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                                                                       http://mondocine.net/wp-content/uploads/2017/01/les-figures-de-lombre-affiche.jpeg

       Katherine Johnson, Mary Jackson, Dorothy Vaughan

    Une voiture en panne en rase campagne, trois femmes noires, bien mises. Une, allongée sous le moteur, essaie de détecter l’avarie. La deuxième songe à faire du stop, adossée à la carrosserie. La troisième se morfond sur la banquette arrière : « la prochaine fois, je  prends le bus ».

    Une voiture de police s’arrête à leur hauteur. Contrôle d’identité. Les dames présentent leur carte de la Nasa. Le policier incrédule leur demande ce qu’elles fabriquent dans l’administration aérospatiale.

    - Nous aidons nos cosmonautes à aller dans l’espace.

    - Vous voulez dire que vous aidez nos gars à battre ces salauds de Russes communistes ?

    - Parfaitement, monsieur l’officier.

    - Alors quoi, je vous appelle une dépanneuse ?

    - Ce n’est pas nécessaire. Dorothy connaît la mécanique.

                                                             

    Effectivement, la voiture redémarre. Le policier conquis leur ouvre la route jusqu’à Langley, siège de la Nasa. Nous sommes en 1961, la conquête de l’espace bat son plein. Les Russes ont envoyé un homme dans le cosmos, l’Amérique est à la traîne. Les figures de l'ombre (1er février en Belgique, 8 mars en France) rend justice et hommage à trois mathématiciennes qui ont contribué à l’envoi de John Glenn sur orbite en 1962, dix mois après Yuri Gagarine. Ces docteurs en mathématiques ont dû surmonter des préjugés énormes, y compris au sein de leur communauté afro-américaine. Elles ont eu le cran de se hisser à hauteur d’un aréopage masculin méprisant.   

    La plus douée des trois (aux côtés de Dorothy Vaughan et Mary Jackson), Katherine Johnson, a calculé les trajectoires du vol vers la lune. Katherine est la seule calculatrice du département stratégique de la Nasa. Elle va devoir s’affirmer, prouver sa valeur à des ingénieurs blancs et sexistes. Les femmes sont exclues des réunions de travail et si vous êtes noire de surcroît, vous devez utiliser les toilettes assignées aux gens de couleur, situées à un kilomètre. Les vexations succèdent aux vexations. La coupe est pleine, Katherine explose, une des scènes fortes du film.

     

    La réalisation classique et minutieuse (pellicule Kodachrome et caméras Panavision) de Théodore Melfi, à défaut d’innover, déterre un épisode méconnu de l’histoire de la ségrégation raciale aux États-Unis. La discrimination à l’égard du sexe féminin a fort ému les six femmes du ciné-club sur le pouce réuni après la projection, dans une taverne namuroise. Deux messieurs moins loquaces complètent le groupe. Ils trouvent le film manichéen, trop à la gloire du génie américain. Pour amorcer la discussion, je demande ce qu’il faut penser des longues séquences répétées montrant Katherine courir aux toilettes, les bras chargés de dossiers.

    - Ah moi, ça m’a énervé. Et puis pourquoi prenait-elle ses dossiers, ça l’encombrait.

    - Pour gagner du temps, pardi. Elle pouvait continuer à travailler, assise sur la cuvette.

    - Tout de même, c’est incroyable, ces toilettes et ces réfectoires séparés.

                                                              

            Et la scène la plus émouvante ?

    - Celle où Katherine, réaffectée, quitte le centre de calcul dans l’indifférence générale. Il  n’ y en a pas un qui lui adresse un regard (une quarantaine d’ingénieurs dans la salle)

    -  Moi, j’ai bien aimé la scène où elle calcule la trajectoire de la capsule Mercury, la première fois qu’une femme est admise dans une réunion stratégique. Elle hésite trois secondes devant le tableau, puis elle se lance.   

    -  J’avais les larmes aux yeux quand le groupe des programmatrices (toutes noires) sont autorisées à aider les informaticiens dans la panade. Quelle force de les voir marcher ensemble sur toute la largeur des couloirs.

    Une spectatrice regrette la trop grande part consacrée aux épisodes de la course à la lune. Elle nous ramène à notre enfance. Nous avions tous suivi l’alunissage en direct le 21 juillet 1969. Une mère raconte qu’elle a réveillé son fils de cinq ans à une heure du matin. Sa réaction fut à la mesure de ce moment  historique : c’est pas net les images !

    Il est minuit. Clôture du deuxième ciné-club sur le pouce, qui a largement digressé sur des thèmes hors champ cinématographique. Certains ont fait agréable connaissance, d’autres ont parlé philo, chacun semble avoir passé une bonne soirée. On promet de remettre ça. Allo Houston ? Mission réussie !

    P.S. 1 Un pôle de recherche informatique de la Nasa porte le nom de Katherine depuis 2016. Un an plus tôt, le président Obama lui avait remis la médaille présidentielle de la liberté, reconnaissance méritée à l’âge de 97 ans. Katherine vit toujours.

    Ses deux grandes complices ont rejoint la voûte céleste.  

    P.S. 2 La loi sur la ségrégation scolaire sévit toujours en Virginie. Ces derniers mois, le cinéma américain s'emploie à rééquilibrer la balance raciale.Témoin l'Oscar du meilleur film décerné cette nuit à Moonlight, et les récents Loving, Naissance d'une Nation, Free State of Jones et incidemment Pastorale américaine.

     

     

     

     

     


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    Un souvenir formidable de cinéma gravé dans ma mémoire, c’est la vision de Grand Prix en 1967, en Cinérama. Des bolides de Formule 1  tournaient plein pot sur un écran courbé de trente mètres de large qui s’adaptait à ce que l’œil voyait. Le spectateur suivait la course comme s’il était à l’intérieur des monoplaces. Caméras embarquées, caméras mobiles montées sur des véhicules suiveurs serrant de près les flèches multicolores, John Frankenheimer voulait un rendu aussi réaliste que possible. Le premier plan du film, c’est un pot d’échappement filmé en très gros plan d’où s’échappe une fumée bleuâtre à chaque coup d’accélérateur sur la ligne de départ du Grand Prix de Monaco. Un montage rapide montre bougies, boulons, clés, mains enfilant des gants, casques, mains sur le volant, et enfin visages des pilotes. Et puis tout à coup, silence total, on n' entend plus que les battements de cœur des pilotes.

                                                      

    Je me souvenais très bien de ce silence impressionnant, cadencé par des pulsations cardiaques précipitées à l’approche du départ. J’avais treize ans. Je connaissais la F1 grâce à  la bande dessinée Michel Vaillant et à mon père qui suivait le sport automobile. Il y avait aussi un  pilote belge, Jacky Ickx, assez compétitif. J’ai revu ce film de trois heures hier sur mon écran 102 cm. Le petit écran parvient à rendre la majesté des images tellement le film reste novateur sur le plan technique. Cinquante après, je reconnaissais les circuits du championnat du monde dès les premières images, au point d’étonner mon épouse qui regardait avec moi. Elle n’a aucun penchant pour le sport mécanique mais le réalisme extrême des prises de vue l’a convaincue. La réalisation a voulu coller à la réalité des paddocks. Les acteurs étaient au volant, ils ont suivi des cours de pilotage. James Garner, préféré à Steve McQueen (le héros de Le Mans en 1971) était même très doué.

                                                      

    Le milieu automobile voyait d’un mauvais œil l’incursion d’Hollywood dans les stands. A l’époque, seul Ferrari avait son mot à dire et le veto du commendatore semblait définitif. Jusqu’au moment où Frankenheimer lui a montré les images aériennes du GP de Monaco. L’hélicoptère rasait les arbres et ne perdait pas une miette des 454 changements de vitesse sur les trois kilomètres du circuit. La scuderia conquise a ouvert toutes les portes au réalisateur obstiné. C’était la première fois que la F1 était prise sur le vif, habituellement réduite aux articles papier et à quelques clichés dans les revues spécialisées. Des angles de prises de vue audacieux, le partage de l’écran en quatre, huit, trente sections et davantage, créait une tension soutenue durant les courses. Frankenheimer a innové, il a poussé son équipe à bout, soucieux d’exactitude jusqu’au moindre détail.  

                                                           

    Pari réussi, d’autant qu’en 1966, les pilotes risquaient littéralement leur vie à bord d’engins en déficit d’adhérence et de freinage. La technique de pilotage constituait le principal capital d’écuries modestes, artisanales parfois, avant que l’argent fou  n’asservisse le grand cirque. Plusieurs champions ayant participé au tournage, sont d'ailleurs morts sur les pistes les années suivantes, notamment à l’endroit précis d’un accident dans le film. Leurs voitures étaient des cercueils roulants.

    Le spectateur ne se lasse jamais des tours de circuit car chaque grand prix a son style. Gros plans sur les pilotes et bruits de moteurs à Monaco ; musique (Maurice Jarre) et images bucoliques à  Zandvoort (circuit dans les dunes) dans un élan lyrique ; pluie et point de vue du conducteur à Spa.

    La vie sentimentale des pilotes entre les épreuves lie les séquences à 260 km/h. Des intrigues à l’eau de rose dévoilent le tempérament des pilotes, le tourment des compagnes. On a hâte de revenir sur les circuits. Frankenheimer stigmatise déjà la soif du public et des médias pour le sang. Un des personnages en proie au doute souligne aussi l'absurdité de défier la mort mais, mais quitter l'ivresse du volant n'est pas aussi simple, dit-il à son amoureuse.Grand Prix  peut être regardé du seul point de vue technique. Quelle prouesse de placer aussi fort le spectateur au milieu de l’action. Avec le recul, ce film prend une valeur documentaire, juste avant la mutation mercantile et l'évolution technologique de la F1. Chapeau aussi aux acteurs qui ont payé de leur personne. Les assurances ont résilié leur couverture lorsque James Garner a failli exploser dans une voiture en feu. Ses partenaires étaient Yves Montand et Antonio Sabàto. L’acteur anglais Brian Bedford a été doublé, il ne savait pas conduire.

     

    Côté féminin, Eva Marie Saint, Jessica Walter et Françoise Hardy assuraient un brin de glamour.

    Elles sont toujours vivantes. Chez les hommes, seul A. Sabàto vit encore. John Frankenheimer est mort en 2002. Les informations de cet article sont tirées des excellents bonus du Blu-ray de la Warner Bros (2011), distribué par Warner Home Video France. Je l'ai trouvé chez mon marchand ambulant habituel.

    Prochain rendez-vous, un ciné-club sur le pouce  samedi autour des Figures de l’ombre.

     

     

     

     


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    Ray Kroc est un représentant de commerce sur le retour. Il cherche un troisième souffle, lassé de débiter son baratin aux patrons de snack-bars indifférents à son multiplexeur de milk-shake. Quand un drive-in de burgers lui commande huit pièces alors qu’il n’en place pas une, il traverse les États-Unis et se gare devant le Mac Donald’s de San Bernardino, Californie, 1954. Il goûte le meilleur burger et les meilleures frites de sa vie et dieu sait s’il a écumé ces ersatz de restaurants durant ses trente de galère.

    Les deux frères Mac Donald explique leur concept au vendeur curieux. Des produits faits maisons, l’huile de friteuse à 205°, deux sauces, trois cornichons, des oignons, de la viande et le bonheur des familles. Le secret de la réussite : la rapidité. Le frère cadet a mis au point le « ballet de l’efficacité  » sur un terrain de tennis. Il a expérimenté plusieurs agencements de l’espace cuisine dessinés à la craie sur le sol tandis que les futurs serveurs répétaient des gestes et des déplacements calibrés au millimètre.

                                                               

    Génial ! Ray Kroc salive. Il voit la chance de sa vie inscrite au fronton des arches Mac Do, un nom qui sonne si bien. Il embobine les frères naïfs dans une association de franchise. Ensemble, (mon œil), ils bâtiront la nouvelle église américaine aux côtés de l’église et du palais de justice présents dans la moindre petite ville de l’oncle Sam. La croix, le drapeau et les arches du fast-food en symboles immuables, le frère cadet en rêve depuis longtemps. L’aîné le convainc d’accepter le pacte avec le diable.

                                                                 

    La formule connaît un succès fulgurant. Ray déploie persévérance et détermination. Il est ambitieux, avide de revanche à cinquante-deux ans, après plusieurs investissements foireux. « Faites que pour une fois j’aie raison », marmonne-t-il à l’adresse de je ne sais qui. Du culot, de l’ambition, des tonnes d’heures de travail, nul besoin d’être un génie, il suffit d’exploiter la créativité de plus instruit que soi. Voilà en deux lignes l’essence du capitalisme, l’abc de la réussite individuelle. Suivez mon regard vers un certain Donald Tr.

    Le fondateur (8 février en Belgique, 28 décembre en France) ne s’embarrasse d’aucun scrupule critique sur la spoliation des faibles, ni sur le système. La réalisation exhibe le manuel de la réussite. Ray crée une nouvelle société, propriétaire des terrains loués aux franchisés. Le foncier regagne ses droits après avoir été supplanté par le capital industriel. L’argent des terrains finance l’implantation inexorable des repas rapides et bon marché aux quatre coins de l’Amérique.

                                           

    En 1957, La société de Kroc rachète le nom aux frères. Dick et Mac sont moulus à force de contrer les coups de canif à  leur philosophie familiale, tels le sponsoring de grandes marques ou le lait en poudre. Ils touchent certes le pactole de 2.7 millions de dollars mais ne verront jamais le pour cent  de droits sur les bénéfices annuels, soit cent millions de dollars l’an. Kroc les croque. Il pousse le cynisme jusqu’à installer un Mac Do nouvelle formule en face de l’établissement fondateur. Était-ce bien nécessaire ?

    Le spectateur sort dégoûté de tant de cupidité. Finalement, les faits sont plus éloquents qu’un démontage en règle de l’économie de marché. La réalisation serrée et … efficiente, le grand numéro de Michael Keaton ont réussi à tenir en haleine le non consommateur invétéré de burgers que je suis. D’ailleurs, j’ai écrit court et rapide. Et gratuit. Qui dit mieux ?

                                                              


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    Le président du Festival de Cannes, Pierre Lescure, et son délégué général Thierry Frémaux annoncent que Pedro Almodóvar présidera le jury de la 70e édition du Festival de Cannes, du 17 au 28 mai 2017.

     

    L’information est tombée le 31 janvier. Le Festival respecte à la lettre son calendrier. Le président est désigné en janvier, l’affiche est conçue à la mi-février, la sélection des compétitions est connue à la mi-avril. Je poursuis la lecture de Sélection officielle, le journal qu’a tenu Thierry Frémaux, de la clôture de Cannes 2015 au palmarès 2016. Je suis à la page 378 sur les 617 de cet ouvrage toujours aussi passionnant sur une vie vertigineuse. Certains jours, le délégué général (le directeur) s’écroule de fatigue après une journée démentielle, mais ô combien riche.

    Le sélectionneur a ses rituels comme celui de se rendre dans le pays d’un réalisateur pour visionner son film achevé, en voie d’achèvement ou en montage avancé. « Ce privilège n’est pas sans risque, en cas de ratage » (p.369). Le 10 février 2016, Thierry Frémaux était à Madrid pour le dernier Almodóvar, Julieta. A la clef du voyage, la sélection du film, graal espéré par des milliers de cinéastes, producteurs, distributeurs. Le réalisateur espagnol figure parmi les frustrés de la Croisette. Sélectionné à quatre reprises, il n’a jamais décroché la Palme d’or. Julieta sera choisi et repartira bredouille de Cannes. Le patron se déplacera aussi à Los Angeles, pour The Last face, de Sean Penn, une sélection éreintée trois mois plus tard. Puis repas avec l’auteur. Le visionneur sélectionneur se livre à l’exercice délicat du commentaire. « La part de l’amitié le dispute à celle de l’exigence et il ne faut ni complaire, ni blesser » (p.337). 

                                                 See Every Gorgeous Dress From the Cannes Film Festival, Including Kim ...

    Le 10 janvier, l’équipe du Festival avait fait le point sur la sélection en cours. « Le rythme des projections est encore calme, juste quatre ou cinq par cette semaine : lorsqu’il s’intensifiera, nous n’aurons plus le temps de rien. Depuis novembre, nous avons vu vingt-neuf films ». (p.322) Cinq jours plus tard, rien de « sensass ». On y verra plus clair  à la fin février après les festivals de Sundance (productions indépendantes américaines), Rotterdam et Berlin, après les Golden Globes aussi, les César et les Oscars. La planète cinéma tourne à plein régime.

    En attendant, Thierry F. téléphone à  George Miller pour lui proposer la présidence du festival. Le réalisateur des Mad Max demande quinze jours de réflexion entre ses allers-retours Sydney/Los Angeles où il a ses pénates. « On ne commence jamais à réfléchir à la composition du jury sans le nom d’un président en poche ». Penelope Cruz est approchée le 28 janvier. Elle n’acceptera qu’après plusieurs demandes (et un long processus d’explication et de séduction, p.344)

                                                                            

    La sélection avance doucement. Le 1er février, deux films en compétition, plus que dix-huit à trouver ! (p.356). Le 8 février, l’équipe charrie le responsable du département films : Il y a moins de films à voir, non ? Non, réplique-t-il, le triomphe modeste, on a déjà dépassé les cent films visionnés et les inscriptions affluent » (p.366).  L’équipe parisienne est montée à trente personnes. Au mois de mai, ils seront plus de mille à tenir droit le Festival.

    La course contre la montre affole les horloges. Le 17 février, le film d’ouverture n’est pas encore connu. Les candidats se bousculent au portillon. Ils vantent chaleureusement les qualités de leurs poulains. Et toujours, cette inconnue : le film sera-t-il prêt à temps ? J’ai encore trois mois à lire, soit 236 pages. C’est dire le volume du dernier trimestre avant l’ouverture. L’homme pressé et heureux de l’être doit être disponible à toute heure, branché 24 heures sur 24 heures à une batterie de moyens de communication : téléphones fixes, portable, mails, messages directs sur Twitter, le matin, la journée, le soir, la nuit. Thierry F. répond rapidement, voire instantanément.

     

                                   
Ken Laoch et George Miller © EPA
George Miller remet la Palme d'or à Ken Loach (I, Daniel Blake)

    « C’est pour ne rien oublier et ne manquer à personne que je procède ainsi. Une réponse qui tarde, une demi-incompréhension, un mot de travers, c’est le feu à la plaine. Aucune négligence n’est permise sauf en avril, au moment des décisions finales : là mes silences seront calculés et tolérés, voire compris » (p.316).

    Qui aurait prédit cette vie trépidante à un enfant de la ZUP (zone à urbaniser par priorité) des Minguettes, à Vénissieux, une ville « communiste » (p.341) où solidarité n’était pas un vain mot. Le délégué général a conservé cet esprit de famille collective. Il cultive ses racines, son terroir, ses amitiés, ses coups de cœur, seule façon de garder les pieds sur terre et la tête dans les étoiles.

     

     

     

     

     

     

     


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    Jacqueline Kennedy en 1961. 1961                                               http://www.monsieurvintage.com/photos/2016/12/jackie-affiche-336x456.jpg (1er février)

    Jacqueline Onassis est enterrée le 23 mai 1994 aux côtés de son premier époux John Fitzgerald Kennedy et de leurs enfants, Arabella et Patrick, mort-nés. Jackie est à sa juste place, celle qui lui a été arrachée ce jour funeste de novembre 1963, lorsque le trente-cinquième président des États-Unis est assassiné d’une balle dans la tête. Le sang gicle sur le tailleur rose de son épouse à ses côtés dans la voiture décapotable. On peut voir la femme éplorée tenir la tête de son mari afin de « maintenir le cerveau en place. » La first Lady garde ses vêtements maculés de rouge jusqu’à son retour à Washington. Elle arpente mécaniquement les couloirs de la  Maison-Blanche, assaillie de  pensées disparates. Jackie doit penser aux funérailles, imaginer son déménagement (le nouveau président doit prendre possession des lieux) parler à Caroline et John, leurs enfants, et composer avec un chagrin immense.

    Le destin de Jackie a basculé en une seconde. Son beau-frère Bobby Kennedy exprime dépit et frustration. « Qu’allons-nous laisser dans l’histoire, la crise de la baie des cochons et c’est tout. On aurait pu faire tellement de grandes choses. » Jackie veut marquer les esprits, à la fois pour elle-même et pour la postérité. Elle impose des funérailles à l’ancienne, avec cortège à pied et dépouille posée sur le même catafalque que celui qui avait accueilli le corps d’Abraham Lincoln, assassiné lui aussi en 1865.

             

    Elle perpétue une image de First Lady populaire et très photographiée. Jackie perçoit l’impact de la télévision naissante ; elle avait déjà ouvert les portes de la Maison-Blanche au petit écran, transparence reproduite en noir et blanc dans le film. Ces préoccupations historiques et matérielles n’éludent nullement les interrogations métaphysiques de la jeune catholique. Elle cherche un sens à la mort prématurée d’un homme d’État. Jackie interpelle un prêtre blanchi sous le harnais. Le confident exprime ses doutes raisonnés.

    « Des questions restent ouvertes à jamais. On peut accepter de ne pas avoir de réponses ou se suicider. Le mieux est peut-être de ne plus chercher à savoir. Quand je me couche, seul dans l’obscurité, je me demande ce qu’il y a après. Et le matin, un nouveau jour commence, et la vie repart ».

                                                                   

    La gouvernante de Jackie insiste. « Vous êtes jeune, belle, à trente-quatre ans, vous pouvez refaire votre vie. » « Ne me dis pas ça maintenant,» souffle Jackie, inquiète d’un avenir incertain. Comment ne pas sombrer dans l’anonymat, après avoir été au faîte de la gloire ? En convainquant un journaliste circonspect du magazine Life de la laisser réécrire des passages du long entretien concédé quelques jours après les obsèques suivies par un million de personnes présentes sur le parcours du cortège funéraire. Le cran et la détermination de l’ex-première dame ont frappé une fois encore.

    Pablo Larraín esquisse un portrait contrasté d’une icône des années soixante.              Une musique stridente, presque désaccordée souligne trop le rêve brisé. Natalie Portman n’en rajoute pas. Son interprétation (Oscar en vue) donne force et grandeur à une page d’histoire probablement méconnue, tournée voici un demi-siècle. Ce drame a endeuillé les chaumières du monde entier. C’était l’époque des grandes statures politiques, un temps exaltant dont le cycle tarde à reprendre.

     

       

     

     


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