène la vie dure), Joanna est en fait sa secrétaire, vouée à des tâches répétitives. Mais la lecture des lettres à Salinger résonne en elle, réveille des émotions, nourrit des sentiments inédits. La lectrice franchit la ligne rouge ; elle répond personnellement à plusieurs correspondants inspirés. Le reclus mythifié lui téléphone régulièrement et l’incite à écrire tous les jours, ne fût-ce qu’un quart d’heure. « Vous êtes un écrivain, alors Écrivez ! ».

     

                                                     Mon année à New York: Margaret Qualley, Sigourney Weaver

    Joanna s’enhardit au bureau et à la ville. Ses initiatives font mouche. La jeune pousse entame sa mue à laquelle nous assistons, ravis, un peu étourdis par les nombreuses références littéraires anglo-saxonnes. Mais l’essentiel est ailleurs, dans ces avènements qui forgent l’identité de Joanna, à la croisée d’un destin qu’elle hésite à prendre en mains.

    Les acteurs rendent parfaitement l’ambiance du New York intellectuel des années 90. Le duo Joanna et Margaret fonctionne à merveille. Elles sont touchantes dans une scène où les deux femmes ouvrent leur cœur. Margaret Qualley tient brillamment son premier grand rôle. La fille d’Andie MacDowell est lumineuse. Le métier de Sigourney Weaver nuance la figure rêche de la patronne blasée.

    Philippe Falardeau a gardé la sensibilité de Monsieur Lazhar (2011) glissée dans quelques séquences touchantes, qui vous transporte dans une dimension inattendue (le pas de danse dans les couloirs d’un palace, le concert de clarinette, les trajets en métro).

     

                                               Mon année à New York: Margaret Qualley

    Mon année à New York (sortie prochaine en France, - présenté en ouverture du Festival de Berlin... 2020 -) se révèle une heureuse surprise, pimpante, émouvante, dépaysante, surtout grâce au talent des interprètes et à la palette chromatique de la direction photo. Le film est inspiré de Mon année Salinger, de Joanna Rakoff, traduit en 2014. La journaliste-auteure vit avec son mari écrivain près de Boston, avec leurs deux enfants.

     

    N.B. J’ai vu Des hommes, également inspiré d’un roman, éponyme, de Laurent Mauvignier. Je fais l’impasse sur le sort d’anciens d’Algérie minés par la culpabilité, hantés par des images horribles. Des voix « off » restituent l’âme du livre et lassent à la longue sur un sujet sensible pour de moins en moins de Français. Lucas Belvaux s’appuie trop sur le texte de l’écrivain. Les monologues intimes, les va-et-vient entre hier et aujourd’hui, la lecture de lettres de jeunes miliciens livrés à une guerre indigne ne dissipent pas un ennui grandissant. Grosse déception.

     

     

     


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    Je vois une hausse sensible de la fréquentation lorsque je colle à l’actualité. Je me plie allégrement au gré de l’audience et je vous parle prochainement du dernier Lucas Belvaux, Des Hommes, que je vois en fin d’après-midi.

    Entretemps, je conforte votre appétit retrouvé de cinéma avec une sélection de longs-métrages français prometteurs, à venir d’ici à la fin de l’année, la plupart en compétition à la Mostra. Le festival de Venise (désormais à l’abri des remous des paquebots géants) a entamé sa deuxième semaine avec l’adaptation du grand classique de Balzac, Les illusions perdues.

     

     Illusions perdues - Film (2021) - SensCritique

                                            La distribution éclatante réunit des jeunes acteurs (B.Voisin, V.Lacoste, X.Dolan ; des moins jeunes, J.Balibar et C. de France ; des anciens G.Depardieu et Jean-François Stévenin, décédé le 27 juillet dernier. J’ai vu les cinq derniers films de Xavier Giannoli. Je suivrai les gloires et déboires de Lucien de Rubempré dans le Paris du XIXème siècle, dès  sa sortie le 20 octobre prochain, malgré mes doutes sur le choix de Benjamin Voisin pour le rôle titre.

     

    Photo 1 du film : De son vivant

                                               Cécile de France est très demandée. Elle paraît dans un drame (sortie le 24/11), De son vivant, aux côtés de Catherine Deneuve et Benoît Magimel. L’actrice belge joue aussi dans  Les jeunes amants (date de sortie inconnue), protagoniste de la passion entre Fanny Ardant et Melvil Poupaud.

     

    MADELEINE COLLINS

                                     Encore une actrice nationale,Virginie Efira, incarne Madeleine Collins (sortie le 29/12) ou Judith, femme partagée entre deux identités, deux foyers et deux pays. Un rôle de composition comme elle les affectionne depuis Un amour impossible.

     

    Critique : À plein temps

                                                               Venise présente également des sections parallèles, telle le label Orizzonti, pépinière de  jeunes talents. À plein temps (date de sortie inconnue) dresse le portrait de Julie au cours de neuf journées haletantes. Maman divorcée, deux enfants, la jeune femme rêve d’un emploi plus glorieux que femme de chambre dans un palace. Un personnage taillé sur mesure pour Laure Calamy, l’amoureuse d’Antoinette dans les Cévennes.La bande annonce nous plonge dans le bain d’une réalité très contemporaine.

    Les Promesses

                                              Et pour terminer, un troisième portrait de femme, celui de la maire d’une municipalité pauvre de la Seine-Saint-Denis (93). Isabelle Huppert  endosse la peau de Clémence, politicienne militante en faveur des plus défavorisés. Les promesses (date de sortie inconnue) lui offre  une chance unique de quitter la carrière par la grande porte. Avec l’excellent Reda Kateb en bras droit, assez cynique.

    Le cinéma français a continué à tourner durant la pandémie. Sept films français figuraient dans la sélection officielle de Cannes, il y en a autant sur le Lido. Ces résistants débarquent enfin ou attendent une mer plus calme. Cette belle production nous assure de bons moments  de cinéma, dans une gamme éclectique de genres. Que du bonheur !

     

                                                    Reportage venise 2021, video deambulations arsenal ...

     


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