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    Quatre préoccupations ultimes, à mes yeux, sont  fondamentales en psychothérapie : la mort, l’isolement, le sens de la vie et la liberté. (Irvin Yalom, L’art de la thérapie).

     

     

             Deux moi : Photo Ana Girardot                 Deux moi : Photo François Civil                                                                               

    Mélanie et Rémy ont été orientés vers un « psy ».

    - Si tu allais voir quelqu’un pour y voir plus clair.

    Ils ne sont pas vraiment malades, ils sont à la croisée des chemins, trentenaires parisiens à la recherche du sens perdu de l’existence. Deux moi flottants.

    Rémy veut changer de boulot, Mélanie se remet difficilement d’une rupture amoureuse. Elle parle et pleure beaucoup avec sa thérapeute, il est muet en face du professionnel à l'affût de mots pour le dire.

    - Quelle est votre souffrance ? Je ne prétends pas la guérir, mais au moins vous aider à la supporter, à la rendre plus légère.

    De quoi peut-on souffrir à trente ans? D’une absence de motivation professionnelle dans un boulot alimentaire, oui. De solitude affective, encore plus. Donc Mélanie s’inscrit sur un site de rencontres en ligne tandis que Rémy essaie de muter dans son entreprise de vente à distance.

     

                                                    Deux moi : Photo François Civil, Simon Abkarian

    La grisaille de leur vie les empêche de voir qu’ils sont voisins, qu’ils adoptent le même chat, qu’il fréquente le même épicier bateleur (savoureux second rôle).

    Cédric Klapisch observe avec sympathie une génération deux fois plus jeune que lui. Il suit paresseusement les humeurs de l’époque. Il leur donne un piment éculé en croisant  les tâtonnements respectifs de Rémy et Mélanie. On se demande vraiment (vraiment ?) si ces deux là vieilliront un jour ensemble.

    C’est bien joué, assez enjoué, très étiré. Vingt de minutes de moins et on aurait dit : «pas mal.»  À 1h50, on est content de voir les psychothérapeutes accélérer le processus et dénouer les nœuds clivant une tranche d’âge déboussolée.

     

             Deux moi : Photo Ana Girardot, Camille Cottin   Deux moi : Photo François Berléand, François Civil


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                                                           Trois jours et une vie : Photo

    Les brumes s’effilochent sur les cimes de la forêt ardennaise. Les enfants jouent dans la rue, construisent des cabanes dans les bois. Olloy-sur-Viroin,1999, ses maisons en pierres grises. Antoine est amoureux d’Émilie qui lui préfère un gars plus âgé. Première zébrure dans le ciel du bourg paisible. 

    Un coup de fusil achève un chien percuté par une voiture. C’en est trop pour Antoine, témoin horrifié de la mise à mort. Sa déception sentimentale et la tristesse d’avoir perdu un compagnon de jeu lui font commettre l’irréparable. Son copain disparaît. Les soupçons germent aussitôt dans les esprits échauffés. Le père du défunt et un boucher étranger sont dans le collimateur de la justice. Antoine ne pipe mot alors qu’il sait.Trois jours et une vie : Affiche

    Trois jours et une vie  relate  sur deux époques d'égale longueur les tourments d’Antoine enfant puis adulte, porteur d’un secret étouffant. 1999-2014, quinze ans de silence avant que le passé ne ressurgisse sur un coup de pelleteuse. Pierre Lemaitre a co-écrit le scénario, a écrit les dialogues et a co-produit la version imagée de son roman papier paru en 2016. Le récit est bien tenu mais la mise en scène trop lisse réduit la tension à peu de nerfs. Rien ne dépasse de cette réalisation soignée, sinon la tête de notre fille parmi les figurants.  

    Après la projection, j’ai eu envie de relire Défense du secret du secret de la regrettée Anne Dufourmantelle. Je vous en livre quelques fragments.

    Tout secret est un devenir p.29

    L’inconscient est le premier secret de la conscience  p.34

    Partagé, un secret s’affaiblit et perd le rayonnement noir qui en fait sa magie. p.61

                                           J’ajouterais que l’amour cèle la vérité au prix de l’être aimé.

     

                                                Trois jours et une vie : Photo Pablo Pauly, Philippe Torreton

     

     


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                                                                   Parasite : Affiche

     

    Il est long le chemin de Cannes à la Belgique. La palme du dernier Festival s'est laissée désirer. En France, Parasite draine encore les foules trois bons mois après sa sortie (1,7 million de spectateurs). Public et presse se rejoignent dans un même éloge. À juste titre, même si ce n'est pas mon sirop de prune.

     

                                               Parasite : Photo Woo-sik Choi

     

    Bong Joon Ho jongle avec les métaphores et se joue de nous jusqu'au plan final.Il se glisse dans le gouffre infranchissable entre les classes sociales.

    L'argent n'a pas d'odeur, le pauvre sent mauvais. Une senteur indéfinissable comme dans le métro ou celle de torchons bouillis.

    Le riche crédule et trouillard engage du personnel à tour de bras, sur recommandation. "On ne peut se fier qu'au réseau." Réseau Wi-Fi qui joue les fils de l'air dans l'entresol pourri où vit une famille soudée et sans sou. Parents, frère et sœur sont juste en-dessous du niveau de la rue. Ils rêvent de s'élever. L'occasion leur en est donnée par un ami étudiant. L'instruction montre la voie, la tricherie défriche le terrain. Les enfants ont un mauvais plan. Le père est subjugué. La mère intègre l'engrenage enclenché.

    Le fils, premier embauché dans une famille richissime, foule timidement le carrelage lisse d'une immense demeure conçue et habitée jadis par une architecte renommé.

                                    Parasite : Photo Cho Yeo-jeong, So-Dam Park

    Quel luxe, quelle espace, quelle classe!. Le palais est sis sur une colline.Prière de montrer patte blanche et de gravir les marches avec aisance. La haute société vous tolère à condition de la servir et de ne pas franchir la ligne invisible qui délimite le territoire de chacun, réduit à la portion congrue pour les moins nantis.

    La vie n'est qu'une question de point de vue. Les riches saluent les pluies torrentielles nettoyant la pollution. Les pauvres écopent l'eau qui emporte leur taudis. Le fils du riche dresse son tipi sous la drache et communique avec ses parents par émetteur-récepteur. Les sinistrés de la ville basse sont casés dans un gymnase.

     

                                                             Parasite : Photo Kang-Ho Song

    Le luxe insolent des richards de l'industrie digitale est indécent. La cupidité des démunis met mal à l'aise. Personne n'est vraiment sympa dans ce manga à tiroirs. Le spectateur jugera.

    "Ah, cette odeur est vraiment désagréable. Sinon, ils sont très bien." Du moins, tant qu'ils tiennent leur rang.

    Une certitude, la mixité sociale, c'est de la vaste blague, en tout cas en Corée du Sud.

     

     

     

     

     


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    Malgré de multiples échos mitigés, j'ai vu Fête de famille, parce que j'étais curieux de voir s'il était possible d'innover sur sur un sujet aussi éculé. J'ai perdu mon temps. Les personnages sont archi typés, le ressort dramatique est ténu, centré sur une sœur border line,  la mise en images passe inaperçue. Cédric Kahn à la fois devant et derrière la caméra a préféré insuffler un rythme de l'intérieur du plateau. La réalisation a souffert de cette double casquette. Une ombre au beau tableau d'un cinéaste que j'ai souvent apprécié.

                                           Fête de famille - © Les Films du Worso

    C'est l'anniversaire d'Andréa. Ce jour spécial est dédié aux choses joyeuses, souhaite la jubilaire. Évidemment, c'est tout le contraire, les trois enfants règlent leurs comptes, lâchant des propos au picrate, seul piment de ce portrait de famille interminable (plusieurs scène sont étirées inutilement). Catherine Deneuve est transparente, au contraire de sa prestation dans le très inspiré Conte de Noël (2008). Point de vue férocité clanique, j'ai rarement vu mieux qu'Un été à Osage County (2014) ou encore Les estivants (2019) ces dernières années.

    Ces titres m'ont trotté dans la tête en attendant le générique final. Je voulais vérifier une incertitude sur le nom de l'interprète d'une chanson servie deux fois durant deux trajets en voiture entre la gare et la maison sur le point d'être vendue, afin de régler une dette  au sein de la famille. Ou pas vendue, car cette tribu a le chic de se mettre la tête dans le sable et de ne jamais rien décider, refilant la patate chaude à son parent voisin de table.

     

                                                Fête de famille : Photo Catherine Deneuve

    Ce film parquait dans la tête de C.Kahn depuis des décennies; il peut maintenant recouvrer sa créativité habituelle. Cela dit, je suis probablement mal placé pour jouer les censeurs, étant issu d'une famille peu nombreuse et décomposée.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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     Only You

    Premier long-métrage d'une nouvelle réalisatrice (comme son prénom ne l'indique pas) quinze ans après deux courts.

    Le couple, un sujet rabâché jusqu'à la corde et pourtant, il y a toujours à dire et à inventer. Surtout quand l'enfant tarde à venir. Combien de FIV avant de relâcher la pression du désir inassouvi de bébé à chérir, d'enfant à dorloter, d'adolescent à accompagner, de famille à fonder...

    Elena et Jake partage un taxi après un réveillon arrosé. Coup de foudre. Jake s'installe chez Elena, son fourbi tient dans une valise et un fauteuil en osier sur l'épaule. Elle ment sur son âge, elle fait jeune mais a neuf ans de plus que son amoureux. Qu'importe, la rassure Jake, après avoir appris par paliers l'âge vénéré de sa belle.

    Et si on avait un enfant, propose le cadet, six mois après leur longue rencontre... C'est pas un peu vite ça?

     

     

                                                  

    Only You (sortie indéterminée en France) apparaît d'abord comme une romance conventionnelle puis bifurque sur les affres de la procréation artificielle. Nous saurons tout de la fécondation in vitro, sur ses phases décrites minutieusement. Ce processus lourd et frustrant soumet le sentiment amoureux à rude épreuve. Le doute pointe, la confiance en soi s'étiole, l'obsession de résultat mine le quotidien.

    Celles et ceux qui ont vécu pareil chemin forcé vers la grossesse apprécieront la véracité d'un éprouvant parcours. Les acteurs sont excellents, la bande originale est agréable, le ton pas mélo. Le spectateur moins concerné s'interrogera sur l'acharnement à mettre un enfant au monde, au lieu de laisser la nature suivre son cours. Il faudrait sonder l'histoire des deux  partenaires pour cerner cette envie forcenée de progéniture. Nous en saurons très peu.

    On sort de la projection un peu creux, conscients qu'un couple connaît des hauts et des bas, des coups durs et des coups doux, rien de neuf pour un vieil amour comme le nôtre, couronné de deux magnifiques enfants et d'une kyrielle de petits-enfants. Aucun n'a eu de difficulté à donner la vie. Quel bonheur, quelles belles heures!


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